Bardot, tueuse de tabous...

Publié le par Ricard Bruno

Bardot, tueuse de tabous...

Film culte, "Et Dieu... créa la femme" fête ses 60 ans. Le mythe Bardot qu'il a fait naître reste intact. Fascinant.

Et Roger Vadim créa BB, un mythe qui fête ces temps-ci ses 60 ans. Pas Brigitte Bardot mais la bombe lancée par le cinéaste dans "Et Dieu… créa la femme" – sorti à la fin de 1956 –, la Juliette dont la sensualité sans apprêt anéantit l’image de ce que l’on appelait alors une belle femme au cinéma. Décédée cette semaine, Michèle Morgan incarnait une héroïne bourgeoise, bien élevée même en soutien-gorge, dans l’atmosphère brûlante des "Orgueilleux". d’Yves Allégret, où elle tombait amoureuse d’un Gérard Philippe halluciné…
Mais il est impossible de trouver une photo de Michèle Morgan « en cheveux », comme l’on disait, a fortiori dans le simple appareil de sa beauté. Pas plus qu’on ne trouverait un portrait au naturel des vedettes de l’époque, Martine Carol en tête, pourtant garantie 100 % sensuelle par les producteurs de "Caroline Chérie" où les scènes de nu étaient doublées par une certaine Nadine Tallier. Laquelle eut bien raison d’abandonner sa carrière d’interprète de jeunes filles légères pour embrasser la noblesse et le bon goût sous le nom de baronne de Rothschild.

 

Un mambo suggestif quoiqu'improvisé

 

En 1956, dans la France de René Coty, l’irruption de Brigitte Bardot, pourtant sortie de la bonne bourgeoisie parisienne et déjà à l’affiche de plusieurs films depuis quelques années, est comme l’arrivée d’une comète. Un phénomène naturel irrésistible, qui danse un mambo suggestif, quoique totalement improvisé, sur la plage de Saint-Tropez, « village authentique encore loin de la foule déchaînée, plein de charme, de pêcheurs et d’accent du Midi » confie, 60 ans plus tard, celle qui en est devenue l’habitante la plus célèbre.
C’est, disent les historiens du cinéma, la première fois qu’une femme exprime son désir à l’égal d’un homme. Les ligues de vertus crient au scandale mais BB devient le modèle de nombreuses Françaises. Des scènes sont coupées par la censure, notamment une particulièrement explicite, qu’Arte va dévoiler pour la première fois le 28 décembre, lors d’une soirée anniversaire.
Dans la vie, Brigitte Bardot affichera le même esprit de liberté que son personnage, « une fille de son temps, affranchie de tout sentiment de culpabilité, de tout tabou imposé par la société », selon Vadim. « Brigitte Bardot n’est pas Simone de Beauvoir, mais avec son personnage libre, et libre de son corps, elle a parlé aux femmes de cette époque. BB a été l’un des signes forts dans une période d’ascétisme, avec la volonté de faire bouger les choses », estime Françoise Picq, historienne du féminisme.
« L’enfant artistique » du cinéaste et de sa muse, qui se quittèrent après film – elle s’était éprise de Jean-Louis Trintignant sur le tournage –, fut un franc succès. Avec plus de 4 millions d’entrées en France et le double aux USA, malgré la censure, "Et Dieu… créa la femme" rapporta plus de devises que la Régie Renault, selon Antoine Pinay, l’un des ministres des Finances du général de Gaulle. Comparaison poétique !
Critiquant le film de Vadim, la revue Cinémonde avait écrit de BB : « Le sex-appeal, c’est Marlène Dietrich, le glamour, c’est Ava Gardner, le oomph, c’est Jane Russell, le t’ça, c’est Suzy Delair, le pep, c’est Marilyn Monroe, Brigitte Bardot mélange tous ces ingrédients explosifs, y ajoute un zeste de fantaisie personnelle, elle sera le pschitt ! ». La revue a disparu depuis longtemps et il n’est pas sûr que toutes les stars énumérées évoquent encore quelque chose de précis. Bardot reste un mythe. Même si elle se préoccupe aujourd’hui plus de la condition animale que de celle des femmes dont elle s’écrie crûment : « Je m’en fous ! »

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