La nouvelle vague, qu'en reste-t-il 50 ans après ?

Publié le par Ricard Bruno

Brigitte Bardot sur le tournage du Mépris de Jean-Luc Godar, en avril 1963.
Brigitte Bardot sur le tournage du Mépris de Jean-Luc Godar, en avril 1963.

Ce mouvement qui renouvela le 7e art fête son demi-siècle, mais il ne dura en réalité que quelques années. Décryptage d'un phénomène cinématographique majeur qui bouleversa les codes.

L'art tient parfois à peu de chose. À un détail technique. Voyons les impressionnistes. L'invention du tube a bouleversé les habitudes. Les peintres quittèrent alors leur atelier, prirent leur chevalet, leur tabouret et leur toile sur le dos et s'installèrent dans les champs. Ils liaient sur leurs palettes les couleurs - pigments - sorties des tubes en acier ou en étain. Et le monde de la peinture s'en trouva métamorphosé.

Ce qu'on appelle la nouvelle vague est une expression inventée par Françoise Giroud, titre d'un article publié dans L'Express à l'automne de 1957, «La nouvelle vague arrive». Il s'agissait d'une enquête sur la jeunesse en général mais l'expression se fixa immédiatement sur une bande de nouveaux cinéastes qui prirent, le mors aux dents, le cinéma de papa. Au milieu des années 1950, le cinéma français est quelque peu poussiéreux. Il repose sur des bases qui semblent bien datées et qui nécessitent une très lourde artillerie : un ou plusieurs studios, une équipe de techniciens plus nombreuse que trois équipes de rugby, des cinéastes rompus à l'exercice depuis des lustres, des comédiens populaires, un compte en banque bien garni, on en passe. Le cinéma est une industrie.

 

Jeunes gens de droite

 

Alors revenons aux impressionnistes et à leurs tubes de peinture. Le rapport avec la nouvelle vague ? L'apparition de caméras légères, de pellicules plus sensibles, la prise de son synchrone, autant de révolutions techniques qui permettront aux réalisateurs une liberté inouïe, celle, entre autres, du tournage en extérieur. Ces nouveaux matériels deviendront les outils de quelques jeunes irréductibles qui se retrouvèrent comme par hasard dans une revue fondée en 1951 par Jacques Doniol-Valcroze, Lo Duca et André Bazin : les fameux Cahiers du cinéma, l'antichambre de la revue I que dirigeait l'écrivain Jacques Laurent. Autant dire que, contrairement à ce que l'on pense, la nouvelle vague sera un rassemblement de jeunes gens de droite.

Aux Cahiers donc, sous l'étendard d'Alfred Hitchcock et de Howard Hawks, Éric Rohmer le théoricien sérieux, Jacques Rivette le moraliste amoral, Claude Chabrol le déconneur érudit, François Truffaut le polémiste houleux - on se souvient de sa charge contre le «cinéma de la qualité», c'est-à-dire «bourgeois», celui d'Autant-Lara, d'Yves Allégret… et de Jean-Luc Godard - qui rassemble tous les défauts et les qualités de ses camarades de jeu - s'en donnent à cœur joie. La nouvelle vague est ainsi une drôle de macédoine. On y défend aussi bien Ingmar Bergman que la série B, Jean Rouch que Nicholas Ray. C'est Claude Chabrol qui annoncera la couleur de la nouvelle vague avec Le Beau Serge et Les Cousins, en 1959, suivi de près par François Truffaut et ses Quatre Cents Coups, Alain Resnais et son Hiroshima mon amour. C'est en 1960 qu'À bout de souffle de Jean-Luc Godard (d'après une histoire originale de Truffaut) sort sur les écrans. La première approche est abrupte ; on a la curieuse impression que c'est un film bâclé alors qu'il est la vraie lame de fond d'un nouveau cinéma. Plus rien après les Champs-Élysées descendus par Belmondo et Jean Seberg ne sera vraiment comme avant. Godard venait de casser les lois de la narration, de tordre le récit à coups de marteau, de techniques souvent empruntées au pop art ou au cut-up en littérature. Avec lui, le cinéma change de point de vue. Il y a eu aussi Cléo de 5 à 7 (1962) d'Agnès Varda, un moment de vie inoubliable.

 

Un regard frais sur les choses de la vie

 

Que reste-t-il alors de la nouvelle vague ? Une charrette d'improbables navets irregardables qui doivent moisir aujourd'hui à la Cinémathèque ; des prises de positions politiques hasardeuses - rappelons-nous le mot des situationnistes à la fin des années 1960 à propos de Godard considéré comme «le plus con des Suisses pro-chinois» -, des retournements de veste (les derniers films de Truffaut sont des films «petits-bourgeois» à l'instar de ceux qu'il avait pourtant dénoncés bien des années auparavant), un grand producteur (Georges de Beauregard), des techniciens (Raoul Coutard, André Weinfeld), des acteurs (Belmondo, Brialy, Léaud…) et des actrices (Jean Seberg, Anna Karina, Bernadette Lafont, Jeanne Moreau…), mais surtout, surtout, la nouvelle vague a laissé derrière elle une liberté, une éternelle jeunesse, un regard frais sur les choses de la vie, une fatale beauté plastique, comme une lente déferlante qui allait se mourir sur les galets, pardon, la plage de Mai 68.

Source : http://www.lefigaro.fr/musique/2009/08/05/03006-20090805ARTFIG00454-la-nouvelle-vague-qu-en-reste-t-il-50-ans-apres-.php

Publié dans le web en parle

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article