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Le combat de Pascal Bohère pour garder son marcassin, Truffe !

Publié le par Ricard Bruno

Le combat de Pascal Bohère pour garder son marcassin, Truffe !

En France, il ne fait pas bon pour un particulier d’accueillir chez lui un animal considéré comme nuisible par la loi. Pascal Bohère l’a appris à ses dépens. L’ONCFS demande en effet à ce particulier, qui a recueilli un marcassin, d’abattre l’animal. Cet habitant de Normandie remue désormais ciel et terre pour sauver la petite Truffe d’un sort terrible. C’est une histoire qui rappelle tristement celle de cette femme, Chantal, à qui on a retiré sa vieille renarde domestiquée, Câline, au prétexte que le renard roux est un animal sauvage et nuisible. Pascal Bohère, un particulier fervent défenseur de la faune sauvage, a décidé d’en appeler à la presse et à l’opinion publique pour plaider sa cause, mais aussi et surtout celle de sa femelle marcassin, Truffe. Nuisible ? Tout commence le 12 décembre 2017, en Seine-Maritime. Ce jour-là, Pascal Bohère découvrit dans son champ de maïs un marcassin âgé de quelques jours, complètement paniqué. L’homme devina vite que la laie et sa portée de marcassins ont été abattus par des chasseurs, ce petit suidé réfugié dans son champ étant le seul survivant du massacre. N’écoutant que son coeur, M. Bohère emporta le petit animal terrorisé chez lui. Pendant un mois, cet ancien ouvrier invalide à 30% suite à un accident du travail prit soin du petit animal, se levant toutes les deux heures même la nuit pour nourrir au biberon la femelle sanglier qu’il baptise très vite Truffe. Habitué des sauvetages  Pascal Bohère est un habitué de la faune sauvage. Sur son vaste terrain à la campagne, il accueille chiens, chats, moutons, canards colverts, faisans, pigeons ramiers et autres tourterelles des bois.

Il a d’ailleurs déjà porté secours à deux jeunes chevreuils, un mâle et une femelle, appelés Bambi et Bambinette. Désireux de toujours être en règle avec la loi, il obtint systématiquement des numéros d’élevage afin de pouvoir prendre soin des petits cervidés. Interrogé dans les colonnes de Paris-Normandie, Pascal Bohère explique : « Mon but, c’est de sauver l’animal avant tout. Sachant que je n’avais pas le droit de la garder, j’ai téléphoné le 15 décembre à la DDPP (la Direction départementale de la protection des populations), pour obtenir l’autorisation de détention d’un animal sauvage non domestique. » Respecter la loi  Sans réponse, le particulier s’est tourné vers la DDTM (Direction Départementale des Territoires et de la Mer) qui lui oppose une fin de non-recevoir. La loi est stricte : l’animal, sauvage et considéré comme « nuisible » en France, doit être abattu. Mais Pascal Bohère refusa de baisser les bras. Il adressa un courrier au Ministère de l’Ecologie qui lui expliqua qu’il pouvait garder le petit sanglier à la condition qu’il lui bâtisse un enclos respectant des normes strictes, de sorte à empêcher le suidé de causer d’éventuels dégâts. M. Bohère a alors retroussé ses manches et construit un vaste parc pour son marcassin (qui grandit très vite), dotant ce dernier de tout le confort nécessaire à un sanglier : beaucoup d’espace (400 mètres carrés), des cachettes, des grattoirs, un vieux tas de bois et même un bassin pour que l’animal se baigne et se recouvre de boue (la thalasso des sangliers pour se prémunir des parasites).

En vain  Las ! La préfète de Seine-Maritime refuse de lui accorder un passe-droit et de reconnaître les efforts réalisés par le particulier. Deux agents de l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) accompagnés de deux agents de la DDTM se présentèrent alors au domicile de M. Bohère pour lui porter une terrible nouvelle : Truffe sera euthanasiée le 20 avril prochain !

La Fondation Brigitte Bardot, contactée par Monsieur Pascal Bohère, est montée au créneau et sollicite l’indulgence de la préfète de Seine-Maritime afin qu’elle autorise cette détention d’un animal sauvage, comme le permet la loi française. De même, une pétition a été lancée en ligne pour demander à ce que cet habitant de Normandie puisse garder son sanglier et celle-ci a déjà récolté plus de 54 000 signatures à l’heure où nous rédigeons ces lignes.

Vous pouvez apporter votre signature en cliquant juste ici

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Les femmes à Cannes, les muses de la Croisette...

Publié le par Ricard Bruno

Les femmes et Cannes, c’est une grande histoire d’amour commencée dès les débuts du Festival en 1946, et qui ne fait que s’accroître d’année en année. Quelques semaines avant l’ouverture du 71ème Festival de Cannes, CineSeriesMag a choisi de revenir sur la relation si particulière entre le prestigieux Festival et les femmes à travers des thèmes qui traversent tous les domaines en mettant toujours à l’honneur, le si bel art qu’est le cinéma.

Des belles tenues aux polémiques.

Le Festival de Cannes est internationalement reconnu depuis des années pour être l’événement chic du Septième Art. Toutes les plus grandes stars de cinéma y ont monté les marches habillées pour l’occasion par des marques de luxe, qui en profitent pour montrer leurs créations. La Croisette n’est pas seulement un lieu privilégié du cinéma, elle est aussi souvent un grand instant de mode. On ne compte plus les fois où des robes splendides ont fait parler d’elles, ni les moments marquants où les tenues très originales inspiraient les journalistes. Les femmes sont scrutées de haut en bas en montant les marches pour voir si elles correspondent bien aux « tenues de soirée » requises pour accéder au Palais des Festivals ou si elles ne laisseront pas s’échapper un scandale de leur robe. Parfois cantonnées seulement à leur statut de femme d’ailleurs, on en oublie de parler de cinéma mais non, elles ne sont pas seulement là pour faire beau et sont autant professionnelles que ceux du sexe opposé, habillés en smocking. (Lire l’article de Libération sur les genres dans les tenues)

Mais les polémiques ne se limitent pas au simple espace du tapis rouge, les femmes ont du caractère et elles le prouvent. Dès 1979, Françoise Sagan fait trembler Cannes en tant que Présidente du Jury. Sept mois après avoir tranché pour remettre la Palme d’Or ex-aequo à Le Tambour et Apocalypse Now, elle révèle les dessous du festival qui disent que le président Robert Favre Le Bret et Maurice Bessy, ex-délégué général et juré cette année-là ont largement influencé les jurés en faveur du film de Coppola.

cannes-1983-isabelle-adjani-greve-photographesQuelques années après, en 1983, c’est Isabelle Adjani qui fait parler d’elle en refusant de participer à la conférence de presse et au photocall du film L’Été meurtrier pour protester contre les photographes qu’elle jugeait trop intrusifs dans sa vie privée. En réaction à ce boudage, les photographes décident alors de se mettre en grève et de tourner le dos à l’actrice à sa montée des marches, après avoir déposé leurs appareils à leurs pieds. Des années avant encore, Simone Silva créa la polémique en plein shooting photo avec Robert Mitchum en enlevant son soutien gorge lors des poses, donnant des clichés très sexys des deux acteurs. Plus récemment en 2012, Julia Roberts fait le buzz en choisissant de monter les marches pieds nus pour protester contre le dress code du tapis rouge selon lequel les talons seraient obligatoires. Ces photos et ces moments ont fait le tour du monde et beaucoup parler le microcosme du cinéma qui se nourrit chaque année de tous ces instants qui sortent du protocole cannois.

Des inégalités depuis longtemps dans les prix.

Si l’on parle beaucoup des femmes pour leur beauté et leur élégance à Cannes, on attend encore le jour où l’on en parlera autant pour leur talent et leur grande présence dans la compétition. Il y a quelques jours, l’Agence France Presse (AFP) dévoilait quelques chiffres sur la présence féminine au sein de la sélection officielle. Sur les 268 cinéastes ayant vu leur film récompensé par une des plus hautes distinctions du Festival (ces dernières années par la Palme d’or, le Grand Prix et le Prix du jury), 11 étaient des femmes, soit 4 % du total, selon le décompte...

 

– Jane Campion : Palme d’Or du court métrage en 1986 pour Peel, exercice de discipline et Palme d’Or en 1993 pour La Leçon de Piano (ex-aequo avec  Chen Kaige et son Adieu ma concubine).

