44 ans de combat pour les animaux : Brigitte Bardot ressort ses griffes

Publié le par Ricard Bruno

BB, qui nous a reçu chez elle, à La Madrague de Saint-Tropez, continue son combat pour les bêtes. Elle mène une bataille pour la défense des loups et s’en-va t’en guerre contre le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot

Après avoir été, au cinéma, le sex-symbol des années 50 et 60, en même temps que l’incarnation de l’émancipation des femmes, BB est devenue l’emblème de la cause animale.

Après avoir été, au cinéma, le sex-symbol des années 50 et 60, en même temps que l’incarnation de l’émancipation des femmes, BB est devenue l’emblème de la cause animale.

De quoi Brigitte Bardot est-elle le nom ? BB est l’une des stars les plus célèbres de notre époque. Après avoir été, au cinéma, le sex-symbol des années 50 et 60, en même temps que l’incarnation de l’émancipation des femmes, elle est devenue l’emblème de la cause animale.

BB a connu des galères : l’arthrose, la cortisone à haute dose, les cannes pour marcher. Elle a aussi beaucoup vécu, comme on dit. Mais l’indignation rajeunit. Cette femme libre a toujours été indignée, se fichant de déplaire, de déclencher des polémiques, en défendant les espèces animales contre l’espèce humaine. À plus de quatre-vingts ans, BB reste ainsi – rien que par la voix, inchangée - la jeune fille qui, au siècle dernier, rendait tout le monde fou, au point qu’elle est devenue une référence en matière de beauté et d’esprit : quand il veut faire l’éloge de l’épouse du président, le grand couturier Karl Lagerfeld dit : "Brigitte Macron, c’est Brigitte Bardot."

Après 45 films (dont "La vérité") et 70 chansons (dont "La Madrague" et le célébrissime "Initiales BB" de Serge Gainsbourg), elle demeure l’une des artistes les plus connues dans le monde, même si elle a décidé en 1973 de se consacrer sa vie à la cause animale. Elle raconte et se raconte.

Brigitte Bardot s'est longuement confiée, chez -elle, dans sa célèbre "Madrague" de Saint-Tropez.

Brigitte Bardot s'est longuement confiée, chez -elle, dans sa célèbre "Madrague" de Saint-Tropez.

Il y a longtemps que vous n’avez pas donné de vos nouvelles. Comment ça va ?
Brigitte Bardot :
"Quand je faisais du cinéma, il fallait que je sois jolie tous les jours : ça m’emmerdait. Maintenant, je suis moche tous les jours et ça rattrape le temps perdu (Rire). Je travaille toute la journée pour ma Fondation. J’écris des lettres.

D’où vous vient cet amour des animaux auquel on pourrait résumer votre vie aujourd’hui ? De l’enfance ?
B.B. :
De toujours. Pendant mon enfance, c’était l’Occupation et il n’était pas question d’avoir des animaux à la maison : nous n’avions rien à manger. Mes premiers contacts avec eux avec furent, si j’ose dire, graphiques : j’adorais les livres pour enfants dont ils étaient les héros. J’ai quand même eu un chat peu de temps avant la Libération.

Vos premiers souvenirs forts, concernant les animaux ?
B.B. :
Quand j’étais petite fille et que, dans la maison de Louveciennes, papa tuait les souris dans la cave, il les assommait à coups de balai. Je les prenais, les ranimais et leur redonnais vie avant de les laisser filer dans le jardin (Rire). À l’époque, j’ai été très marquée par ce qui est arrivé à un lapin, Noiraud, qui passait sa journée à faire des prières, les deux pattes de devant jointes, assis sur son petit cul. Un soir, il y a eu du lapin à dîner. J’eus l’intuition que c’était Noiraud. En effet. C’était la guerre, je le rappelle, mais ce n’était pas une excuse. J’ai fait un drame. Je n’ai plus jamais mangé de lapin de ma vie.

Ensuite, quel a été le déclic qui vous a poussée à vous engager pour la cause animale ?
B.B. :
À l’origine du déclic, il y a une jeune chèvre. C’est à cause d’elle que j’ai décidé d’arrêter le cinéma et de me consacrer totalement à la cause animale. Autrement dit, de donner ma vie aux animaux. Je ne sais pas faire deux choses à la fois. Ça n’a pas été facile de mettre fin d’un seul coup à ma carrière cinématographique. À l’époque je vivais seule. Mes parents étaient morts, je n’avais pas d’appuis. Tout le monde a cru que c’était un caprice passager. On a même continué à me proposer des films, des bons films…

"Je n'ai pas la nostalgie du cinéma"

Y a-t-il des gens de votre vie d’avant que vous regrettez de ne plus voir ?
B.B. :
Non. Je n’ai pas la nostalgie du cinéma. Ce qui m’a manqué, c’étaient les amis avec qui je travaillais : mon agent, ma maquilleuse, ma productrice Christine Gouze-Rénal, la femme de Roger Hanin.

