Brigitte Bardot : le culte BB, icône parmi les icônes

Publié le par Ricard Bruno

Brigitte Bardot, plus qu'une star, un véritable culte s'apprête à fêter ses 80 ans le 28 septembre prochain.

Brigitte Bardot, plus qu'une star, un véritable culte s'apprête à fêter ses 80 ans le 28 septembre prochain.

Brigitte Bardot représente, au-delà de son engagement dans la cause animale, l'âge d'or d'un cinéma français audacieux, teinté de glamour. Probablement l'actrice française la plus célèbre et l'une des plus belles femmes au monde, ses fans lui ont vouent une passion sans borne, allant parfois jusqu'à l'obsession. C'est d'ailleurs ce qui causa l'une des montées des marches les plus folles de l'histoire du Festival de Cannes, mais le mythe va plus loin. Sans prétendre brosser le portrait complet de la femme, on a souhaité revenir sur BB, l'icône, à l'aube des 80 ans de celle qui fascine encore.

Bardot, l'icône

Elle fait la couverture de Elle à l'âge de 14 ans, en mai 1949. Elle est à ce titre, la première icône révélée par le magazine référence. Elle ne le réalise pas encore mais la machine Bardot est en route. Les photographes se l'arrachent et les rôles ne vont pas tarder à venir. Très vite, elle devient source de fantasmes pour les hommes du monde entier, à commencer par l'Hexagone. Contrairement à d'autres, ce ne sont pas les rêves de gloire qui l'animent, mais une profonde envie de créer et de vivre pleinement les choses que la vie a à offrir, avec une certaine naïveté. Là où tout le monde veut voir une idole, BB ne se rêve qu'en femme libre. Au fond d'elle, elle n'est qu'une jeune fille, handicapée par une beauté infiniment convoitée qui l'empêche de mener la vie simple dont elle rêve tant. Sa simple présence sur la Croisette fait le l'ombre au Festival de Cannes, les photographes ne s'intéressant qu'à elle. Celle que Simone de Beauvoir décrit comme le savant mélange de la femme-enfant et de la femme fatale est la première à prêter ses traits à Marianne dans les mairies (en 1968). Sa soif de liberté est dès lors littéralement gravée dans le marbre.

Un culte lourd à porter

A mesure qu'elle goûte à la célébrité, elle se rend compte que ce monde fait de strass et paillettes ne l'attire pas, il lui déplaît, lui fait peur même. Elle est adulée par les hommes du monde entier, et jalousée par une grande partie des femmes de son époque, mais elle rejette ce rapport malsain au public. Mais c'est trop tard, elle est déjà une icône au sens quasi-religieux du terme, car c'est bien cela qui ressort de la vie de la Parisienne. C'est une femme déifiée malgré elle, provoquant la naissance du culte BB, exactement comme Marilyn Monroe outre-Atlantique. On parle alors de "bardôlatrie", un néologisme curieux qui cache les prémices d'un phénomène qui ne s'éteindra jamais réellement. Son influence est telle que les femmes reprennent ses apparats pour mieux lui ressembler, s'approprier la mode impertinente qu'elle revêt, axée sur l'esthétique de la femme-enfant. Pour reprendre ses mots (tirées d'une interview qu'elle a donnée à Elle), elle "inventait inconsciemment les modes, sans jamais suivre la mode". C'est un résumé terriblement lucide quant à l'ampleur de son charisme, à l'époque de l'émergence de sa notoriété. Aujourd'hui encore, Lancel lui dédie une collection de sacs à main, B.Bardot, tandis que les tabourets Tam Tam dont elle a fait le succès trônent toujours dans les salons des Français. Elle proclame volontiers n'être un exemple pour personne, en ce sens qu'elle ne se sent responsable des agissements de personnes, y compris de ses fans. Pourtant, on l'accuse, on l'accule. Ironie du sort pour celle à qui l'on voue un culte, symbole de tous les vices, elle est montrée du doigt par les instances religieuses. Dans le viseur, son portrait jugé obscène de Juliette dans " Et Dieu...créa la femme " (1956) de Roger Vadim, film dans lequel elle offre quelques unes des scènes les plus sexy du cinéma français. Preuve de l'indécence qu'elle reflète, le Vatican finit par la désigner comme l'allégorie ultime du péché. La jeune femme et sa famille perçoivent cet affront comme une véritable disgrâce et une insulte à son intégrité. Malgré les critiques virulentes, c'est une révolution en termes de représentation des moeurs en France et notamment de la sensualité, des décennies avant "La Vie d'Adèle" (2013) d'Abdellatif Kechiche.