– Samira Makhmalbaf : Prix du Jury en 2000 pour Le Tableau noir et en 2003 pour A cinq heures de l’après-midi

– Alice Rohrwacher : Grand Prix en 2014 pour Les Merveilles (nommée cette année pour Lazzaro Felice)

« J’adorerai voir plus de réalisatrices parce qu’elles représentent la moitié de la population et donnent naissance à la Terre entière. Tant qu’elles n’écriront pas et ne réaliseront pas, nous n’aurons jamais la totale vision des choses. » Jane Campion. 

Du côté du Prix de la mise en scène et du Prix du scénario, quatre femmes ont été récompensées sur 111 lauréats en plus de 70 ans, soit 3,5 % dont deux l’an dernier :

  • Sofia Coppola : Prix de la mise en scène en 2017 pour Les Proies
  • Lynne Ramsay : Prix du scénario en 2017 pour A Beautiful Day (…)

Mais si les femmes ne sont pas beaucoup récompensées, c’est qu’elles ne sont pas non plus beaucoup nommées. Malgré la volonté de certaines écoles de cinéma d’établir la mixité dans leur promotion, la tendance à devenir cinéaste reste masculine. Parmi les plus de 1.780 cinéastes qui ont vu leur film sélectionné depuis 1946, on retrouve 83 réalisatrices, soit 4,7 %. Cette année trois réalisatrices ont vu leur film sélectionné sur les 18 que comporte la sélection officielle, confirmant la « tendance » des quatre dernières années où un film sélectionné sur huit environ était réalisé par une femme. Mais des sélections officielles relativement récentes, comme 2012 ou 2010, ne comptaient que des films réalisés par des hommes. Pour se défendre, le Festival souligne régulièrement que la sélection officielle ne fait que refléter la faible représentation des femmes dans le milieu de la réalisation cinématographique. En France, à titre d’exemple, environ un quart des cinéastes entre 2009 et 2014 étaient des femmes, selon le centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).

Cependant, depuis 2013, le Festival tient à respecter la parité parmi le Jury qui compte 9 membres dont le Président donc 4 ou 5 femmes lorsque la Présidente du Jury est, comme cette année, une femme. Au total, les femmes ont représenté 166 membres sur les 738 qu’a connus le jury du Festival, soit plus d’une personne sur cinq. En 71 édition du Festival de Cannes, 12 femmes seulement ont été présidentes du jury dont 5 françaises (Michèle Morgan, Jeanne Moreau deux fois, Françoise Sagan, Isabelle Huppert, Isabelle Adjani). En revanche, là où le Festival leur donne une place privilégiée c’est pour être maîtresse des cérémonies. Il n’y a eu quasiment que des femmes et seulement 4 hommes depuis 1993 : Vincent Cassel, Lambert Wilson, Laurent Lafitte et Edouard Baer qui assurera pour la troisième fois le rôle de maître de cérémonie cette année

Les femmes de Cannes.

Les femmes à Cannes, les muses de la Croisette...

1. Monica Bellucci à Cannes en 2002 pour présenter Irréversible de Gaspard Noé. 2. L’actrice américaine Grace Kelly en 1955 à Cannes, année pendant laquelle elle rencontre le Prince Rainier de Monaco. 3. La montée des marches d’Isabelle Huppert pour le film Elle de Paul Verhoven en 2016. 4. Brigitte Bardot à Cannes en 1956. 5. Jeanne Moreau a reçu le prix d’interprétation à Cannes en 1960 pour le rôle d’Anne Desbarèdes dans Moderato cantabile de Peter Brook. Elle a également été deux fois Présidente du Jury. 6. Charlotte Gainsbourg reçoit le Prix d’interprétation féminine pour son rôle dans Antichrist de Lars Van Trier en 2009. 7. Michèle Morgan est la première femme à recevoir le prix d’interprétation féminine lors du premier Festival de Cannes en 1946. 8. Marion Cotillard est une habituée de la Croisette où elle y a présenté de nombreux films.
En savoir plus sur https://www.cineseries-mag.fr/festivals/les-femmes-et-cannes-les-muses-de-la-croisette-123226/#yeQbXFyO85rAdsvr.99

Toujours une source d’inspiration

La Femme a inspiré de nombreux artistes et été la muse de plusieurs peintres ou réalisateurs qui les sublimaient sur leur toile ou à l’écran. En choisissant de mettre des femmes sur son affiche, le Festival de Cannes retransmet ce message et leur rend hommage. La première femme à apparaître sur une affiche est en 1957 par un dessin puis en 1992, Marlène Dietrich est la première actrice à devenir la muse de Cannes. Depuis, plusieurs femmes se succèdent dans ce rôle en commençant par Marilyn Monroe ou encore Juliette Binoche, Faye Dunaway, Ingrid Bergman, et Claudia Cardinale l’an dernier. Cela montre bien que la féminité est un des personnages principaux du Septième Art. 

Brigitte Bardot, Monica Bellucci, Marion Cotillard, Grace Kelly, Catherine Deneuve, Jeanne Moreau, Isabelle Huppert Sophia Loren, toutes ont marqué de leur empreinte le Festival de Cannes. Ces deux semaines cannoises ont leur lot de polémiques et de faits marquants mais également de moments touchants dont le monde entier se souvient. Que ce soit lors de réceptions de prix, avec en 2014 Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos qui montaient sur scène avec leur réalisateur Abdellatif Kechiche pour la Palme d’Or de La vie d’Adèle ou lors d’instants forts de la cérémonie, la grande famille du cinéma comme on l’appelle si souvent, a fait briller bien des yeux. On pense notamment au duo culte de Vanessa Paradis et Jeanne Moreau chantant Le tourbillon de la vie en 1995.


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Olivier Falorni: «Le gouvernement se renie en revenant sur le contrôle vidéo en abattoir»

Publié le par Ricard Bruno

C’était la mesure phare de la proposition de loi présentée par le député Oliver Falorni en janvier 2017 pour améliorer le bien-être animal dans les abattoirs : y rendre le contrôle vidéo obligatoire. Entre-temps, la présidentielle est passée par là et la mesure a disparu…

Le député Olivier Falorni demande lance un appel pour un contrôle vidéo dans les abattoirs, une mesure préconisait dans un projet de loi de janvier 2017 mais qu'a retiré depuis le ministre de l'agriculture, Stéphane Travert.

Le député Olivier Falorni demande lance un appel pour un contrôle vidéo dans les abattoirs, une mesure préconisait dans un projet de loi de janvier 2017 mais qu'a retiré depuis le ministre de l'agriculture, Stéphane Travert.

  • Le projet de loi sur l’Agriculture et les relations commerciales, porté par le ministre de l’Agriculture n’entend pas rendre la vidéosurveillance obligatoire dans les abattoirs, mais mettre plutôt l’accent sur la formation et la présence accru sur place d’inspecteurs vétérinaires.
  • Ce contrôle vidéo était pourtant l’un des piliers de la proposition de loi du député Olivier Falorni élaborée après six mois d’enquête parlementaire et qu’Emmanuel Macron disait vouloir reprendre à son compte pendant la campagne présidentielle.
  • Olivier Falorni dénonce alors un revirement du Président de la république et déplore « l’aveuglement de l’industrie de la viande » qui peine à faire acte d’une plus grande transparence.

En mai, la vidéosurveillance deviendra obligatoire dans les abattoirs de Grande-Bretagne par souci d’y améliorer la transparence et de s’assurer jusqu’au bout du bien-être animal. En France, on n’y est pas encore. Pourtant, le 12 janvier 2017, l’Assemblée nationale votait en première lecture l’une des mesures de proposition de loi du député de Charente-Maritime Oliver Falorni rendant obligatoire le contrôle vidéo dans les abattoirs à partir du 1er janvier 2018.

Mais la présidentielle a stoppé net le processus d’adoption du texte. Or, dans le projet de loi sur l’Agriculture et les relations commerciales, censé reprendre le dossier, « il n’est plus question de vidéosurveillance dans les abattoirs », fustige Oliver Falorni, qui dénonce alors un « reniement » d’Emmanuel Macron. Le député divers gauche, auteur d’une tribune parue dimanche dans Le Parisien, répond aux questions de 20 Minutes.

La vidéosurveillance était l’un des piliers de votre proposition de loi votée « relative au respect de l’animal en abattoir » ?

