Brigitte Bardot: « Je ne vais pas pleurer sur le sort des tueurs »

Publié le par Ricard Bruno

 

Brigitte Bardot: « Je ne vais pas pleurer sur le sort des tueurs »


«Aujourd'hui, le Canada est considéré par les Européens comme un pays aussi cruel envers les animaux que la Chine. C'est vraiment triste et révoltant, je ne comprends pas cet acharnement à défendre un massacre qui écoeure le monde», écrit Brigitte Bardot.


(Québec) Le puissant lobby des chasseurs européens pourrait sauver les fesses du Canada dans le dossier de la chasse aux phoques, s'insurge Brigitte Bardot dans une entrevue courriel exclusive au Soleil. La célèbre actrice et grande défenderesse des animaux plaide plus que jamais pour une interdiction totale des produits dérivés du phoque, n'hésitant pas à traiter les chasseurs de «tueurs» et leur gagne-pain de «boucherie à ciel ouvert».

Plus de 30 ans après s'être rendue à Blanc-Sablon pour dénoncer le «massacre» des blanchons, Brigitte Bardot suit de très près les nombreux votes au Parlement européen devant mener au boycottage des sous-produits de loup marin. Après tout, c'est elle qui a convaincu le commissaire grec Stavros Dimas de proposer un règlement, après un voyage en blanc au Canada en 2006. Elle avait alors tenté, sans succès, de rencontrer le premier ministre Stephen Harper pour lui proposer un moratoire sur la chasse aux phoques. Sa conférence de presse avait fait grand bruit. Mme Bardot, qui est âgée de 74 ans, a maintenant renoncé aux apparitions publiques et n'accorde plus d'entrevue directe en raison de son état de santé. Elle a toutefois accepté de répondre par courriel à quelques questions du Soleil. Il faut dire qu'elle craint que le projet de règlement à l'étude au Parlement européen ne soit balayé ou tellement dilué qu'il ne correspondrait plus aux attentes de la fondation qui porte son nom. Il y a 10 jours, elle s'en plaignait d'ailleurs avec virulence au président de la France, Nicolas Sarkozy, qui propose un système d'étiquetage garantissant que les phoques ont été tués «sans souffrance inutile».

Aujourd'hui même, la Commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs du Parlement européen doit rendre un avis attendu sur la question. Le vote ultime aura lieu au printemps.

Q  Mme Bardot, quel lobby faites-vous auprès des élus français et européens?

 

R  Ma fondation n'a rien à vendre, il s'agit simplement de faire appel au bon sens des élus, à leur humanité. Les massacres que nous dénonçons ne peuvent laisser indifférents les députés ou les ministres, ils ont une responsabilité qu'ils doivent assumer. Notre rôle est de les informer, de leur démontrer que les «engagements» des autorités canadiennes ne sont que foutaise car inapplicables sur le terrain.

Q  Nicolas Sarkozy semble se faire rassurant en privé, mais la position de la France ne correspond pas à vos attentes. À quoi ou à qui attribuez-vous le double discours de la France et l'ambivalence de certaines commissions du Parlement européen?

R  Les émissaires canadiens ont réussi à se mettre dans la poche les chasseurs européens, qui forment un lobby très puissant, je pense que ça peut expliquer certains retournements de veste. J'ai eu la même expérience dans mon combat pour la sauvegarde des éléphants, en privé, on me promet d'agir mais dans les faits, la voix des tueurs est souvent la plus forte. Aujourd'hui, le Canada est considéré par les Européens comme un pays aussi cruel envers les animaux que la Chine. C'est vraiment triste et révoltant, je ne comprends pas cet acharnement à défendre un massacre qui écoeure le monde.

Q  Quel serait, à votre avis, le règlement idéal pour contrer la chasse aux phoques?

R  Il n'y a pas d'autre alternative qu'une interdiction totale des importations et du commerce des produits issus des phoques. L'Europe ne doit plus être complice de cette boucherie à ciel ouvert. Le règlement européen ne vise pas les populations inuites qui dépendent directement de cette chasse et, vous le savez parfaitement, je n'ai jamais fait l'amalgame entre cette chasse limitée et le massacre intensif qui alimente le marché international de la fourrure.

Q  Quelles pensées avez-vous pour les chasseurs qui gagnent leur vie grâce à cette activité?

R  Cette chasse ne représente qu'une partie du revenu des chasseurs, une sorte de prime annuelle, et comme nous l'a confirmé l'ambassade du Canada, il ne s'agit pas d'un enjeu économique majeur. Je ne vais pas pleurer sur le sort de ces tueurs qui, eux, ne versent aucune larme lorsqu'ils éclatent le crâne d'un malheureux et inoffensif phoque. Je trouve tout ça dégueulasse, inhumain, et j'ai honte pour eux.

Q  Pourquoi est-il si important que l'Europe prenne position maintenant dans le dossier?

R  Tout simplement parce que c'est maintenant que le règlement européen est présenté au vote des députés et des ministres. Cette proposition de règlement a été présentée par le commissaire Stavros Dimas, qui m'a reçue, en 2006, peu après mon retour du Canada. Il a très bien compris mon indignation profonde et a fait preuve de l'humanité qui manque tellement à Stephen Harper.

Q  On ne vous voit plus, on ne vous entend plus, on vous lit seulement. Pourquoi vous être effacée de l'espace public?

R  L'espace public ne se limite pas aux plateaux de télévision, j'ai la chance d'avoir de très nombreux sympathisants qui me témoignent leur affection et leur admiration pour mon action. Si on ne me voit plus, on m'entend toujours, car je garde en moi une force de révolte intacte qui me donne le courage de poursuivre mon combat contre toutes les cruautés.

Q  Pensez-vous que la cause des phoques va vous survivre?

R  J'espère obtenir très vite, et de mon vivant, un résultat dans ce combat car j'aimerais que cette terre ne soit plus un enfer pour les phoques et pour tous les animaux massacrés par l'homme.

Source : http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/environnement/200902/16/01-827995-brigitte-bardot-je-ne-vais-pas-pleurer-sur-le-sort-des-tueurs-.php
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