La guerre des corridas reprend en France

Publié le par Ricard Bruno

Mister Renard dans l’arène aux taureaux. Pour la troisième fois, le clip anticorrida sur lequel Renaud disait tout le mal de cette «barbarie» a été refusé par le Bureau de vérification de la publicité. Depuis, il cartonne sur le site DailyMotion*. En pleine saison des férias, cette «censure» a relancé le débat sur la pratique de la tauromachie en France.

BB contre Roselyne

Cette semaine, le chanteur énervé, Surya Bonaly et Jean-Claude Van Damme ont écrit à Nicolas Sarkozy pour se plaindre de ce boycott. Brigitte Bardot a chargé Roselyne Bachelot, qui a finalement renoncé à se rendre dans les arènes de Bayonne. Et la porno star Zara Whites a distribué des tracts contre cette ministre de la Santé, de la jeunesse et des sports amatrice «de tortures et de mort». Le président a fini par promettre de traiter du problème lors du prochain Grenelle de l’environnement en septembre.

Et revoilà donc la France coupée en deux. Avec un Code pénal qui interdit les sévices sur les animaux, sauf «lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être évoquée». Une exception «d’un autre âge», juge Muriel Marlan-Militello. La députée UMP veut la supprimer et a déposé un projet de loi en ce sens.

Chaque année, dans le Sud-Ouest et le Sud-Est, quelque 1500 taureaux sont ainsi légalement tués dans les corridas. «Dans les faits, estime Patricia Zaradny, présidente du Comité radicalement anticorrida (CRAC), c’est quatre ou cinq fois plus. Tout ça pour quelque 5000 aficionados, une mafia taurine qui se sucre à coups de subventions et fait tourner des arènes vides, alors que 80% des Français, selon les sondages, désapprouvent.» Elle dénonce aussi les cas d’affaiblissement de l’animal. Et notamment l’afeitado, technique qui consiste à scier les cornes de la bête à vif.

«Intégristes animaliers»

Du côté des procorridas, on dit avoir beaucoup de peine à dialoguer avec ces «intégristes animaliers». En 2004, Simon Casas, le directeur des Arènes de Nîmes, a vu sa maison attaquée à coups de cocktails Molotov. D’autres ont reçu des lettres piégées contenant des lames de rasoir. «J’aimerais que les détracteurs de la corrida cessent de nous insulter et de mentir, s’empourpre Simon Casas. Cette année, nous aurons 2 millions de spectateurs dans les arènes du sud de la France. La corrida ne s’est jamais aussi bien portée. A Nîmes, cette industrie est la première de la ville. Elle finance les férias. Nous ne torturons personne et notre profession est la plus surveillée du monde. Sans corrida, la race des taureaux de combat disparaîtra. Ces animaux ne savent rien faire d’autre.»

Ethiquement, le philosophe Francis Wolff, auteur d’un essai sur le sujet, ne voit pas de problème: «Pendant le combat, le taureau produit des hormones de plaisir et d’excitation. Elles anesthésient sa douleur. Le spectateur non initié rejette ce qu’il ignore car il croit que la souffrance domine. Mais ce n’est pas le cas.»

André Viard, ancien matador aujourd’hui éditeur du magazine Terres taurines, va plus loin: «Le courant animaliste veut faire de l’animal l’égal de l’homme. A cette aune, manger une huître ne sera pas plus acceptable que de tuer un taureau. Dans une arène, l’espérance de vie d’un profane est de quinze secondes. Il n’y a que 1500 personnes au monde qui peuvent espérer ressortir vivantes d’un combat avec un taureau. Le matador offre son corps. Il y a quelque chose de païen pour le peuple du Sud à vouloir danser avec la mort avant de partir faire la fête. C’est profond d’humanité. Il n’y a aucune honte à avoir, aucune raison de le priver de cet amour ancestral.» 

Source : http://www.24heures.ch/pages/home/24_heures/l_actu/monde/monde_detail/(contenu)/120528

Publié dans le web en parle

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