Cette proposition de loi s’appuyait en fait sur deux piliers. Le premier était de faire de la maltraitance sur animaux en abattoir et dans les transports un délit pénal. C'était déjà le cas dans les élevages ou dans les refuges pour animaux. Mais ni dans les abattoirs, ni durant les transports. Il fallait ensuitese donner les moyens pour caractériser les délits. Le contrôle vidéo dans les abattoirs est cet outil efficace. Ce sont des images qui ont permis de lever l’opacité sur les abattoirs, de révéler des actes de maltraitances, de pousser à la création d’une commission d’enquête parlementaire et même d’entraîner des procès. A Alès il y a un an et à Pau prochainement. Mais ces images ont été tournées clandestinement, par des ONG. Or, l’État a pour mission de contrôler ce qui se passe dans les abattoirs. C’est donc à lui de filmer.

Oliver Falorni, député divers gauche de Charente-Maritime, a présidé la commission parlementaire qui a défendu la proposition de loi sur les abattoirs en janvier 2017.

Oliver Falorni, député divers gauche de Charente-Maritime, a présidé la commission parlementaire qui a défendu la proposition de loi sur les abattoirs en janvier 2017.

Votre proposition de loi a été votée en première lecture à l’Assemblée nationale le 12 janvier 2017… Vous vous doutiez alors qu’il faudrait recommencer à zéro après la présidentielle ?

Certes, la campagne présidentielle a stoppé ensuite le processus de navettes parlementaires de ma proposition de loi. Mais, sondé par les associations, Emmanuel Macron avait assuré par écrit que, s’il était élu, « la vidéosurveillance dans les abattoirs, selon des modalités inspirées de la proposition de loi Falorni, sera mise en place ». J’étais confiant, ayant la naïveté encore de croire aux engagements de campagne. Pourtant, il n’est plus question de contrôle vidéo en abattoir dans le nouveau texte de Stéphane Travert. De ma proposition de loi, il n’a retenu que le premier pilier, à savoir les dispositions sur le délit pénal. Du coup, ce texte ne tient que sur une seule jambe. C’est une régression et un reniement de la part d’Emmanuel Macron.

Comment expliquez-vous ce revirement ? Est-ce pour des problèmes juridiques et dans le souci de préserver le droit à l’image des salariés filmés ?

Cet argument a été soulevé à plusieurs reprises en effet, notamment par les organisations salariales. Elles mettaient en garde contre les risques de « flicage » des travailleurs sur des questions de productivité. Nous avons pris en compte ce point dans le texte voté en janvier 2017 en donnant accès aux images filmées en abattoir à l’inspection vétérinaire, et à elle seule, et avec pour finalité exclusive de s’assurer du bien-être animal. Je comprends parfaitement que l’introduction vidéo puisse toujours être un sujet d’inquiétudes pour les organisations syndicales, mais ce sont bien les industriels qui font obstacle aujourd’hui à l’introduction de la vidéo dans les abattoirs. Je suis consterné par l’aveuglement de l’industrie de la viande. Il y a d’un côté une consommation de viandes qui ne cesse de baisser, une exigence des consommateurs qui ne cesse de s’accroître, mais de l’autre côté, une industrie française de la viande qui reste sourde et ne fait pas d’efforts de transparence. Pourtant, à côté de nous, ça bouge. En Grande-Bretagne mais aussi en Wallonie [Belgique].

Plutôt qu’à la vidéosurveillance, Stéphane Travert dit vouloir donner la priorité à la formation des salariés d’abattoirs et privilégier la présence physique des agents vétérinaires sur place…

Opposer formation et vidéosurveillance n’a pas de sens. Imaginerait-on un gouvernement luttant contre les chauffards et se privant des radars ? Certes, l’une des réponses au problème est une meilleure formation des conducteurs. Mais on sait bien aussi qu’il faut également la peur du gendarme et que, sans ces radars, il est bien plus compliqué de contrôler les vitesses. C’est la même chose pour les abattoirs. Il faut une meilleure formation et une meilleure qualification des salariés, mais il faut aussi des contrôles. Quant à renforcer le nombre d’inspecteurs vétérinaires dans les abattoirs, moi, je suis d'accord. Les services vétérinaires y sont certes déjà présents en permanence, mais leur nombre est effectivement insuffisant si bien qu’ils se concentrent alors sur des questions sanitaires et pas sur celle du bien-être animal. Dans notre proposition de loi, nous demandions ainsi la présence permanente d’un agent des services vétérinaires aux postes d’étourdissement et de mise à mort et la nomination, au moins, d’un inspecteur vétérinaire chargé de la question du bien-être animale. J’ai pu consulter le projet de loi porté par Stéphane Travert lorsqu’il a été soumis à l’avis de la commission « développement durable » de l’Assemblée nationale. Il n’y a aucune mesure qui va dans ce sens. Quoi qu’il en soit, même si on renforçait le nombre d’agents vétérinaires en abattoirs, la vidéosurveillance reste malgré tout un outil indispensable. Elle permettrait à ces inspecteurs de consulter à tout moment les images [elles seraient conservées un mois], de caractériser les délits lorsqu’il y en a mais aussi décharger les salariés lorsqu’ils sont faussement accusés de maltraitance.

Avez-vous encore l’espoir de peser dans le débat ?

Bien sûr, c’est encore le temps du débat. Le projet de loi du ministre de l’Agriculture passe cette semaine devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Puis devant l’hémicycle en mai. Ce sont deux étapes importantes. Quarante associations de protection animales suivent de près ce dossier. Elles sauront se faire entendre.

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Le monde se déchire pour BB...

Publié le par Ricard Bruno

Deux couvertures légendaires de Brigitte Bardot...

Deux couvertures légendaires de Brigitte Bardot...

Paris Match vous raconte la décennie 1950 dans un hors-série exceptionnel. En 1956, Raymond Cartier s'interrogeait sur le phénomène Brigitte Bardot, BB pour les intimes et 55 millions de Français.

Le cas Bardot n’est pas sans de nombreux précédents. Une débutante, perdue dans la gentille infanterie féminine du spectacle, quêtant des rôles, comptant ses échecs puis, d’un seul coup, devenant la figure de proue de son métier. C’est arrivé à Marilyn Monroe, à Lana Turner, à Greta Garbo. Le témoignage d’une époque et, assez souvent, un roman social.

 

Lake Placid, dans l’Etat de New York, est une station de sports d’hiver et de repos d’été. Le vendredi, jour du changement de programme, le directeur du Palace Theatre, James McLaughlin, composa lui-même sur sa marquise le titre de son nouveau film : « ... And God Created Woman », avec le nom de Brigitte Bardot. L’archiprêtre de la paroisse Sainte-Agnès, Mgr James T. Lyng, accourut. D’abord, il supplia. « Brigitte Bardot, dit-il, est une actrice dont le nom est associé à tout ce qui défie la décence et la moralité. Je vous en prie, retirez ce film. » McLaughlin objecta qu’il n’avait rien sous la main pour le remplacer. « Je vous donne, reprit le prêtre, 350 dollars de mon argent personnel pour vous indemniser… Je paie un avion pour que vous alliez à New York ou à Buffalo vous chercher un autre film… » Bien qu’il soit irlandais et catholique, McLaughlin refusa. Sa clientèle avait envie de voir cette fille, « Bardotte », et le film ayant été visé par la censure de l’Etat de New York, il se sentait couvert.

Photo prise lors du mariage de Roger Vadim et Brigitte Bardot au domicile de ses parents, 1 rue de la Pompe, dans le XVIe arrondissement de Paris.

Photo prise lors du mariage de Roger Vadim et Brigitte Bardot au domicile de ses parents, 1 rue de la Pompe, dans le XVIe arrondissement de Paris.

Le dimanche suivant, en chaire, Mgr Lyng jeta l’interdit sur le Palace Theatre. Pendant six mois, quels que fussent les films, les fidèles devaient s’abstenir d’en franchir le seuil et les commerçants de Lake Placid devaient refuser d’en afficher les programmes dans leurs magasins. D’ordinaire, comme dans toutes les petites villes américaines, les églises protestantes observent ce que fait l’Eglise catholique, pour faire le contraire, mais, exceptionnellement, Brigitte Bardot rétablit l’unité religieuse à Lake Placid. Le révérend Carpenter de l’Adirondack Church et le recteur Davies de la Saint Eustache Episcopal Church donnèrent raison à leur confrère catholique. McLaughlin resta inflexible. Il ne fit pas tout à fait le plein de son cinéma comme il l’espérait, mais quand même sa deuxième meilleure recette de l’année. Il commença ensuite à mesurer ce qu’il en coûte de braver le front uni des Eglises. L’interdit de Mgr Lyng, renouvelé chaque dimanche, fit baisser le coefficient de remplissage de la salle – et Dieu sait que les affaires ne sont pas tellement brillantes dans le business du cinéma !