Comment la rupture avec le cinéma s’est-elle passée ?
B.B. :
C’était en 1973, à Sarlat, en Dordogne, pendant le tournage de "L’histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-chemise", un film de Nina Campaneez avec Francis Huster.

Racontez…
B.B. :
C’était un film en costumes. Un jour, sur le plateau, je me retrouve avec une dame qui tient une chevrette en laisse. Moi, évidemment, pendant une pause, je m’approche. Alors que je caresse la chevrette, la dame me dit : "Dépêchez-vous de finir votre film parce que dimanche c’est la communion de mon gamin et on va faire un méchoui avec cette bête." Mon sang n’a fait qu’un tour. J’ai acheté la chevrette et le soir, je l’ai ramenée dans mon hôtel quatre étoiles. Le directeur de l’établissement était gentil comme tout, il n’a pas fait d’histoire et il l’a mise dans la cuisine où elle a fait un chambard du diable : des tas de casseroles sont tombés. Alors, il a décidé de l’installer dans une chambre vide à côté de la mienne. Elle a commencé à bêler, c’était une infernal. Tout ça s’est fini dans mon lit : elle s’est endormie avec ma petite chienne et moi. Le tournage terminé, je l’ai emmenée à Saint-Tropez où elle a vécu jusqu’à sa mort.

Comment définiriez-vous le caractère des chèvres ?
B.B. :
Elles me font penser à des chiens et sont également moqueuses, coquines. Pour le reste, elles ont, comme tous les animaux, toutes sortes de qualités que l’espèce humaine refuse de reconnaître. Les bêtes sont fidèles, désintéressées et généralement moins cruelles que les humains. Elles sont aussi beaucoup plus courageuses que nous.

Allons, à la guerre, il y a quand même des héros, à commencer par les infirmiers !
B.B. :
Je ne parle pas de la guerre, mais de la vie en général. Chez les animaux, vous trouverez aussi de l’empathie, comme chez les rats ou de l’entraide comme chez les éléphants. Mais ce qui me frappe par-dessus tout, c’est qu’ils sont faibles, souvent très faibles par rapport à nous autres humains, et que nous en profitons bien, qui les poussons tout le temps. Dans les camions à bestiaux, pour les mutiler, pour les tuer.

C’est pourquoi Dostoïevski a dit : "Jésus est avec les bêtes avant d’être avec nous".
B.B. :
C’est cette fragilité qui explique mon engagement qui, en fait, avait commencé bien avant l’histoire de ma chèvre "Colinnette". En 1962, un ami, Jean-Paul Steiger, s’était fait embaucher dans un abattoir pour prendre des photos. Quand il me les a montrées, je fus si horrifiée que je n’ai plus jamais mangé de viande : c’est ainsi que je suis devenue végétarienne. Dans la foulée, j’avais décidé de me battre pour imposer le pistolet d’abattage. J’étais allée voir le ministre de l’Intérieur de l’époque, Roger Frey, avec un modèle, pour lui montrer à quoi ça ressemblait. C’était la fin de la guerre d’Algérie, la période des attentats de l’OAS. Quand ils ont vu ce que je portais dans mon sac, les services de sécurité ont cru que je venais assassiner le ministre ! Roger Frey m’a retrouvée en larmes (Rire). Je n’ai pas eu de mal à le convaincre du bien-fondé de ma démarche. Il m’a simplement dit que ça ne se ferait pas en un jour.

Votre grand fait d’armes restera votre croisade lancée en 1976 contre les massacres de bébés phoques au Canada ou en Norvège, assommés à coups de gourdins, avant d’être dépecés pour la fourrure ou la pour viande…
B.B. :
Quand j’ai vu les images à la télé, j’étais scandalisée. J’ai appelé Franz Weber, le grand militant écologiste suisse, on s’est mis d’accord et on est partis ensemble au Canada. Nous étions en 1977. Ce fut un grand choc dans le monde avec un bémol en France où la presse n’a rien trouvé de mieux à dire que je faisais ça pour remonter ma côte cinématographique qui était descendante. Pure méchanceté ! Ces gens faisaient semblant d’ignorer que j’avais mis fin à ma carrière d’actrice en 1973 !

