Cellule Demeter : 130 chercheurs s'alarment de la tentative du gouvernement de museler les lanceurs d’alerte

Publié le par Ricard Bruno

La cellule Demeter pourrait représenter un frein considérable à la prise de conscience générale sur le sort des animaux d’élevage.

La cellule Demeter pourrait représenter un frein considérable à la prise de conscience générale sur le sort des animaux d’élevage.

130 chercheurs lancent un appel à la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, afin de demander une plus grande protection des lanceurs d’alerte sur la question de la protection animale. En cause : la nouvelle cellule ayant pour mission affichée de "défendre les agriculteurs" contre les intrusions dans les élevages... La Fondation 30 Millions d’Amis - reconnue d'Utilité publique - s'inquiète face à cette tentative de museler le combat des ONG pour le bien-être animal.

Un avant... et un après ! Depuis 2015 et la reconnaissance par le législateur de la sensibilité des animaux dans le Code civil grâce à la Fondation 30 Millions d'Amis, jamais les images révélées par les lanceurs d'alerte - relayées en masse par les associations de protection animale et les médias - n'ont eu cet incroyable écho au sein de la société. Tournées dans des établissements ou des structures peu enclines à respecter le bien-être animal, elles permettent de révéler nombre de dérives et d’informer, notamment sur les abus de l’élevage industriel. Des actions citoyennes qui ont fait leurs preuves en permettant à la justice de condamner certaines infractions à la réglementation, au public de connaître l'envers du décor et à toute une filière de remettre en cause ces pratiques. 

L'influence grandissante du lobby agricole

Pourtant, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a mis en place fin 2019 une unité intitulée « Demeter ». Cette branche de la Gendarmerie nationale a pour mission de protéger les agriculteurs contre les « intrusions, dégradations et vols commis contre leur activité. » Problème : les vidéos tournées à l’intérieur au sein de l’Elevage Industriel sont également visées !  C’est pour protester contre cette tentative de museler les lanceurs d’alertes que 130 chercheurs ont lancé un appel à la ministre de la Justice, Nicole Belloubet. Initiée par Romain Espinosa, chercheur en économie au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), cette mobilisation pointe « l’influence grandissante des lobbies dans les décisions publiques [qui] prend depuis quelque temps une dimension préoccupante pour notre démocratie », selon leurs auteurs.

Le sort des animaux relève de l'intérêt général

Pour le collectif, clouer ainsi les lanceurs d’alerte au pilori sous couvert de combattre un prétendu agri-bashing de mise, cher au ministre de l’Agriculture Didier Guillaume, revient donc à priver la population d’une véritable source d’information. « Mettre dans le même sac les vols et les dégradations, qui sont déjà condamnés, avec les vidéos tournées dans ces lieux est très problématique, s’alarme la philosophe Florence Burgat, directrice de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRAE) et l’une des premières signataires de l’appel. Or, savoir la manière dont les animaux sont traités relève de l’intérêt général. S’il n’y a plus de lanceurs d’alerte alors, nous aussi chercheurs, sommes privés d’une information primordiale. »

Confiscation du débat public

 

Pourquoi la société n’aurait-elle pas le droit de savoir ?   
Florence Burgat, philosophe

 

Créée sous l’impulsion de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), la cellule Demeter porte directement atteinte au combat des organisations de protection animale. « Le fait de savoir ce qu’il se passe derrière des enceintes où des êtres vivants doués de sensibilité sont parfois maltraités est fondamental, tance Florence Burgat. Pourquoi la société n’aurait-elle pas le droit de savoir ? Dans une démocratie, cela représente un véritable problème. Quand la Fondation 30 Millions d’Amis intervient pour sauver des animaux maltraités, c’est bien parce quelqu’un le-lui a signalé. »

Cette « confiscation du débat public », comme le décrit Romain Espinosa, pourrait ainsi représenter un frein considérable à la prise de conscience générale sur le sort des animaux en général, et d’élevage en particulier. 

Selon le dernier baromètre "Les Français et le bien-être animal" de la Fondation 30 Millions d'Amis mené par l'Ifop (janvier 2020), 70% des Français estiment que les politiques "défendent mal les animaux". De telles mesures comme la cellule Demeter ne seront pas de nature à inverser cette tendance.

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jipai 05/02/2020 19:20

"Les cons ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît". Citation de Michel Audiard