Pourtant, McLaughlin récidiva. Quelques semaines après « ... And God Created Woman », il donna « La Parisienne » (titre américain d’« Une Parisienne ») ravivant ainsi des foudres qui s’éteignaient.

L’opinion est unanime : le film est immoral

Ranimée par « Une Parisienne », la controverse se poursuit à Lake Placid, mais c’est une controverse curieuse, dans laquelle tout le monde est d’accord sauf sur un point : Mgr Lyng a-t-il ou n’a-t-il pas outrepassé ses prérogatives spirituelles en jetant l’interdit sur une entreprise commerciale légale comme le cinéma de James Mc-Laughlin ? Les pasteurs protestants qui se sont associés à la dénonciation d’« Et Dieu… créa la femme » ont refusé de suivre Mgr Lyng dans les trois mois de pénitence qu’il a infligés au Palace Theatre. Pour le reste, l’opinion est unanime : le film est immoral, du commencement (une femme nue) à la fin (la même femme, toujours nue). Cette « chatte française » n’est pas grand-chose et ne serait rien du tout sans l’obscénité délibérée des producteurs. « Elle n’a jamais gagné un concours de Miss America, a déclaré une conseillère municipale, et je voudrais bien savoir quel est son Q.I., son quotient intellectuel. »

N’être rien et diviser un pays comme l’Amérique est déjà quelque chose. Lake Placid n’est qu’une bourgade montagnarde, mais Philadelphie est la troisième ville des Etats-Unis, le berceau de leur Constitution, le beffroi d’où sonna sur la nation naissante la cloche de la liberté. Le Studio et le World, situés l’un et l’autre à quelques pas des autels patriotiques du City Hall, donnaient « ... And God Created Woman ». Six détectives, envoyés par le district attorney Victor H. Blanc, se présentèrent dans les deux cinémas, saisirent les bobines et arrêtèrent les deux directeurs.

La bataille engagée par Victor H. Blanc dure encore. Il faut toutefois rassurer les bons cœurs sur le sort des deux directeurs de cinéma arrêtés : ils ne languissent pas derrière des barreaux. Remis immédiatement en liberté, sous une caution de 500 dollars, ils obtinrent la restitution de leur film par une ordonnance de référé et ajoutèrent aux attraits de Brigitte l’auréole de la persécution. Le maire de Philadelphie, Richardson Dilworth, puissance du Parti démocrate, déclara que le district attorney Blanc avait fait du zèle pour gagner les voix des femmes prudes, ce qui entraîna une verte réplique des vestales de la cité. Brigitte Bardot, pauvre lapin, est aujourd’hui au centre d’une des polémiques électorales les plus venimeuses qu’ait connues la grande ville de Philadelphie, dont le nom, décerné par -l’illustre quaker William Penn, signifie « amour fraternel ». A  Cleveland, à -Middleton, à York, d’autres directeurs de cinéma furent arrêtés. A  Providence, les trois juges du tribunal se rendirent, en robe, siéger au cinéma pour se faire une opinion. A Dayton, 125 membres des Chevaliers de Colomb allèrent en cortège demander l’interdiction d’« Et Dieu… créa la femme », mais dix mains seulement se levèrent quand le magistrat demanda à ceux qui avaient vu le film de se désigner. A Pittsburgh, les directeurs de salle suspendirent spontanément les films de Bardot pendant la semaine sainte. A -Memphis, un comité de censure interdit « ... And God Created Woman », mais l’exploitant du film le transporta sur l’autre rive du Mississippi à West Memphis où, proscrit de l’Etat de Tennessee, il prospéra sous la protection des lois de l’Etat d’Arkansas. Le cas Bardot se pose ainsi, sous des formes plus ou moins comiques, dans toute l’Amérique. Le « Saturday Evening Post », qui s’enorgueillit d’avoir été fondé par Benjamin -Franklin et qui refusait jusqu’à une date toute récente la publicité des spiritueux, consacra une partie de son numéro du 14 juin à « The Bad Little Girl », Brigitte Bardot.

Bardot, la féline charme l'objectif du Leica de notre photographe Jack Garofalo à Cannes en mai 1957.

Bardot, la féline charme l'objectif du Leica de notre photographe Jack Garofalo à Cannes en mai 1957.

J’ai pris l’Amérique parce qu’elle est le meilleur des miroirs grossissants. Mais ce qui se passe en Amérique se passe dans le monde entier. On s’est battu pour ou contre Brigitte Bardot à Rio de Janeiro et à Bogota. Son nom a retenti au Parlement britannique, quand le député travailliste Leslie Hal proposa de la nommer à la Chambre des lords pour ramener le public vers une maison dont il s’est détourné. C’est naturellement un scandale qu’une tête futile soit plus connue que les savants, les sages et les saints, et qu’une frimousse – ou autre chose – recueille plus d’argent qu’un laboratoire. Mais ce scandale est vieux comme le monde. Les courtisanes romaines et alexandrines avaient plus d’admirateurs que les philosophes. Les actrices et les demi-mondaines du siècle dernier étaient entourées d’un délire d’adulation. Rien ne ressemble plus à l’accueil de Brigitte Bardot à Venise que l’accueil de Sarah Bernhardt à New York, le 27 février 1880, lorsqu’elle s’évanouit dans l’enthousiasme qu’elle provoquait. Les prédicateurs tonnaient contre « la courtisane européenne venant ruiner les mœurs du peuple -yankee » ; mais, par un froid de 10 °C, 15 000 New-Yorkais défilèrent sous les fenêtres muettes de l’Albemarle Hotel en scandant : « Good night, Sarah ! » Le culte des héros cinématographiques a les certitudes et les intransigeances d’une foi religieuse. Des sociologues le considèrent même comme une foi de remplacement, venant, dans un monde déchristianisé, donner un dérivatif au besoin humain d’adorer et de s’émouvoir. C’est aujourd’hui un spiritualisme dégénéré qui fige les foules en extase devant les stars.

Cette interprétation, qui fait des actrices les ersatz des madones, met sur leurs épaules une lourde charge. Des psychanalystes, plus crus, cherchent au culte démesuré des vedettes des explications strictement freudiennes, avec la mise en scène pédante et dégoûtante de la libido. Le succès de Bardot, par exemple, est « une libération de l’érotisme, une défection de l’interdit moral, un recul de la métaphysique ». Il suffit de mentionner l’existence d’un effort scientifique pour expliquer le culte des vedettes. Si elles ne sont pas les ersatz des saintes, elles sont la réincarnation des divinités perverses de la Grèce et de l’Orient : Eros, Adonis, Vénus, Ischtar, Isis…

Il faut aux héros et héroïnes du cinéma une tête solide

Ce qui est clair, c’est qu’il faut aux héros et héroïnes du cinéma une tête solide. On s’exaspère de leur vanité et de leurs caprices : on doit, au contraire, s’émerveiller de leur modestie. Sur 20 000 jolies filles qui entrent dans la carrière, comme des galères chargées d’espérances, une dizaine tout au plus atteignent la grande gloire et la rigueur seule de cette sélection autorise déjà l’orgueil. Il est fantastique, il est admirable qu’il ne se trouve pas chaque semaine un acteur de cinéma pour fonder une religion, sauver une nation et finir dans un cabanon sous un accès de mégalomanie chaude.

La carrière de Brigitte Bardot commença prosaïquement par une naissance. Elle eut lieu au numéro 36 de l’avenue de La Bourdonnais, dans un beau quartier, et il est important d’y noter qu’elle se place sous le signe de la Balance, lequel, selon le symbolisme profond du zodiaque, indique un tempérament équilibré. La providence se manifesta en ceci qu’il eût suffi d’une différence de six jours pour faire naître Brigitte sous le signe de la Vierge, ce qui eût, soit profondément modifié sa carrière, soit occasionné aux astrologues de sérieuses difficultés d’interprétation. Il est dit, dans les relations les plus authentiques, que le bébé – déjà ! – avait au sommet du crâne trois affreux cheveux noirs. Il fut nommé Brigitte, du nom que Mme Bardot donnait à sa poupée de prédilection. La même année, Dillinger fut abattu à Chicago, le feld-maréchal Hindenburg fut enterré à Tannenberg et Adolph Hitler devint le Führer des Allemands. Sans doute aussi naquit-il quelques futurs savants, médecins ou philanthropes. Mais sur la page des hommes illustres de 1934, il n’est encore inscrit que le nom de Brigitte Bardot.