Votre campagne a porté ses fruits : même si les massacres ont, hélas, repris depuis au Canada, le président Giscard d’Estaing puis l’Europe ont interdit les importations de peaux de phoques et autres pinnipèdes. Quels autres combats avez-vous gagnés ?
B.B. :
Celui-là, c’est le seul. Une bataille de trente ans pour laquelle j’ai reçu le soutien de Paul Watson, le militant antispéciste canadien, un personnage extraordinaire dont je me sens très proche. De temps en temps, il vient ici, à Saint-Tropez, boire un coup de rouge.

 

 

"Ce qu'a fait Hulot, c'est une trahison"

Ça vous arrive de participer à d’autres combats que ceux qui concernent les animaux ?
B.B. :
Je m’investis généralement dans les combats pour les faibles quand ils subissent la violence des forts. C’est le cas de beaucoup de femmes dans le monde.

L’accomplissement de votre combat, ce fut la création de la Fondation Brigitte Bardot en 1986.
B.B. :
Ç’a été dur. Je n’avais aucune idée de ce qu’était une fondation et, en plus, je ne comprends rien à la paperasse administrative. Quelqu’un m’a beaucoup aidé : Charles Pasqua qui était à l’époque ministre de l’Intérieur. Il m’a dit qu’il fallait plusieurs millions et beaucoup de papiers. Alors, j’ai tout vendu, je dis bien tout, y compris les magnifiques bijoux que m’avait offerts Gunter Sachs, la robe de mon mariage avec Roger Vadim, etc. Un peu plus tard, pour obtenir la reconnaissance d’utilité publique, j’ai donné la propriété de la Madrague à ma Fondation. Aujourd’hui, c’est une organisation puissante, avec ses 75 000 adhérents, mais on a du mal à faire pression sur les gouvernements qui, à droite comme à gauche, ne font rien pour la cause animale. Celui-là en particulier !

Pourquoi en avez-vous tant après celui-là ?
B.B. :
Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique, vient de m’en coller une, j’en vacille encore, en décidant de faire tuer quarante loups. C’est dégueulasse. Le loup n’est-il pas d’un animal protégé ? J’avais de bonnes relations avec Hulot : dans le passé, ma Fondation a travaillé avec lui. Mais je ne l’aurais jamais cru capable de ça. Quel cynisme ! Il a suffi qu’il soit nommé ministre pour qu’il change, c’est le cas de le dire, son fusil d’épaule. Je n’ai plus aucune confiance en lui alors qu’il m’inspirait une confiance totale quand il est entré au gouvernement. Il m’a tué quelque part…

Vous pensez aux bergers dont les loups égorgent les moutons, dans les Alpes de Haute-Provence notamment ?
B.B. :
Évidemment que j’y pense ! Ces carnages de moutons par les loups, c’est atroce, ça me fait mal au cœur. Mais tout le monde connaît la solution ; il faut garder les troupeaux ! Comment fait-on en Italie ou en Espagne où il n’y a jamais de problèmes avec les loups ? Il y a des bergers qui surveillent les moutons jour et nuit, le temps de l’estive. Les choses se passent si bien qu’en Italie, quand un loup est blessé, les humains le soignent… Ce qu’a fait Hulot, ce n’est pas seulement une trahison, c’est une erreur qui lui coûtera cher : la cause animale gagne du terrain dans l’opinion. Je reçois entre cent et cent cinquante lettres par jour.

Vous êtes végétarienne. Pourquoi pas végane ?
B.B. :
Parce que c’est trop. Je ne vois pas pourquoi il faudrait s’interdire de manger des œufs, du fromage, du miel. En les consommant, vous n’êtes pas responsable de la mort d’une bête. En revanche, je demande qu’on ne mange plus de viande. Sur le plan écologique, l’élevage d’animaux est mauvais pour la planète, il faut trop de protéines pour produire de la viande et sur le plan de la santé, ça donne le cancer. Sans parler de la souffrance. Pensez aux élevages immondes, aux transports atroces, aux abattoirs monstrueux et, après ça, si vous êtes un humain normal, vous ne pouvez pas avoir envie de manger un bifteck ou une tranche de jambon !

Ne trouvez pas que "l’humanisation" des abattoirs devrait être la première cause des amis des animaux, bien avant le combat contre la corrida ou les cirques ?
B.B. :
Il faut mener tous les combats en même temps, y compris pour la suppression de cette liste ignoble des animaux " nuisibles " où figurent, tenez-vous bien, le renard, le corbeau, le sanglier, le rat musqué. S’il y a un nuisible sur cette planète, c’est bien l’homme ! Il y a quarante-cinq ans que je me bats pour les animaux. Je ne voudrais pas mourir sans obtenir au moins une victoire sur mes quatre ou cinq priorités.

