En 1969, Gainsbourg va et vient entre ses reins...

Publié le par Ricard Bruno

Cette année-là, l’homme à tête de chou fait scandale avec «Je t’aime... moi non plus».



Serge et Jane. C’est sur le tournage de «Slogan» que débute la love story entre le vieux bougon et la poupée anglaise.

Le tube de l’année 1969 a été écrit en… 1967! Le temps, pour Serge Gainsbourg, de glisser des bras de Brigitte ­Bardot dans ceux de Jane ­Birkin.

C’est en effet pour BB, alors au sommet de sa gloire, que l’homme à la tête de chou a composé «la plus belle chanson d’amour qu’il puisse imaginer», comme lui avait réclamé sa muse. Pour le titre, il se serait inspiré d’un trait d’esprit de Salvador Dali: «Picasso est espagnol, moi aussi. Picasso est un génie, moi aussi. Picasso est communiste, moi non plus.»

Dans une interview accordée à Denise Glaser en 1971, Serge Gainsbourg fournit une explication un peu différente: «Pourquoi Je t’aime... moi non plus? Parce que je suis trop pudique pour dire moi aussi.»

Interdit d’antenne

Pudique, sans doute, mais pas autant que Brigitte Bardot. Alors mariée à l’ombrageux milliardaire allemand Gunther Sachs, elle prie son amant de ne pas publier l’enregistrement. Gainsbourg obtempère et range la chanson dans sa culotte en se jurant de «ne jamais la réenregistrer» (la version originale sortira toutefois en 1986).

On le sait, il ne faut jamais dire jamais. Un an après son idylle avec Bardot, le compositeur croise les longues jambes de Jane Birkin sur le tournage de Slogan. Elle a 22 ans, il en a 40. Elle le trouve drôle, il la trouve charmante. Pour la séduire, il lui propose un album, qui comprend évidemment Je t’aime... moi non plus.

Dans un premier temps, la chanson choque la jeune Anglaise. A cause des paroles? «Je vais et je viens/Entre tes reins/Et je me retiens.» Non, Jane ne capte pour ainsi dire pas un mot de français à l’époque. «Ce qui m’a choqué, c’était les respirations», expliquera-t-elle plus tard. «Parce que je ne comprenais pas les paroles. Alors, j’ai rougi complètement et je comprends les gens qui ont été choqués.»

C’est peu dire. Hors les murs des clubs, le scandale est énorme. «La maison de disques a décidé de changer de label tellement ils avaient honte!» se souviendra Serge Gainsbourg trois ans plus tard. Sur les radios françaises, le titre est proscrit avant 23 heures. En Espagne, en Suède et en Italie – sur ordre du Vatican –, il est carrément interdit. Pareil à la BBC en Angleterre, où Je t’aime... moi non plus va pourtant devenir la première chanson française à grimper en tête du hit-parade. Dans toute l’Europe, on s’échange le disque dissimulé sous une pochette de… Maria Callas!

«Je comptais en vendre 25 000, et j’ai dû en vendre 3,5 à 4 millions», dira encore l’artiste. «Après, je suis passé à la caisse. Cette chanson a fait ma fortune. Ce n’était pas provoqué.» Pour son auteur, ce n’est pas le scandale qui a assuré le triomphe du titre. C’est Jane. «Nous avons gardé la tonalité du do majeur et elle a pris l’octave au-dessus. C’est ça qui a lancé le disque. Je ne suis pas sûr que l’original aurait connu une carrière internationale.»

Depuis, nombre d’artistes ont repris Je t’aime... moi non plus. Preuve de sa notoriété: l’expression est devenue d’usage courant, notamment dans les articles politiques.


Source : http://www.tdg.ch/actu/divers/1969-gainsbourg-va-vient-reins-2009-07-12

Publié dans le web en parle

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