Le pavé est le terreau du talent, 90 % des vedettes viennent des couches populaires. L’âpreté, l’horreur de leur milieu jettent parfois les belles filles des rues sans joie à la conquête de l’échelle sociale, avec les armes que Dieu permit au diable de leur donner. Brigitte Bardot, au contraire, grandit dans la peluche. Elle disait « vous » à ses parents. Une gouvernante la promenait au Champ-de-Mars, puis, quand la famille déménagea rue de la Pompe, dans les allées de la Muette. Sans doute ne connut-elle jamais les contacts brutaux avec les réalités sexuelles, les terribles leçons de psychologie et d’anatomie que la promiscuité des quartiers pauvres donne aux fillettes qui doivent jouer dans les terrains vagues. A la maison, elle avait sa chambre blanche, avec un divan vert, un fauteuil Empire, une coiffeuse romantique, des candélabres, son chat Crocus et des oiseaux que le chat, embourgeoisé comme le reste, ne songeait pas à dévorer. La chambrette et la vie s’inséraient dans un appartement de sept pièces, 5e étage, moquette crème, mobilier Louis XIV. L’été se déroulait à Louveciennes dans un chalet construit en 1870 sur le modèle des maisons norvégiennes. Il serait difficile d’imaginer un cadre plus conventionnel pour un roman bourgeois.

Aujourd’hui encore, les rapports des parents Bardot avec la carrière de la fille-phénomène sont empreints d’embarras. Ils oublient que même les rayons indirects de la gloire irradient tout et qu’ils sont devenus phosphorescents. M. Bardot, dont le surnom familial est « Pilou », aimerait mieux qu’on n’établisse pas de rapport entre M. Bardot, président-directeur général des Etablissements Bardot et Cie, air et oxygène liquides, 18, rue du Pilier, Aubervilliers (Seine), et M. Bardot, père de l’Illustre. Il semble toutefois que Mme Bardot au moins ait devancé les rencontres fortuites et rêvé pour sa fille d’ambitions qui faisaient craquer le cadre d’une famille d’industriels – belle femme, vive et imaginative, Anne-Marie Bardot, dite « Tatty », avait grandi à Milan et s’était pétrie de musique et de danse dans la loge que ses parents avaient à la Scala. Dès que Brigitte eut 5 ans, elle la conduisit chez Recco, danseur d’opéra, puis la fit admettre au cours de Mlle Bourget, rue Spontini. Elle-même, -Anne--Marie Bardot, éprouvait un désir d’évasion. Elle s’était créé une petite -entreprise de couture dans deux pièces de sa maison de la rue de la Pompe. L’importance de cette tentative commerciale sans lendemain fut de guider les pas innocents de Brigitte vers les opportunités modestes d’où sa trajectoire de feu allait jaillir.

Tout naquit d’une suggestion de Mme Bardot à son ami le créateur de mode Jean Bartet. Celui-ci (c’était en 1948) présentait à la Galerie Drouant-David sa première collection de chapeaux. Mme Bardot, ayant Brigitte en tête, conseilla la danse comme thème de la mise en scène. Brigitte, en tutu, un ruban noir et une rose au cou, annonçait les modèles en les dansant : « 22… twenty-two… entrechats… 37… thirty-seven… jeté-battu… » Brigitte, alors âgée de 14 ans, éprouva le sentiment du ridicule, mais elle était entrée dans l’engrenage. La rédactrice en chef du « Jardin des Modes » demanda à Mme Bardot l’autorisation de faire poser sa fille pour une robe de sa collection junior – ce qui entraîna une demande du magazine « Elle » pour une couverture. Le terme de « cover-girl » sonne d’une manière équivoque pour la bourgeoisie du XVIe arrondissement. Mme Bardot hésita, pesa, crut conjurer la hardiesse par la gratuité et l’anonymat en exigeant que Brigitte ne fût ni payée ni nommée. Précaution vaine : le « oui » fatal était lâché. Le relais, à cet instant important, s’appelle Marc Allégret. Il vivait sous une nostalgie. Le visage, les lèvres, la moue de Brigitte sur la couverture du « Elle » éveillèrent une résonance. Allégret s’enquit de cette jeune personne, la fit rechercher.

Vadim Plemiannikoff, 22 ans, était l’assistant à éclipses de Marc Allégret. Il fut chargé de retrouver la fillette de la couverture. On connaît dans les moindres détails biographiques les circonstances de l’approche, l’impression causée par le col roulé de Vadim, les négociations, les hésitations et – après l’échec de l’essai Allégret – la demi-effraction morale par laquelle Vadim réussit à reparaître rue de la Pompe, pendant que M. et Mme Bardot, étant sous les pins des Landes, la garde de Brigitte et de Marie-Jeanne, sa sœur, était laissée à une grand-mère. Trois mois après la première rencontre, Brigitte Bardot déclara qu’elle voulait épouser Vadim Plemiannikoff. Elle n’avait pas encore 18 ans. Le « non » familial fut sans inflexions.

Le soir même, Mijanou (Marie-Jeanne) voulut aller voir les illuminations de Notre-Dame. Brigitte préféra rester à la maison. Place du Trocadéro, saisie d’un pressentiment, Mme Bardot fit faire demi-tour à son mari, se précipita à son 5e  étage et trouva sa fille aînée inanimée sur le carreau de la cuisine, avec les robinets du gaz ouverts. Brigitte, petit animal sain, s’est couchée sous les robinets du gaz en pensant qu’elle avait au moins de grandes chances de mourir. Elle avait perdu connaissance, ce qui signifie qu’elle était virtuellement partie.

Le révérend père Legendre déchire les affiches impudiques

Dans le cas de Brigitte, ce ne fut qu’un pas qui la conduisit à l’autel. Le mariage fut célébré, le 20 décembre 1952, en l’église Notre-Dame de Grâce de Passy avec tous les accompagnements bourgeois de rigueur. Les Bardot virent à celui qui devenait leur gendre une chemise pour la première fois. Vadim avait décroché pour Brigitte un petit rôle qui justifiait le titre de « Manina, la fille sans voiles ». Le scandale fut immédiat. A Casablanca, où les panneaux publicitaires représentaient une Brigitte pratiquement nue, le révérend père Legendre alla déchirer de ses mains les affiches impudiques. M. Bardot se souvint qu’il n’avait donné son autorisation qu’à la condition que rien ne choquerait les bonnes mœurs et qu’il resterait à Manina au moins le voile d’un Bikini. Il fit projeter le film devant huissier et obtint quelques modifications. C’était la dernière victoire de la décence familiale.

Vadim ne respirait que pour le cinéma. Cinéaste sans studio et sans contrats, il avait pour unique actrice sa femme, et la route de la gloire paraissait devant celle-ci un sentier bien escarpé. Elle jouait mal, parlait faux et les rôles qu’elle avait tenus étaient exécrables. Elle ne possédait même pas une beauté au-dessus de toute discussion. Vadim s’empara de sa muse qu’il repétrit avec une persévérance et une intelligence de grand sculpteur. Brigitte Bardot fut refaite autrement, mais elle ne fut pas moins refaite qu’une star de la MGM. Vadim lui donna des moyens d’expression d’une hardiesse et d’une éloquence qu’on avait rarement atteintes auparavant. Tout, ici-bas, est travail. Travail et patience. La vie n’était pas facile. L’argent n’était pas abondant. Les Bardot avaient acheté à leur fille un petit appartement rue Chardon-Lagache et Tatty lui avait fait cadeau d’une vieille 11-CV, mais l’aide familiale n’allait pas plus loin. Les rôles de Brigitte restaient modiques et pauvrement payés. Dans « Un acte d’amour » où officie Kirk Douglas, elle paraît à un guichet, dit trois mots et c’est tout. « J’ai dû, lui dit sa mère, assister à deux séances pour te voir ; la première fois, j’avais éternué au moment où tu passais la tête par ton guichet. »

L’inépuisable Vadim portait à bout de bras l’épouse dans laquelle il avait mis son rêve et qui, paresseuse et boudeuse, geignait, pleurnichait, voulait abandonner le métier dur et décevant pour lequel elle se sentait peu douée. Il avait découvert son rayonnement sensuel et la tristesse toujours attachée à la prépondérance des sens. Il interprétait la jeunesse en composant un personnage pour vieux messieurs. « Tu seras, dit-il, le rêve impossible des hommes mariés. » Il montrait des photos osées de sa femme en insinuant que sa collection particulière était encore plus expressive et que, d’ailleurs, il fallait joindre le mouvement à la plastique pour avoir une juste idée du prodige de lascivité auquel l’avait uni devant Dieu un vicaire de Notre-Dame de Grâce de Passy. Un côté charmant, par contre, est la conjuration de jeunesse qui servit la réussite de Brigitte Bardot. Les photographes, les reporters étaient pour elle.

