1967, année érotique...Brigitte Bardot

Publié le par Ricard Bruno

1967, année érotique...Brigitte Bardot

Un an avant les événements de mai 68, la parole se libère et les désirs s'affirment progressivement en Europe comme aux Etats-Unis.

1967, les premiers baby-boomers ont à peine 20 ans. Bercés par le progrès des Trente Glorieuses, ils vivent pourtant dans une société corsetée. Les désirs y sont réprimés et le tabou sexuel omniprésent. Une oppression patriarcale qui va bientôt flancher, pour exploser lors des événements de mai 1968. En attendant, ce vent de contestation va peu à peu gagner l'Occident.

Le coup de départ sera lancé aux Etats-Unis. A l'été 67, San Francisco et son très remarqué "Summer of Love" bouleverse l'ordre établi. 100.000 jeunes se pressent dans la plus bohème des villes américaines pour expérimenter l'acide comme l'amour libre. S'il est pointé du doigt par l'Amérique puritaine, le "phénomène hippie" reste l'un des premiers mouvements à contester ouvertement les moeurs sexuelles de l'époque.

Porno, sex-shops et images érotiques

A l'époque, ces jeunes contestataires moquent gentiment le mariage et les unions conventionnelles. Le sexe n'a plus pour unique fin la reproduction, mais s'envisage comme un plaisir à part entière. Une libération à nuancer toutefois puisqu'elle se fait surtout au profit des hommes, comme le rappelle "Les Inrocks". A l'époque, "les femmes réticentes à la 'promotion du plaisir' sont taxées de coincées et parfois même violées", explique l'hebdomadaire.

"L'été de l'amour" ne durera que quelques semaines. Pourtant ses idées progressistes imprégneront durablement la société de l'époque. Ce que l'on nommait alors la 'normalité sexuelle' ne s'envisage plus de la même façon. De même, les dogmes moraux de l'Eglise n'ont plus le même poids. En parallèle, aux Etats-Unis, comme en Europe, "on parle de et on montre davantage la sexualité dans la culture de masse", explique l'universitaire Bibia Pavard, spécialiste de l'histoire du genre et du féminisme.

La publicité comme le cinéma apportent leur lot de photos de femmes toujours plus sexualisées. En tête de celles-ci, les iconiques Brigitte Bardot, Elizabeth Taylor ou encore Marilyn Monroe qui s'affichent dans les plus grandes productions de l'époque. Enfin,"la libération sexuelle est aussi une libéralisation : le sexe est de plus en plus commercialisé avec le développement de la pornographie et des sex-shops à la fin des années 1960 et au début des années 1970", note la chercheuse.

La sexologie choque l'Amérique puritaine

Autre avancée (érotique) de l'époque : le vibromasseur. L'inventeur John H. Tavel dépose en 1966 le brevet du premier vibrateur personnel féminin. L'objet deviendra de plus en plus populaire avec les années. Et encouragera ainsi les femmes à assumer leur sexualité. 

Souvent niée, la question du plaisir sexuel notamment féminin fascine à l'époque jusque dans les milieux scientifiques. A la fin des années 1960, William Masters et Virginia Johnson, couple pionnier de la sexologie - popularisé par la série Masters of Sex - explorent les réactions procurées par l'orgasme et jettent les prémices de la thérapie sexuelle. Mêlant conseils pratiques et observations cliniques, leur étude "Human sexual response" devient en 1967 un best-seller, tant critique que public. Pourtant, une partie de l'Amérique puritaine comme du corps médical condamnent leurs travaux, les assimilant même à une forme de pornographie. 

Plus qu'un progrès scientifique, leur étude appréhende la sexualité féminine indépendamment de celle de l'homme. Dans un article publié à l'époque dans le journal "McCall", les deux chercheurs expliquent que l’enjeu de l’acte sexuel n’est pas qu’un homme prenne son plaisir sur une femme. Au contraire, "il y a différentes relations sexuelles entre différents partenaires" et les femmes, si "elles ne sont pas toutes égales devant l’orgasme", y ont toutes droit. 

1967, la loi Neuwirth

Si ce vent de libération sexuelle se remarque aux Etats-Unis, il frappe aussi l'Europe. Pour preuve, fin 1967, la loi Neuwirth autorise (enfin) la vente de pilule contraceptive. Jusqu'à présent, les femmes n'avaient d'autres recours que l'abstinence ou l'avortement clandestin pour éviter une grossesse. A noter : il faudra toute de même attendre 1974 pour que la contraception soit libéralisée et remboursée par la Sécurité sociale.

De l'autre côté de la Manche, le parlement britannique vote en 1967 la légalisation de l'homosexualité en Angleterre et au Pays de Galles. Jusqu'à cette date, environ 65.000 personnes - dont le célèbre dramaturge Oscar Wilde ou le héros de guerre Alan Turing - avaient été condamnées pour "atteintes aux bonnes moeurs". En février dernier, une nouvelle loi graciait ces milliers de personnes jugées en raison de leur orientation sexuelle et dont 15.000 seraient encore en vie. 

Toujours en 1967, la Grande-Bretagne (sauf l'Irlande du nord) légalise l'avortement jusqu'à 28 semaines dans le cas où la grossesse pourrait mettre en danger la vie de la mère ou la santé de l'enfant. Dans la foulée, le pays adopte une loi ("National Health Service") autorisant les femmes non mariées à bénéficier des conseils prodigués par les centres du planning familial. Auparavant, ces services étaient limités aux femmes dont la santé était menacée par la grossesse. 

Une "libération sexuelle"

Les progrès se multiplient, les mentalités évoluent. Mais peut-on pour autant parler de "révolution sexuelle" ? "Les historiens sont partagés", insiste Bibia Pavard :

"Certains [universitaires] préfèrent le terme de 'libération sexuelle' et estiment qu'on ne peut pas parler de 'révolution' puisqu'on n'assiste pas à une disparition complète des normes sociales sur la sexualité. Les discours sur la liberté ont en revanche pris une place plus importante".

Autre nuance à apporter, si une parole émancipatrice émerge, elle n'est pas pour autant synonyme de libération pour les femmes.

"Ce discours libérateur peut être à double-tranchant pour elles. On peut aussi y voir une injonction à être une femme libérée".

L'homme dans le jardin, la femme en cuisine

Les désirs s'affirment donc plus librement. Pour autant, "les rapports de domination des hommes sur les femmes ne sont pas nécessairement remis en question" souligne encore l'universitaire. Même constat pour le chercheur Frédéric Monneyron qui s'est intéressé à la société américaine des années 1960 :

"La libération sexuelle ne veut pas dire libération des femmes. Après le 'Summer of love', des communautés hippies se sont installées à la campagne pour vivre en autosuffisance. Au quotidien, les hommes travaillaient dehors et les femmes restaient à la cuisine. Il y avait donc une persistance des rôles traditionnels".

Ce n'est que plus tard, au début des années 1970, que les organisations féministes, comme le Women's Liberation aux Etats-Unis ou le MLF (Mouvement de Libération des Femmes) en France remettront en question ces rôles genrés. Des réflexions qui, 50 ans après, n'ont rien perdu de leur importance. 

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