Impact sur la culture

A celle qui vit presque égoïstement ses amours, avec la fougue de la jeunesse, on doit néanmoins l'interprétation de rôles éminemment marquants pour le cinéma français. Effigie de la femme moderne, irrévérencieuse, elle endosse le rôle de Dominique Marceau, qui tue par amour dans "La Vérité" d'Henri-Georges Clouzot, livrant une prestation précisément criante de vérité. De l'ensemble de sa carrière, c'est d'ailleurs le film qu'elle préfère. Grâce à elle, en partie, la femme se réapproprie son corps, en choisissant d'en faire un objet érotique ou non, sans passer par le prisme du regard masculin. Brigitte exploite son corps, ce corps justement, dont elle à l'impression de perdre le contrôle car trop largement désiré. Son fessier lui-même est devenu l'emblème d'une féminité assumée, quasi insolente, alors qu'elle l'expose dans "Le Mépris" (1963) de Jean-Luc Godard, lançant au passage une réplique devenue culte : "Tu les aimes mes fesses ?". Elle n'a pourtant pas la volonté de réveiller les consciences vers une émancipation de la femme, en plein boum du féminisme des années 1960. Sa soif inextinguible de liberté devient pour les uns l'image d'une société décadente et pour les autres un véritable modèle. Elle a beau tenter de faire machine arrière, notamment lorsque Serge Gainsbourg écrit pour elle, sa muse, "Je t'Aime... Moi Non Plus". Elle refuse d'interpréter la chanson du fait du caractère sulfureux de ses paroles et du contexte d'adultère dans lequel les deux stars se trouvent alors. Le mal est fait, l'image de Bardot est à jamais dans tous les esprits. Elle est à la France ce que fut Marilyn Monroe aux Etats-Unis, mais surtout, elles furent toutes deux des idoles au-delà des frontières. Ironiquement, son unique rencontre avec MM sera pour elle l'occasion de mesurer l'étendue de ce qui les sépare, Bardot ne s'étant jamais vraiment considérée comme une icône de beauté.

Une personnalité controversée

Son histoire, elle l'écrit d'abord à Paris puis principalement à la Madrague, sa propriété tropézienne où elle se réfugie, à l'abri des regards. Sa personnalité tout entière est intimement liée à Saint-Tropez, comme en témoigne sa chanson de 1963 intitulée logiquement "La Madrague". Après l'acquisition de la résidence par l'actrice, le crème du cinéma français s'y bouscule, mais l'effervescence s'essoufle, laissant place à une nouvelle Bardot, changée. Elle se renferme sur ses idéaux, s'engage dans le combat de sa vie pour la condition animale. Elle s'investit corps et âme dans la fondation qui porte son nom. Désormais loin du glamour, Brigitte Bardot ne s'exprime publiquement que pour professer ses convictions politiques, souvent jugées réactionnaires. Son image se ternit peu à peu. On l'associe à des pensées racistes qui choquent et qui ne correspondent pas à l'image que l'on s'était faite d'elle. Pourtant, même entaché, le mythe ne s'effondre pas. Aussi mystérieux que cela puisse paraître, la personne a été remplacée par un concept que nul ne semble pouvoir ébranler. Après une carrière et une vie mouvementées, la lassitude face aux intrusions dans sa vie privée et les pressions de la part d'un public qu'elle obsède a raison d'elle. Elle signe son éloignement progressif de la vie publique de la même manière que Jean-Jacques Goldman s'est écarté petit à petit des projecteurs. Même si contrairement à lui, elle est loin d'être la personnalité préférée des Français, nul n'oublie l'immensité du mythe qu'elle a créé.

Source : Cliquez ICI

Publié dans le web en parle

Commenter cet article