14ème conférence de la Citès

Publié le par Ricard Bruno

Repos" de 9 ans pour l'éléphant !

S'il est un sujet difficile à suivre, c'est bien celui concernant les éléphants d'Afrique. Toute la semaine, nous avons assisté à une valse des propositions, des ajournements de séances et réunions à huit-clos pour que soit débattu, à l'abri des regards, le sort du plus gros mammifère terrestre.

L'Europe a voulu jouer les négociateurs mais n'a fait que brouiller les cartes en s'opposant à la proposition du Kenya et du Mali d'instaurer un moratoire de 20 ans sur le commerce de l'ivoire. Dans son document soumis aux Parties, l'Allemagne, au nom de la Communauté européenne, a repris à son compte l'amendement soumis par l'Afrique du Sud, à savoir la commercialisation de 140 tonnes d'ivoire (40 tonnes pour l'Afrique du Sud, 70 pour le Botswana, 15 pour la Namibie et 15 autres tonnes pour le Zimbabwe). Ceci s'ajoutant à la commercialisation de 60 tonnes d'ivoire approuvée à la 12ème Conférence des Parties, dont la vente a été débloquée la semaine passée par le comité permanent de la CITES…

A La Haye, l'Europe a milité pour la commercialisation, en une fois, de 200 000 kilos d'ivoire !

Les Etats de l'aire de répartition de l'éléphant africain étant majoritairement favorables à l'instauration d'un moratoire sur le commerce de l'ivoire, la Communauté européenne a proposé une période de " repos " de 9 ans pour l'éléphant… durant laquelle, et outre la vente des 200 tonnes d'ivoire, le commerce des peaux et des poils d'éléphants, ainsi que des trophées de chasse (il faut ménager les riches chasseurs européens adeptes du saccage en règle de la faune africaine) seront autorisés !

Face à cette offensive européenne, le Kenya et le Mali ont amendé leur proposition en ramenant la durée du moratoire sur le commerce de l'ivoire de 20 à 12 ans tout en rejetant la demande conjointe de la Communauté européenne et de l'Afrique du Sud de commercialiser un quota supplémentaire de 140 tonnes d'ivoire…

Après tous ces revirements, le Kenya s'est rapproché des Etats africains pour qu'un texte commun soit présenté. Voilà où nous en sommes jeudi matin à la réouverture du débat sur l'éléphant africain.

Un document de consensus est présenté par le Tchad et la Zambie qui reprend, pour l'essentiel, la proposition de la Communauté européenne à la seule différence qu'il n'est plus fait état de la commercialisation de 140 tonnes d'ivoire supplémentaires mais de " l'ivoire appartenant au gouvernement provenant de l'Afrique du Sud, du Botswana, de la Namibie et du Zimbabwe, enregistré au 31 janvier 2007 ", ce qui laisse une liberté d'appréciation des plus aléatoires, des plus contestables. La période de " repos " de 9 ans pour l'éléphant est reprise dans la proposition (à partir de la date de la vente de l'ivoire en une fois). Après débat, la proposition africaine est adoptée par consensus.

Pour la Fondation Brigitte Bardot présente à La Haye :

" Nous ne pouvons qu'être déçus par ce consensus mou car les éléphants ont besoin d'un vrai moratoire pour reconstituer leur population. Il serait irresponsable de crier victoire alors que les éléphants sont toujours braconnés et leur chasse toujours autorisée notamment pour les trophées. Les Etats de l'aire de répartition de l'éléphant africain sont majoritairement en faveur d'un moratoire de 20 ans sur le commerce de l'ivoire mais leur volonté de sauvegarder leur faune vient d'être mise à mal par les chasseurs européens et les acheteurs d'ivoire japonais… Nous pourrions parler d'un moindre mal concernant cette période de " repos " de 9 ans mais elle est accompagnée d'un tel nombre de dérogations que nous ne pouvons qu'être inquiets pour l'avenir de l'éléphant ".

 

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Mardi 12 JUIN :
Le commerce de l'ivoire et les éléphants

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Les Débats sur l'éléphant sont ajournés !

Nous vous avions prévenu que cette journée serait riche en rebondissements… nous ne vous avions pas menti !

En effet, compte tenu de la complexité du dossier et du nombre d'amendements déspoés sur les propositions "éléphants" quant à la durée du moratoire, la quantité d'ivoire pouvant être commercialisée, etc ... les débats sont ajournés et les votes reportés au mieux à demain.

En effet à ce jour, l'interdiction du commerce de l'ivoire pourrait désormais porter sur 12 ans et non plus 20 ans… L'Union européenne, de son côté, " milite " pour un moratoire de 9 ans révisable.

Si la Fondation Brigitte Bardot n'est pas, par principe, opposée à une révision de la durée du moratoire, ce dernier doit être strict et ne prévoir aucune dérogation car le marché de l'ivoire, nous le savons, est trop souvent alimenté par de l'ivoire braconné. Or, la proposition présentée à La Haye prévoit bien trop d'exceptions, difficile donc de parler de " moratoire ", d'ailleurs les Parties à la CITES s'en défendent…

Ainsi, outre la commercialisation, en une fois, de 60 tonnes d'ivoire provenant d'Afrique du Sud, du Botswana et de Namibie, la proposition prévoit d'autoriser l'exportation d'ivoire sous forme de trophées de chasse ou sertis dans des bijoux traditionnels (ékipas), mais aussi l'exportation de peaux et articles en cuir d'éléphants… L'Union européenne prévoit d'ajouter à toutes ces dérogations la commercialisation, en une fois, de 50 tonnes d'ivoire déjà identifiés (ne provenant pas des saisis de l'ivoire braconné).

L'Union européenne s'apprêterait en effet à renégocier l'ensemble des propositions portant sur l'éléphant et proposer un " compromis " qui, de toute évidence, ne satisfera personne

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