Chaque année, on invite quelques starlettes au Festival de Cannes. Elles sont convoquées pour deux ou trois jours et, si elles plaisent, on les garde un peu plus longtemps. Brigitte, en 1953, vint pour deux jours et ne fut retenue par personne. Elle était encore à bord d’une des embarcations conduisant les étoiles du Festival à l’escadre américaine ancrée en rade. La présentation, qui devait avoir lieu sur le porte-avions « -Midway », était réglée comme une réception diplomatique. En tête, les quelques starlettes distinguées par les organisateurs, puis toute une galaxie : Kirk Douglas, Anne Baxter, Gary Cooper, Lana Turner, Lex Barker, Olivia de Havilland, Mel Ferrer, Edward G. Robinson, Walt Disney, Raf Vallone, Leslie Caron, Silvana Mangano, Vittorio De Sica. Brigitte, intruse, n’était qu’une spectatrice dans ce grand carrousel.

Spectacle glorieux. La Méditerranée sous une nuit tiède. Les bâtiments de la 6e flotte baignés de lumière. Trois mille cinq cents marins sur les plages géantes du « Midway ». Les applaudissements et les sifflets d’enthousiasme allant crescendo, pendant que les vedettes, attifées et rituelles, sortaient de l’ombre et saluaient. La dernière était passée, Gary Cooper s’avançait pour prononcer le remerciement final quand les photographes poussèrent Brigitte Bardot sur le podium. Elle laissa tomber son imperméable ; elle apparut dans une robe de petite fille très ajustée et, d’un mouvement vif, fit voler sa queue-de-cheval. Il y eut une seconde de silence, le temps du déclic entre la foule des mâles et la silhouette- -illuminée. Puis un éclair et un tonnerre jaillirent du « Midway » : des -milliers de flashs et un cri d’enthousiasme surpassant en volume vocal les acclamations qui venaient d’être dédiées à toutes les gloires de l’écran réunies.

Quatre ans plus tard, le Festival était revenu, inexorable comme le déroulement des saisons. Brigitte Bardot était à 30 kilomètres, à Nice, dans une villa qu’elle avait louée au milieu d’un jardin, boycottant le gala qui l’avait jadis snobée. Les organisateurs la supplièrent de venir. Elle répondit en invitant tout le Festival chez elle, à une « BB party ». Une menace de radiation, d’excommunication fondit sur tous ceux qui accepteraient cette invitation insolente. Tous vinrent, en cohue et furent reçus par une hôtesse nue sous un blue-jean et un maillot. Quatre années avaient suffi pour faire d’une chercheuse de rôles une puissance bravant impunément les hiérarchies lourdes et redoutables de sa profession.

Le point tournant avait été la rencontre de deux aventures qui se cherchaient, celle de Vadim et celle de Raoul Lévy. L’un portait la nouvelle morale sexuelle, un scénario dont il rêvait depuis dix ans et la vedette difficile à faire éclore, qui partageait à l’état civil son nom exotique. L’autre, à peine plus âgé, portait l’ambition d’une carrière de producteur. Leur conjugaison fit naître le film qui, quelques mois plus tard, devait être le scandale des deux mondes : « Et Dieu… créa la femme » Il fut tourné, avec de petits moyens, à Saint-Tropez et aux studios de la Victorine. Ce mois de juin 1956, revanche d’un hiver polaire, était torride.

La scène du désir partagé et satisfait mettait corps à corps Brigitte et le bel acteur Jean-Louis Trintignant sous la direction du mari metteur en scène éperdu de réalisme. Ses cris, ses conseils, ses reproches, ses encouragements retentissent encore dans la mémoire des témoins embarrassés. Le baiser se prolongea après que Vadim, blême et ruisselant de sueur, eut donné l’ordre de couper. Brigitte partit avec un sourire agressif, suivie du beau garçon. Elle ne rentra pas à l’appartement conjugal de l’hôtel Negresco. Vadim lui-même, le 5 juillet, revint seul à Paris et s’installa à l’hôtel. Le divorce fut prononcé décemment, quelques mois plus tard. Trintignant lui-même, aimé jusqu’à la crise de nerfs, se retira spontanément de la vie de Brigitte.

S’il n’y avait eu que la sage France, « Et Dieu... créa la femme » n’aurait pas été un tremblement de terre. Les recettes, dans un cinéma d’exclusivité des Champs-Elysées, n’atteignirent que la somme très moyenne de 58 900 000 francs [environ 1 million d’euros actuels]. Raoul Lévy se trouva dans une situation si gênée qu’il chercha à vendre les droits américains pour 200 000 dollars, ce dont il rêve dans ses cauchemars. Brigitte était si peu consacrée par le baiser de Trintignant que Jean Gabin, ayant signé pour « En cas de malheur » dut être traîné au plateau par ministère d’huissier tant il regrettait de s’être laissé mettre sur la même ligne qu’une vedette au-dessous de son standing. Le succès revint de l’extérieur comme un énorme -retour de flamme. De Hongkong, où le film fit en un mois autant de recettes qu’à Paris en un an. D’Allemagne, où la bardolâtrie enre-gistra ses premières émeutes. D’Angleterre, d’Amérique. D’Amérique par-dessus tout.

Avant Bardot, les films en langues étrangères n’entraient pas dans le système de distribution générale américain. Ils étaient réservés à des salles spécialisées, sous-titrés mais non doublés et, dans les Etats où elle existe, la censure ne les regardait pas de trop près. Aujourd’hui, les écrans géants des drive-in élèvent les formes de Bardot dans tous les ciels de l’East, du Midwest et du Far West, devant des parterres de voitures sombres et muettes qui peuvent contenir aussi bien une -famille nombreuse qu’un couple passionné. Je doute sincèrement que les hommes qui ont exploité Brigitte Bardot, à commencer par l’ex-mari Vadim, aient eu en vue autre chose que le succès par le scandale. Les considérations philosophiques sont venues après coup, comme les recettes. La plus évidente, nullement profonde, c’est que Bardot est en accord avec une époque qui rejette les cravates, les gaines et les fards. La publicité lui fait dire qu’elle n’a pas de peigne, les doigts étant le peigne donné par le bon Dieu. Elle n’a pas de montre, ayant horreur de l’heure ; pas de bijoux, sauf quelque pacotille, et autant dire pas de garde-robe. Elle est, à cet égard, l’inverse des stars classiques et des demi-mondaines qui, au siècle précédent, tenaient le rôle des actrices de cinéma osé dans l’entretien de la sexualité collective de leur époque. Mais dire que cette simplicité soit dépouillée d’artifice est une autre histoire. Dire qu’elle rejoint par un subtil détour une vertu transcendante est une aimable plaisanterie.

Brigitte Bardot est immorale de la tête aux pieds, tant par ce qu’elle montre que par ce qu’on lui fait exprimer. Les Eglises sont dans leur rôle en la condamnant. Y a-t-il de quoi trembler ? La censure existant, c’est elle qui endosse la responsabilité. Quand Vadim eut achevé « Et Dieu… créa la femme », il lutta pied à pied, mètre à mètre, pendant quatre mois, avec un cœur cornélien, pour sauver les scènes qui avaient servi de préliminaires à son infortune conjugale. Que les censeurs aient eu tort ou raison de se laisser fléchir est une question d’interprétation personnelle pour chacun d’entre nous. Elle disait, à l’époque d’« Et Dieu… créa la femme », qu’elle était désormais une véritable actrice, puisqu’on la faisait jouer habillée. Elle considère « En cas de malheur » comme sa promotion définitive, comme la preuve qu’elle est autre chose qu’une image lascive. Elle sent grandir en elle des aspirations, mais elle lit toujours avec des colères pétulantes les articles prétendant qu’elle est malheureuse. Certes, elle n’est pas malheureuse ! Elle aime le soleil et les bêtes. Elle a deux chiens, un chat, deux colombes, une tortue trouvée sur la route et un lapin apprivoisé. Elle aime l’argent, mais elle le traite prudemment. Elle prend rarement plus de 100 000 [anciens] francs à sa banque, ne remet que de petites sommes à son secrétaire Alain, tient ses comptes de cuisine et n’a pas fait de mauvais placements en achetant sa villa de Saint-Tropez et son appartement de l’avenue Paul-Doumer. Elle aime le bruit, y compris la musique, de Georges Ulmer à Erik Satie. Elle aime un métier qui a donné à une mauvaise petite élève du cours Hattemer des triomphes que la découverte d’une nouvelle théorie nucléaire ou de la cure du cancer ne lui auraient pas procurés. Est-ce qu’une fille riche de tant d’amour peut être malheureuse – même si elle conserve dans la vie la lèvre lourde que ses rôles de boudeuse sexuelle lui imposent à l’écran ?

