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Publié le par Ricard Bruno

La décla­ra­tion a fait l'effet d'un raz de marée: en 1973, B.B. annonce qu'elle arrête le cinéma, une déci­sion sur laquelle elle n'est jamais reve­nue.

« Mais qu’est ce que je fous là ? » Dans sa loge, Brigitte Bardot n’y croit plus. Sa copine, feu la réali­sa­trice Nina Compa­neez, avait insisté, lui avait promis : le tour­nage de L’his­toire très bonne et très joyeuse de Coli­not trousse chemise serait court, à l’in­verse de son titre, une semaine tout au plus. Pour­tant, elle s’es­time dépla­cée dans ce conte liber­tin située au XVe siècle, se désin­té­resse complè­te­ment de ce nanar érotico-histo­rique porté par un certain Fran­cis Huster devant lequel elle doit jouer nue.Nue ? Et puis quoi, encore !

Il y a ce miroir, toujours ce maudit miroir, qui ne cesse de lui renvoyer ses trente-neuf ans en pleine figure. Un visage et un corps toujours magni­fiques, ceux d’une Brigitte Bardot qui avait juré ses grands dieux de ne jamais se voir vieillir à l’écran, assé­nant depuis ses débuts qu’elle se reti­re­rait à trente-cinq ans de son plein gré. Elle a menti, elle le sait.

Nous sommes au prin­temps 1973, les ques­tions se bous­culent. Qu’a-t-elle fait de ces quatre dernières années ? Moultes fêtes gran­dioses large­ment arro­sées partout autour du monde, certes. Du cinéma, bien sûr. Quelques bides tel Don Juan 73, où elle a retrouvé Roger Vadim. Des petits succès aussi, mais rien de bien marquant. Sa seule présence n’est plus syno­nyme d’en­trées. Le Mépris et Godard sont bien loin. Elle a enre­gis­tré quelques chan­sons aussi, des rengaines pas terribles aux paroles à la graisse d’oie. Rien à voir avec la jolie LaMadrague et le déjà culte Bonnie and Clyde que lui ont trous­sés Jean-Max Rivière et Serge Gains­bourg. Tandis que les tech­ni­ciens l’at­tendent sur le plateau, Brigitte Bardot, face à la glace, se trouve inutile, quasi­ment bonne pour la casse. « Mai 68 était passé par là, analyse le patron de TV5 Monde Yves Bigot, auteur du récent Brigitte Bardot, la femme la plus belle et la plus scan­da­leuse au monde (éditions Points). Bardot avait trans­formé son époque, elle avait déclen­ché à sa manière la révo­lu­tion des mœurs en l’in­car­nant. Mais, pour la première fois de son exis­tence, ce qu’elle avait engen­dré lui échap­pait complè­te­ment. » Pour la géné­ra­tion de 68, B.B. n’est en effet plus qu’un aimable souve­nir. Coquin et émou­vant, certes, mais balayé par d’autres icônes en couleurs et ciné­ma­scope venues d’outre-Atlan­tique : Faye Duna­way et Jane Fonda, par exemple, guer­rières en cuis­sardes alliant sex-appeal impa­rable, grâce intem­po­relle et combats poli­tiques d’avant-garde.

Dans son dégui­se­ment moyen­âgeux de paco­tille porté pour le film de Compa­neez tourné au fin fond du Péri­gord, Brigitte se sent alors comme une relique de l’An­cien Régime : autant Jeanne d’Arc que Marie-Antoi­nette, rési­gnée à être sacri­fiée par une foule à la fois ingrate et dési­reuse de faire le plus rapi­de­ment possible du passé table rase. Elle ne s’ima­gine plus en Marianne dépoi­traillé, ce symbole à la fois de pouvoir, de liberté et d’au­to­rité, auquel elle a prêté ses traits, cette statue répu­bli­caine prenant la pous­sière dans toutes les mairies de France.

Bardot sait qu’elle ne peut blâmer personne, sinon elle-même. Quelques années aupa­ra­vant, elle a dit non aux premiers rôles de Barba­rella et de L’af­faire Thomas Crown, refusé de figu­rer au casting du James Bond Au service secret de sa Majesté. Elle a préféré le cinéma franco-français à cet Holly­wood qui ne la fasci­nait pas une seconde. Elle vomit l’Amé­rique, elle abhorre son mode de vie, son obses­sion mala­dive pour le fric et pour le busi­ness. « Son rejet des USA date des années cinquante, précise Yves Bigot. Elle faisait alors partie, aux côtés de Montand, Signo­ret ou encore d’Ara­gon, d’un comité de défense des époux Julius et Ethel Rosen­berg, accu­sés d’es­pion­nage pour l’URSS par le gouver­ne­ment améri­cain. Lorsqu’Ei­sen­ho­wer a refusé de les gracier et qu’ils furent exécu­tés, elle a déchiré en repré­sailles le contrat holly­woo­dien de sept ans que lui offrait le studio Warner. » Quand elle apprit en sus que le tout-puis­sant patron du FBI J. Edgar Hoover avait ouvert un dossier à son nom suite au succès inter­na­tio­nal du « trop amoral » Et Dieu… créa la femme, la coupe fut pleine. L’Amé­rique, ce pays qui tue des inno­cents, qui surveille les mœurs des étran­gers et de ses propres citoyens, très peu pour elle. Bardot n’y travaillera jamais, se privant ainsi d’une véri­table carrière inter­na­tio­nale.

