OISEAUX AFFAMÉS: LES EXPERTS LANCENT UN APPEL À L'AIDE

Publié le par Ricard Bruno

Les volatiles souffrent d'une grave pénurie d'insectes due aux sols trop secs. Un virus touche aussi les merles. Certains experts recommandent de nourrir les oiseaux.

Les oiseaux manquent d'insectes et les experts recommandent de les nourrir actuellement comme en hiver. Image

Les oiseaux manquent d'insectes et les experts recommandent de les nourrir actuellement comme en hiver. Image

La sécheresse qui règne en Suisse a de graves conséquences sur les oiseaux. En effet, ils n'arrivent plus à trouver suffisamment de nourriture et sont affamés. Au point que les centres de soins pour les oiseaux doivent les nourrir. «Depuis le 1er août, nous avons reçu 37 oiseaux très amaigris. Alors que les autres années, nous en avons à peine quelques uns», explique Marc Stähli, éleveur et membre de la société d'aviculture de Zurich, au quotidien 20 Minuten.

La plupart des oiseaux ont été rapportés par des gens qui les ont trouvés, les ailes flasques et affaiblis, dans les jardins ou les parcs. Ce sont surtout les merles et les espèces de grive qui sont touchés. «Ils sont si maigres et faibles qu'ils ne peuvent pas voler», explique-t-il. Ce qui en fait une proie facile pour les chats.

Même constat à la société de soins pour les oiseaux et les animaux sauvages de Schaffhouse. «Nous avons nous aussi remarqué une tendance à la hausse d'oiseaux affamés dans nos unités de soins, surtout les insectivores», explique la directrice Helen Homberger. D'habitude, c'est en hiver que la société les voit arriver. Du coup, ils sont nourris au centre avec des grillons. «Dans les cas les plus graves, nous devons leur instiller une solution nutritive ou les perfuser.» Parfois, cela suffit à les remettre sur pattes, mais si les volatiles n'ont pas volé depuis plusieurs jours, ils sont infestés de parasites et ils finissent par mourir.

Moins d'insectes

«Il y a déjà de moins en moins d'insectes, d'arachnides, d'escargots et de vers en Suisse. La chaleur a empiré les choses», déplore de son côté la présidente du Network for Animal protection, Esther Geisser. Elle explique que les mangeoires de son jardin ne désemplissent pas. «Depuis plusieurs semaines, une septantaine d'oiseaux viennent se nourrir tous les jours dans les mangeoires de mon jardin. D'habitude, je n'en vois pas plus d'une vingtaine.»

Ce manque de nourriture a aussi des conséquences pour les oiseaux migrateurs qui vont bientôt entamer leur voyage vers le sud, comme les grives, les étourneaux ou les fauvettes à tête noire. De nombreuses baies sont désséchées, ce qui n'est pas idéal pour eux qui doivent faire le plein de graisse pour leur longue migration, explique Stefan Bachmann, porte-parole de Birdlife Suisse.

Côté romand, on ne partage pas ce constat. «Je n'ai pas eu vent de ce problème», confie François Turrian, directeur romand de BirdLife Suisse à La Sauge. Selon lui, la plupart des oiseaux arrivent à trouver de l'eau et de la nourriture en suffisance et à s'adapter, même en période de sécheresse.

Un virus émergent

En revanche, certains volatiles qui trouvent asile sous les toits ou dans des nichoirs ont connu une mortalité plus élevée que d'habitude. «Avec la chaleur, les petits martinets par exemple ont quitté le nid beaucoup trop vite afin d'échapper à la fournaise», explique-t-il. Il déconseille du coup aux gens de placer des abris sur les façades sud des maisons ou dans des endroits exposés au soleil.

Autre phénomène qui pourrait expliquer en outre la mortalité plus élevée de certains oiseaux comme les merles ou les grives: l'apparition d'un virus émergent venu d'Afrique, le Usutu, qui se transmet par les moustiques. «Nous attendons la confirmation de sa présence en Suisse, mais il pourrait être davantage responsable de la mort de certains oiseaux que la canicule.»

Trop profond dans les sols

C'oté alémanique, les experts expliquent tous ce qui se passe en ce moment: la chaleur a fait que les vers et les insectes se sont enfoncés plus profondément dans les sols. Il faudrait une longue période de pluie pour qu'ils soient à nouveau à la portée des oiseaux. Par ailleurs, les volatiles ont aussi de la peine à trouver des graines en raison des plantes qui se sont desséchées. Et même les sources d'eau viennent à manquer, puisque de nombreux étangs ou petites mares d'eau sont à sec.

Certains défenseurs des animaux et des oiseaux appellent donc la population à nourrir les oiseaux avec les mélanges habituels qu'on leur donne en hiver. Mais même les graines et de l'eau n'atténueront que temporairement la situation.

Il faut des habitats appropriés

A la station ornithologique de Sempach, on estime que pour aider les oiseaux, il faudrait surtout créer des habitats appropriés à leur intention. Un jardin naturel avec des buissons indigènes et de nombreuses possiblités de faire des nids serait idéal, explique ainsi le biologiste Livio Rey.

Un avis que partage François Turrian. «Je déconseille le nourrissage des oiseaux en été. Ce n'est pas une mesure pertinente car les oiseaux arrivent quand même à trouver de la nourriture. En outre, les gens qui les nourrissent leur donnent souvent des restes d'aliments qui peuvent s'avérer néfastes», critique-t-il. Pour lui aussi, des endroits aménagés pour les volatiles sont le meilleur moyen d'enrayer la diminution du nombre d'oiseaux dans notre pays.

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