Le rêve doré de ses producteurs, c’est qu’elle durera. « Trente ans, dit goulûment Raoul Lévy, parce que c’est une bosseuse. » Brigitte, elle, déclare que la bardolâtrie n’est qu’une passade, qu’elle sera oubliée dans trois ans, qu’elle veut finir en beauté et qu’elle s’arrêtera de tourner à 25 ans. Elle ne croit pas, bien entendu, à son propre pessimisme et ses allusions sacrilèges à une abdication qui devrait avoir lieu l’an prochain ne peuvent pas être prises au sérieux. Mais il est exact qu’elle ne possède pas l’ardeur qui porte les longues carrières, si lourdes, de l’art. Elle aime l’indolence ; elle se fatigue vite ; elle penche du côté de la flânerie. Il n’est pas impossible, effectivement, qu’elle sorte de la mode aussi soudainement qu’elle y est entrée. Elle s’y résignerait mieux que ceux qui ont trouvé en elle un Pérou.

Le monde se déchire pour BB...

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Brigitte Bardot lettre d'août 2017 aux restaurateurs...

Publié le par Ricard Bruno

Brigitte Bardot lettre d'août 2017 aux restaurateurs...
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Yong-Man Kwon revisite Saint-Tropez et ses mythes

Publié le par Ricard Bruno

Yong-Man Kwon revisite Saint-Tropez et ses mythes

La galerie Mazarin et Yong-Man Kwon font revivre les années fastes de Saint-Tropez, ses bars, ses bateaux sur mer ou à quai, ses vespas et surtout ses célébrités - en particulier Brigitte Bardot et Johnny Halliday-, en 35 acryliques sur toile.

La galerie Mazarin et Yong-Man Kwon font revivre les années fastes de Saint-Tropez, ses bars, ses bateaux sur mer ou à quai, ses vespas et surtout ses célébrités - en particulier Brigitte Bardot et Johnny Halliday-, en 35 acryliques sur toile. Le style est affirmé et les couleurs vives. Français d'origine coréenne, diplômé des Beaux-Arts de Séoul, Yong-Man Kwon est tout d'abord parti aux États-Unis, s'est engagé dans la Légion étrangère, puis a été nommé peintre de l'Armée de terre en 2003, peintre officiel de l'Air en 2005 et peintre officiel de la Marine en 2012. Établi depuis 20 ans en France, outre sa participation à une exposition collective de peintres de la Marine, c'est sa deuxième exposition personnelle à la galerie Mazarin, après New York. Celle-ci est entièrement dédiée à Saint-Tropez.

Source de l'article : Cliquez ICI

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1955: La "starlet" Bardot

Publié le par Ricard Bruno

Bardot en 1955. Naissance d'une vedette.

Bardot en 1955. Naissance d'une vedette.

La gradation de la célébrité ou les trois marches de la gloire : cover-girl, "starlet", vedette.

Gélin sera journaliste pour elle 

Cover-girl devenue starlet, Brigitte Bardot doit gagner un à un ses galons de vedette. Peut-être cette ravissante petite personne trouvera-t-elle enfin le rôle qui l'imposera, dans le film que son mari, Vadim, a écrit pour elle et que Marc Allégret tournera en janvier prochain : Effeuillons la Marguerite

Brigitte Bardot dans L'Express du 11 novembre 1955.

Brigitte Bardot dans L'Express du 11 novembre 1955.

L'histoire: une jeune provinciale, montée à Paris, rencontre un jeune journaliste un peu cynique, mais très gentil. Elle le retrouve, a lors qu'elle concourt, masquée, dans un tournoi de strip-tease. Lui ne la reconnaît pas et tombe derechef amoureux d'elle. Et la jeune fille devient jalouse de sa rivale qui n'est autre qu'elle-même. 

C'est Daniel Gélin qui "effeuillera la Marguerite". Vadim est allé hier à Bruxelles, où Gélin joue L'homme qui se donnait la comédie et lui a fait lire son manuscrit. Gélin, ravi, a accepté le rôle. 

Couverture de L'Express n°150 du 11 novembre 1955.

Couverture de L'Express n°150 du 11 novembre 1955.

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« Contre l'exploitation animale » : le livre-manifeste d'André-Joseph Bouglione pour un cirque 100% sans animaux

Publié le par Ricard Bruno

« Contre l'exploitation animale » : le livre-manifeste d'André-Joseph Bouglione pour un cirque 100% sans animaux

Il porte le nom de l'une des plus illustres familles françaises de cirque, il est marié à une descendante d'une prestigieuse lignée de dompteurs, et pourtant : André-Joseph Bouglione a décidé de raccrocher son fouet et de faire de son cirque un établissement « 100 % humain ». Dans un livre aux allures de manifeste, il dévoile les raisons qui l'ont poussé à se défaire de ses animaux, avec lesquels il a pourtant partagé tant d'histoires.

Une décision personnelle, radicale et sans concession, qui a fait l'effet d'une bombe dans le petit monde du cirque — ce milieu si conservateur… Mais la transition vers la fin des ménageries circassiennes est, selon lui, nécessaire pour sauver le cirque traditionnel, secteur qu'il considère aujourd'hui comme étant en crise, et dont il veut assurer le renouveau.

Le nouveau cirque sera sans animaux, ou ne sera pas : André-Joseph Bouglione en a la certitude, et compte bien le faire savoir. Dans son livre « Contre l'exploitation animale », paru ce jeudi aux éditions Tchou (15 € ; 118 pages), il se livre à une analyse sans concession du milieu actuel du cirque, et en dresse un portrait très critique.

Une analyse qui a d'autant plus de poids qu'il est issu d'une célèbre lignée de Circassiens. Sa femme Sandrine, née Surkow, est pour sa part une dompteuse de talent, issue d'une prestigieuse lignée de dresseurs allemands, unanimement respectés et admirés dans le milieu du cirque mondial. Bref, tout les disposait à poursuivre une voie royale dans la grande tradition des fouets, des tabourets et des cerceaux enflammés. Pourtant, ils ont tous les deux fait le choix de laisser derrière eux les fauves, les girafes et les éléphants, pour défendre toutes griffes dehors le cirque 100 % sans animaux.

Dans sa démarche, André-Joseph Bouglione se heurte à l'incompréhension et surtout, à l'hostilité d'une certaine partie du monde du cirque (notamment avec une partie de la famille Bouglione, dont ses cousins, avec lesquels il est brouillé de longue date). Ses détracteurs voient en lui un traître, un fossoyeur du cirque traditionnel. Mais, argue André-Joseph Bouglione, c'est justement du poids de certaines traditions qu'il propose de libérer le cirque, afin de lui permettre de survivre.

Une tradition qui a déjà suivi de nombreuses évolutions par le passé

Il ambitionne ainsi de sauver ce spectacle, jadis populaire, qui souffre aujourd'hui du désamour grandissant d'un public de plus en plus sensible au bien-être animal. Qu'importe, on le taxe de destructeur de la grande tradition circassienne. Pourtant, rappelle André-Joseph Bouglione, le cirque a déjà bien évolué au cours de l'Histoire… Ainsi, lors de sa création en Angleterre par Philip Astley, le cirque ne présentait que des chevaux pour seuls animaux, qui accomplissent des spectacles de voltige équestre. Et que de changement ont été opérés depuis cette époque !

Du temps de Phineas Taylor Barnum, et de son célèbre cirque fondé dans les années 1870 aux États-Unis, on ne s'étonnait pas de venir s'extasier devant les freak-shows — ces spectacles de « monstres-humains » mettant en scène des nains, des femmes à barbe, des personnes présentant des malformations génétiques, et autres « bêtes de foire » exposées à titre de curiosités. Mais vers la fin du XXe siècle, ces expositions d'êtres humains sont devenues inacceptables, et le cirque a évolué… au point qu'aujourd'hui, cela semblerait totalement absurde de présenter ce genre de spectacle.