Reste les amours. Le bilan n’est pas terrible non plus. Depuis qu’elle a décidé, en janvier 1968, de quit­ter préci­pi­tam­ment son amant Serge Gains­bourg pour rejoindre son mari du moment, le milliar­daire alle­mand Gunter Sachs, deman­dant même au premier de ne pas sortir le single Je t’ai­me… moi non plus, histoire de sauver son mariage, B.B. a le cœur brisé. « Pour la première fois de sa vie, elle s’est soumise à la volonté d’un homme, alors que jusque-là elle avait toujours tout trans­gressé, remarque Yves Bigot. A partir de cet épisode, elle a perdu sa dyna­mique, son désir, sa joie. Elle s’est lais­sée aller, à l’image d’une auto­mo­bile qui avance sans carbu­rant, juste sur son élan. »

Après son divorce avec Gunter Sachs, Bardot multi­plie les amants de passage, les rencontres fugaces. Avec non pas des gars de la trempe de Sami Frey, Roger Vadim, Jacques Char­rier ou Serge Gains­bourg, mais plutôt des demi-sels, des seconds couteaux, des gigo­los, des pique-assiet­tes… Pas très satis­fai­sant, tout ça.

Le cinéma et la noto­riété, elle s’en moque complè­te­ment, dans le fond. Enchaî­ner ces dernières années, des films sans cohé­rence ni plan de carrière lui a tout au plus permis de gagner très bien sa vie. Gamine, elle se rêvait plutôt danseuse. Sa mère l’obli­geait, pour forger sa silhouette, à marcher droit avec une cruche sur la tête dans leur grand appar­te­ment bour­geois de l’ave­nue de la Bour­don­nais à Paris. Une ambi­tion contra­riée. Bardot sait, en outre, qu’elle n’est pas Cathe­rine Deneuve, qui lui a souf­flé le rôle de La sirène du Missis­sipi de Truf­faut, ni Jeanne Moreau qu’elle a croisé en 1965 dans le char­mant Viva Maria !Pour ces deux actrices, la comé­die n’est pas seule­ment un jeu, mais une raison de vivre.

Brigitte, elle, ne s’amuse plus. Malgré tout, il lui faut tour­ner ce Coli­not trousse-chemise, son quarante-septième film. Bardot le fait sans forcer son talent, récite nue ses répliques face à Fran­cis Huster, sourit à tout le monde et s’en va, enfin seule. Pas tout a fait. Par hasard, comme elle le raconte dans son livre Initiales B.B. en 1996, elle croise le soir même Nicole Joli­vet, une connais­sance qui offi­cie pour le quoti­dien France-Soir. La conver­sa­tion s’ins­taure en présence de son impré­sa­rio Olga Hors­tig-Primuz, sa femme de confiance qu’elle surnomme depuis ses débuts « Mama Olga ». Devant cette dernière, éber­luée, Brigitte crache spon­ta­né­ment sa Valda face à la jour­na­liste : « J’ar­rête le cinéma, ce film est le dernier, j’en ai marre ! »

Un fois publique, la nouvelle a l’ef­fet d’un raz-de-marée, et Bardot avouera un peu plus tard : « Je me sentis allé­gée d’un poids terri­ble… » Soit le poids d’une vie de bête traquée, traî­née sur des tour­nages où elle a l’im­pres­sion de passer plus de temps à patien­ter dans sa loge, quand elle ne fait pas poireau­ter une équipe avant de daigner se montrer.

Tout ça, c’est fini. Pour faire place à quoi ? Enfant, Bardot racon­tait déjà qu’elle rêvait de possé­der « une ferme où l’on ne tue pas les animaux ». Au final, ce n’était pas un délire de petite fille trop gâtée ni un caprice de star désœu­vrée. Dès le mois de novembre 1973, elle fait publique­ment le serment de mettre sa fortune et sa noto­riété au service de la cause animale. Elle devient porte-parole de la SPA, vole au secours des bébés phoques sur la banquise, créé sa propre fonda­tion, sensi­bi­lise le grand public aux des méthodes d’abat­tage des animaux. Bardot s’éga­rera aussi, de condam­na­tions à la haine raciale en fréquen­ta­tions contro­ver­sées. Mais elle a tenu sa parole : elle n’est plus jamais réap­pa­rue sur le grand écran. Aujourd’­hui, ce n’est plus que dans son miroir, chez elle entou­rée de ses chiens et de ses amis, qu’elle se voit vieillir.

Source : Cliquez ICI : http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/brigitte_bardot_l_indomptee_351372

Publié dans Brigitte Bardot

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