Laquelle ?
B.B. :
Je n’ai pas de hiérarchie, je mets tout sur le même plan. Ce que je souhaite ? 1) la fin de l’expérimentation animale : les progrès de la science nous le permettent de la remplacer par des moyens de substitution ;
2) le bannissement de la corrida, spectacle infâme qui se résume à jouir de la torture, de l’agonie, de la mort d’une bête ; 3) l’interdiction de l’hippophagie : je ne veux plus qu’on mange de viande de cheval ; 4) la suppression des dérogations pour l’abattage rituel, comme c’est déjà le cas dans la plupart des pays d’Europe : si telle ou telle religion ordonne de saigner l’animal vivant, l’étourdissement est tout à fait adapté puisque, comme le nom l’indique, il ne tue pas la bête qui se réveille au bout d’un moment. Nous n’avons aucune excuse pour laisser se perpétuer ce scandale ; 4) un contrôle strict des transports d’animaux qui se déroulent aujourd’hui dont les conditions abominables.
Il faut voir les veaux, les cochons ou les dindes dans leurs camions sur les aires d’autoroute, assoiffés, terrorisés, entassés les uns sur les autres, piétinant les blessés et les morts…

Votre animal préféré ?
B.B. :
Tous (Long silence). Mais si vous voulez me pousser dans mes derniers retranchements, je dirais… les éléphants. Je suis fascinée par leur intelligence, leur patience, leur beauté, leur bonté, j’ose le mot.

Quand vos adversaires disent : "Brigitte Bardot se bat plus pour les animaux que pour les humains qu’elle n’aime apparemment pas", que leur répondez-vous ?
B.B. :
Je ne leur réponds rien, ils me cassent les pieds. Comme l’a dit Lamartine, "on n’a pas un cœur pour les animaux et un cœur pour les humains, on a un seul cœur ou pas du tout." Si vous voulez savoir, je m’occupe de beaucoup de gens qui sont dans le chagrin, la maladie, la solitude.

Quand les mêmes vous accusent d’être raciste, que dîtes-vous ?
B.B. :
Fadaises ! Mon défaut à leurs yeux, c’est que je suis tout sauf sectaire. Rien n’est plus étranger de moi que le racisme, cette absurdité mentale.

Quand ils vous accusent de complaisance avec le FN…
B.B. :
Je ne suis pas de gauche, c’est sûr, mais je fais passer mon combat pour les animaux avant toute chose. Les ennemis des bêtes - il y en a beaucoup- sont prêts à tous les mensonges pour me salir, me discréditer !

Philosophiquement, vous sentez-vous bouddhiste, spinoziste, antispéciste, panthéiste ?
B.B. :
Non. Je ne me pose pas toutes ces questions (Rire). De nature très contemplative, je profite beaucoup de la nature. Je peux m’asseoir sur un banc et regarder en méditant les arbres ou les animaux pendant des heures. Je suis croyante mais pas pratiquante et, quand ça me prend, je m’adresse directement à ma petite Vierge Marie. J’aime aussi beaucoup la figure de saint François d’Assise, l’ami des bêtes.

Parmi les politiques, y-en-at-il eu qui ont trouvé grâce à vos yeux ?
B.B. :
Non. Tous dans le même panier ! Jacques Chirac était certes adorable, mais devant presque tous les politiciens, j’ai toujours eu le sentiment de me trouver devant un mur. Parmi les exceptions : un ministre de l’Agriculture Philippe Vasseur, que j’ai convaincu d’abolir la caudectomie, pratique barbare qui consistait à couper la queue, autrement dit quelques vertèbres, des chevaux, sous prétexte de mettre la croupe en valeur.

Vous n’attendez rien des politiques ?
B.B. :
Je n’attends rien des pseudo-élites. L’autre jour, lors d’un colloque dans le cadre des états généraux de l’alimentation, il n’était question que de rentabilité. Christophe Marie, le porte-parole de ma Fondation s’est permis d’évoquer la souffrance animale. Devinez ce qui s’est passé : il a été hué.