Les animaux sauvages exotiques, eux, n'ont fait leur apparition qu'au milieu du XIXe siècle dans les cirques européens, conséquence des empires coloniaux qui veulent faire découvrir à la population la faune des colonies d'Asie ou d'Afrique. Aujourd'hui, ces spectacles suscitent un rejet croissant auprès d'une opinion publique de plus en plus sensibilisée aux droits animaux. Alors, pourquoi ne pourraient-ils pas disparaître à leur tour, de la même manière que l'avancée des droits humains a rendu les freak-shows dépassés et indésirables ?

Ce que veut le public

Selon André-Joseph Bouglione, le cirque est actuellement en pleine phase de décadence. C'est une activité qui marche de moins en moins, qui se meurt à petit feu, à cause d'une accumulation de facteurs tant économiques que sociétaux.

Face au désamour croissant du public, il a décidé de transformer son cirque, et lance un appel aux autres circassiens à faire de même et à lui emboîter le pas afin de faire renaître le cirque, et de le rendre plus en phase avec la société moderne.

« Au cirque, on n'impose pas ses idées : on les présente. Elles marchent, tant mieux. Elles ne marchent pas, il faut changer. C'est le public qui décide, ça a toujours été comme ça. Il n'y a pas de guide Michelin du cirque : c'est le public notre critique, c'est lui qui distribue les bons et les mauvais points, » explique A-J Bouglione dans son livre.

Même en dehors de toutes considérations éthiques sur la sensibilité des animaux, le cirque 100 % sans animaux serait pour les Circassiens une évolution nécessaire, un choix logique, un virage à prendre au plus vite sous peine de se retrouver mis sur la touche et de voir son activité péricliter.

« On peut gagner des procès contre des associations animalistes, mais on ne peut pas gagner contre l'opinion publique ». Or c'est précisément cette opinion publique, aujourd'hui majoritairement défavorable au cirque avec animaux, dont il faudrait aujourd'hui reconquérir le cœur et regagner les faveurs. Il en va, selon l'ancien dresseur, de la survie même du cirque traditionnel.

" Je ne vois plus de beauté dans un numéro de lions, je vois de l'esclavage "

C'est peu à peu, raconte l'ancien dompteur, qu'un déclic s'est opéré et qu'il a progressivement pris conscience que le cirque avec animaux était dépassé. En collaborant avec divers artistes venus d'autres milieux que celui du cirque, il s'est retrouvé confronté à leur point de vue, et s'est rendu compte qu'énormément de personnes avaient l'air gênées par cela. Alors, progressivement, une nouvelle manière de concevoir le cirque se met en place dans son esprit. Une prise de conscience qui n’aura pas été facile, pour cet amoureux des fauves.

« Avoir des animaux, ça gène. Pourquoi ? L'opinion publique évolue, la prise de conscience de la sensibilité animale se généralise, c'est une nouvelle façon de penser, de voir les choses. Avant, on ne remarquait que la témérité du dompteur, et maintenant, on ne voit que des animaux en cage. »

Lui ne se repent pas de ses années passées à dompter des fauves, même s'il pressent bien qu'aujourd'hui l'heure d'un grand changement s'impose. Il se défend d'avoir jamais maltraité ses animaux, mais il remarque que certains dresseurs ne s'embarrassent pas de principes, et que de toute façon, même avec le meilleur traitement du monde, la vie en captivité et les déplacements fréquents ne sont pas faits pour ces animaux.

 

« Contre l'exploitation animale » : le livre-manifeste d'André-Joseph Bouglione pour un cirque 100% sans animaux

« On les adore, on s'en occupe, on passe du temps avec eux, mais la perception de notre métier a changé. Et puis, on a compris que certains comportements que l'on croyait normaux étaient en fait des signes de stress. Par exemple, le léger balancement que font les éléphants à l'arrêt, pour moi, cela voulait dire qu'ils étaient détendus. Or, ceux qui vivent librement à l'état sauvage ne le font jamais. C'est un éthologue qui m'a expliqué cela. [...] Impossible de l'ignorer une fois qu'on le sait. »

Le Circassien fustige aussi les nombreux comportements abusifs dont il a été témoin, des histoires qui circulent dans le milieu. Ce dresseur qui faisait monter un lionceau sur un tabouret en le suspendant avec une chaîne accrochée au cou afin de lui apprendre le tour. Ce cirque dont les animaux avaient une espérance de vie moyenne de quatre mois en raison des mauvais traitements dont ils étaient victimes. Pourtant il le soutient : « La vraie maltraitance n'est pas due à l'envie de maltraiter, mais à l'ignorance, l'incompétence, la stupidité. »

Et de raconter l'histoire de cette girafe, dont la tête dépassait par un trou au-dessus de sa cage, qui s'est violemment cognée le jour où le camion qui la transportait est passé sous un pont… Ou encore de cet autre animal qui, le plancher du camion ayant cédé, s'est retrouvé avec les pattes qui frottaient sur le sol pendant plusieurs kilomètres.

« Je ne vois plus de beauté dans un numéro de lions, je vois de l'esclavage, même si certaines cages sont dorées. J'ai du mal à ne plus voir les fauves que j'aime, mais je ne regrette pas ma décision, je pense que c'est la bonne. »

 

La mort du cirque… Et sa renaissance

Mais au-delà des considérations animalistes, c'est toute l'image du cirque qui est aujourd'hui dégradée par un certain nombre de pratiques, dénoncées par André-Joseph Bouglione dans son livre.

Car c'est bien de la mort du cirque, et de son besoin de renouveau, qu'il est question. Le circassien dénonce les spectacles " bradés " à 5 euros la place, un tarif généralement obtenu au prix d'artistes sous payés et de prestations de qualité médiocre, qui tuent la profession à petit feu.

« Vous vous imaginez : "Venez voir le plus beau, le plus extraordinaire, le plus fabuleux spectacle du monde, pour seulement 5 euros" ? Même le cinéma est plus cher, et ce n'est qu'une projection, pas un spectacle vivant ! » s'indigne André-Joseph Bouglione. La multiplication de ces cirques " low-cost " finit par pousser même les plus grands et les plus prestigieux cirques a diminuer leurs tarifs, pour se mettre au même pas. Une dévalorisation qui est, selon lui, catastrophique lorsqu'on essaye de proposer un spectacle de qualité, et se répercute sur toute la profession

Plus généralement, il y a aussi, bien sûr, la dégradation de l'image du cirque, « pourrie » par ce qu'il appelle les « cirques voyous ». Généralement il s'agit de petits cirques, qui se livrent à divers trafics et magouilles sous couvert de l'activité circassienne. Irrespectueux des lois et des gens, ils s'installent illégalement dans les villes, menacent les élus et les populations locales pour parvenir à leurs fins, n'ont aucun respect pour le cirque en tant qu'art, et créent des problèmes partout où ils passent. En conséquence, ce sont tous les cirques, même les plus sérieux, qui en pâtissent. Alors que les cirques étaient jadis au cœur des villes et que son passage était célébré comme une fête, ils sont aujourd'hui repoussés aux périphéries, dans des terrains vagues, par les maires qui ne veulent plus s'attirer de problèmes.

« Les petits cirques sont en train de se tuer tout seuls, entre la question des animaux, les incidents quand ils s'installent de façon illégale, et des spectacles à 5 euros comme on n'en voit que dans les kermesses et les milieux associatifs. » Et les magouilles et mauvais traitements sont loin, selon lui, de ne concerner que les petits cirques…

Une charte de qualité et un label pour les cirques " responsables "

Pour sauver l'art du cirque, ce lieu magique et nomade, à l'histoire si riche, qui rassemble toutes les couches de la société dans un chapiteau éphémère, A-J Bouglione expose son projet : l'établissement d'un label que les cirques qui voudraient l'accompagner dans cette évolution puissent suivre, avec une charte à respecter.

Le projet s'articule autour de cinq points majeurs pour un cirque de qualité : Le premier point concerne l'arrêt total de l'exploitation animale, et le transfert des animaux vers des refuges et des réserves agréées, les lieux étant préalablement sélectionnés afin de s'assurer que les animaux auront la garantie d'une retraite paisible et ne seront plus exploités ni revendus.

Les autres points concernent l'organisation des tournées d'un commun accord et de manière coordonnée avec les municipalités, l'éducation et le suivi scolaire des enfants circassiens, un soutien administratif, et l'établissement d'un label garantissant à la fois la qualité artistique des spectacles et la garantie d'une certaine éthique.

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Brigitte Bardot en photos...

Publié le par Ricard Bruno

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