La chasse à la glu définitivement jugée illégale !

Publié le par Ricard Bruno

La chasse à la glu définitivement jugée illégale !

Le Conseil d’État a définitivement annulé les dérogations accordées par l’État pour cette chasse, jugée « contraire au droit européen ».

Les partisans de la chasse à la glu ont perdu leur combat. Cette méthode de chasse a été définitivement jugée illégale lundi par le Conseil d'État, mettant un terme à des années de bataille entre partisans et adversaires de la chasse à la glu. Après avoir interrogé la justice européenne, qui avait estimé en mars que cette technique de piégeage cause un dommage « irrémédiable » à tous les oiseaux capturés, la plus haute juridiction administrative française a définitivement annulé les dérogations accordées par l'État pour cette chasse, jugée « contraire au droit européen ».

Cette méthode de chasse dite « traditionnelle » est pratiquée dans cinq départements du sud-est de la France (Alpes-de-Haute-Provence, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Vaucluse et Var). Destinée aux grives et aux merles, elle consiste à piéger des oiseaux sur des tiges enduites de colle, appelées gluaux. Les oiseaux ainsi capturés sont mis en cage et servent, en chantant, à en attirer d'autres pour les chasseurs. Mais les défenseurs de l'environnement se battent depuis des années en justice pour la faire interdire, dénonçant une méthode « cruelle » et non sélective qui conduit à la capture d'autres oiseaux que ceux visés, y compris des espèces protégées.

« Les oiseaux capturés subissent un dommage irrémédiable »

Les chasseurs assurent que les oiseaux capturés par erreur sont nettoyés et relâchés. Saisi à de nombreuses reprises pour faire annuler les décrets gouvernementaux accordant des dérogations permettant cette chasse au motif de la tradition, le Conseil d'État avait fini par se tourner vers la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), en 2019 pour savoir si elle était conforme à la directive « oiseaux » de l'UE.

En attendant cette décision, le président Emmanuel Macron, arbitrant contre les chasseurs et en faveur de sa ministre Barbara Pompili, avait annoncé fin août 2020 la suspension de la chasse à la glu, en ne reconduisant pas le quota d'environ 40 000 oiseaux pouvant être capturés dans les cinq départements concernés. La CJUE avait répondu en mars que « en dépit d'un nettoyage, les oiseaux capturés subissent un dommage irrémédiable, les gluaux étant par nature susceptibles d'endommager le plumage de tous les oiseaux capturés », rendant dès lors prévisible son interdiction par la justice administrative française. Qui a donc rendu lundi une série de décisions dans des affaires pendantes annulant la règlementation dérogatoire française.

La Conseil relève dans un communiqué que « ni le gouvernement ni la fédération de chasseurs n'ont apporté de preuves suffisantes » permettant d'affirmer que d'autres espèces ne sont pas piégées ou que « les oiseaux capturés accidentellement ne subiraient que des dommages négligeables, une fois relâchés et nettoyés ». Par ailleurs, il estime que « le seul objectif de préserver ces traditions ne suffit pas à justifier une dérogation aux interdictions de principe que pose la directive » européenne et qu'il n'a pas été démontré qu'aucune alternative ne serait possible.

Une « chasse d'un autre temps »

« Une avancée pour la biodiversité », s'est réjouie sur Twitter Barbara Pompili, dont l'entourage saluait une « clarification bienvenue » après sa décision de suspension, qui avait hérissé les chasseurs. « Enfin on tourne la page de cette chasse d'un autre temps pour entrer dans un XXIe siècle plus respectueux de l'environnement », a réagi pour l'Agence France-Presse Allain Bougrain-Dubourg, l'emblématique président de la Ligue de protection des oiseaux, une des associations plaignantes.

« Mais il reste d'autres techniques de chasse inacceptables », a-t-il ajouté. Il appelle le gouvernement à tirer les conclusions de cette première décision, alors que les ONG réclament aussi l'interdiction d'autres chasses traditionnelles, au moyen de pantes (filets) et matoles (cages tombantes), pour les alouettes, dans des départements du Sud-Ouest. Côté chasseurs, la déception se voulait combative. « Le Conseil d'État a fini par céder au lobbying de la ministre de l'Écologie et des antichasse », a regretté Éric Camoin, président de l'association nationale de défense des chasses traditionnelles à la grive.

Willy Schraen, président de Fédération nationale des chasseurs, estime de son côté que les arrêtés pourraient être repris et mieux argumentés si le gouvernement en avait la volonté, replaçant le débat sur le terrain politique. « Qu'on leur fiche la paix avec leurs traditions, ils chassent des quantités infinitésimales sans aucune incidence sur les espèces », dit-il à l'Agence France-Presse. « L'action punitive contre le monde rural continue. Mais on a bien vu que la ruralité s'est beaucoup exprimée dans cette élection, et nous reviendrons à la charge », lance-t-il au lendemain des scrutins régionaux et départementaux... et à 10 mois de la présidentielle.

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