Votre prochain combat ?
B.B. :
Je vais demander un rendez-vous à Emmanuel Macron. Après avoir reçu Rihanna, il ne peut pas ne pas me recevoir. Si je n’obtiens pas au moins une avancée, je serais sérieusement tentée d’abandonner ce combat que je mène depuis près d’un demi-siècle. Le combat pour la vie. "Une vie ne vaut rien, disait Malraux, mais rien vaut une vie."
Quand ce c… de Hulot a décidé de tuer les quarante loups, j’ai pleuré pendant une nuit entière Je suis fatiguée, à bout. Mais quelque chose, je crois, me retiendra toujours de passer la main : mes ennemis qui sont d’abord les ennemis des animaux…

La Madrague, le refuge de BB

La Madrague, le refuge à Saint-Trop' de BB

La Madrague, le refuge à Saint-Trop' de BB

Ils sont partout. Devant les fenêtres de la chambre et du salon de "La Madrague", sa mythique demeure, des cohortes de touristes dans des bateaux à moteurs observent BB derrière des jumelles. Quand ils ne la prennent pas en photo.

Quand on est dans la chambre de Brigitte Bardot, on se croirait dans un zoo avec tous ces visiteurs qui, sur la mer, à quelques mètres de là, sont en train de vous scruter. Il ne manque que les barreaux et les lancers de cacahuètes. Comme Brigitte Bardot l'a dit un jour, "La Madrague", c'est "le Mickey de Disneyland". Impossible pour elle de se déshabiller sans fermer les rideaux. Sinon, il y aura toujours un photographe amateur ou pas pour immortaliser cet évènement historique.

Brigitte Bardot a acheté "La Madrague" en 1958 et, depuis, sa maison en a vu, du beau monde : Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, Sacha Distel, etc. Sans parler des fêtes ou du lâcher de 1000 roses par hélicoptère, demandé par Gunter Sachs, petit-fils du fondateur d'Opel, qui voulait ainsi lui déclarer sa flamme. C'est le temple de BB, la Mecque des grandes nuits tropéziennes.

Il y a dans cette maison simple, presque rustique, ouverte à tous les vents, quelque chose de bohème. Quand on voit de loin les nombreuses photos encadrées qui couvrent les murs de "La Madrague", on pourrait croire qu'il s'agit d'humains. Brigitte Bardot semble confirmer : "Ce sont mes amis." En l'espèce, ce sont des chats, des chiens, des chevaux, des chèvres. Elle rit, heureuse d'avoir créé la confusion.

"La Madrague" ayant les pieds dans l'eau, Brigitte Bardot et son mari vivent ainsi au milieu des touristes. Ils semblent tristement résignés au flot ininterrompu de bardolâtres. "Cerise sur le gâteau, dit son époux Bernard d'Ormale, il y a généralement dix-sept passages de bateaux avec des haut-parleurs dans lesquels le guide fait ses commentaires en français, anglais, allemand."

Bernard d'Ormale est le quatrième mari. Le bon puisque, contrairement à ce qui s'est passé avec les précédents (Roger Vadim, Jacques Charrier, Gunther Sachs, sans parler des relations extraconjugales) leur union dure au-delà de tout ce que Brigitte Bardot avait connu. Et apparemment, ils sont toujours amoureux. "Vingt-cinq ans avec le même homme, s'amuse BB. Franchement, je n'en reviens pas !"

Tous les jours, vers midi, le couple laisse "La Madrague" à la curiosité des touristes et file à "La Garrigue", son refuge. C'est une bicoque, de style provençal, dans la pinède avec une vue à tomber sur la Méditerranée. Ils ne vivent pas dans le luxe, loin de là, mais dans le bonheur et la beauté du monde, au milieu des éléments et des animaux. Ils ont onze chiens et vingt chats répartis entre les deux maisons et, dans la dernière, des chèvres, des moutons, des cochons, des chevaux, beaucoup de volailles. Ils ne repartent qu'à la montée du soir.

"J'habite chez mes animaux", aime dire Bardot. Certes, mais chez les touristes aussi. C'est à se demander si Saint-Tropez ne finira pas un jour par changer de nom. Sa vocation est de s'appeler Bardot ou BB-ville, quelque chose de ce genre. Pour la plupart, les visiteurs viennent rendre hommage, d'une manière ou d'une autre, au culte Bardot, gloire à elle dans les cieux !

Ces jours-ci, à Saint-Tropez, il y a une exposition sur BB au célèbre Musée de la Gendarmerie et du Cinéma. Place Blanqui, une stèle attend une statue en bronze de Brigitte Bardot nue et repliée sur elle-même, à l'intérieur d'un coquillage marin, faisant penser à un tableau de Botticelli.

Plus que jamais, Brigitte Bardot une marque d'appel pour cette station balnéaire qui, chaque été, croule sous les touristes.

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