Bardot: "J'ai aimé Serge à la folie"

Publié le par Ricard Bruno

L'icône des sixties, incarnée dans le film de Joann Sfar par Laetitia Casta, raconte son intense passion pour "l'homme à la tête de chou".

"Nous avons vécu un amour très pur et très romantique. Un amour comme on en rêve, une fois dans sa vie. Quarante ans sont passés, mais notre histoire reste un moment sublime de passion. Serge était un garçon réservé et pudique, vraiment très pudique, dont je garde un souvenir merveilleux. Rien ne m’énerve plus que d’entendre dire des inepties à son sujet. Il n’avait rien, strictement rien, d’un pervers ni d’un détraqué. Il adorait le beau. Il attirait le beau. Je l’ai aimé et il m’a aimée, à la folie..."

A Saint-Tropez, chez elle, Brigitte Bardot, en dépit du mauvais temps qui délave l’horizon et des méchants vents qui s’engouffrent dans la baie des Canoubiers, évoque avec chaleur, parce que je le lui demande, et non parce qu’elle se complaît dans le passé, l’image du Serge Gainsbourg qu’elle a chéri. Elle n’a pas vu le film de Joann Sfar qui la met en scène dans un des chapitres de l’histoire. Elle rappelle que "Laetitia Casta, très gentille et très mignonne, avait téléphoné à la Madrague, il y a quelques mois, un soir, bien avant d’accepter de jouer mon rôle. Nous avions longuement discuté. J’ai vu hier des premiers extraits du film à la télévision. Cela m’a amusée. Je l’aime beaucoup et je trouve qu’il n’y avait pas mieux qu’elle pour m’incarner"..

"Un des moments les plus érotiques"

Brigitte rit quand elle entend dire que le long-métrage la fait arriver, d’un pas décidé, dans la vie de Serge Gainsbourg, un lévrier afghan tenu en laisse. "Jamais eu de tel chien!" Contrairement à la légende répandant l’idée d’une première rencontre dans un restaurant avec des mains se cherchant sous la table, l’actrice raconte que, alors qu’elle préparait le show télévisé du nouvel an 1968, Gainsbourg l’appela au téléphone, parlant peu et très bas. "Il voulait me rencontrer et me faire entendre quelques chansons qu’il avait composées. Il m’a demandé si j’avais un piano dans mon appartement de l’avenue Paul-Doumer. Je possédais un Pleyel, qui est maintenant dans ma maison de Bazoches. Serge est venu et on s’est retrouvés très intimidés. Quasiment sans voix. Il a joué Harley Davidson, une idée bizarre, car je n’avais jamais fait de moto. Je n’osais pas chanter devant lui. Je restais bloquée et les mots coincés au fond de ma gorge. Il fallait faire quelque chose. Il m’a demandé si j’avais du champagne. Nous en avons bu, un peu, beaucoup, et j’ai pu alors attaquer sa chanson, avec insolence et avec sensualité. Le lendemain, il me faisait envoyer une caisse de champagne d’une marque qu’il préférait et revenait me faire répéter, encore et encore."

"Ce n’est que, des jours plus tard, après avoir cette fois enregistré Harley Davidson, que nos doigts se sont croisés et que plus rien d’autre, plus personne d’autre, n’a existé pour moi. J’étais mariée à Gunter Sachs, mari fantôme, alors que j’avais besoin d’appartenir corps et âme à un homme qui soit présent et que j’admire. Serge était là et je l’admirais jusqu’au vertige." La suite, tout le monde la connaît. Brigitte raconte que, le jour de l’enregistrement de Je t’aime moi non plus, ils disposaient d’un micro chacun, distants d’un mètre. "On mimait les paroles et les bruits d’un couple faisant l’amour, en nous tenant par la main. Je crois que l’effleurement de nos doigts, les uns contre les autres, reste un des moments les plus érotiques que j’aie vécus." Bardot précise n’avoir pas rencontré les parents Ginzburg. "Il y avait des pans entiers de sa vie qu’il ne m’a pas montrés. J’ai découvert récemment que Serge avait été peintre et qu’il avait des enfants d’un précédent mariage."

Menacé d’un scandale par Sachs s’il sortait Je t’aime… Bardot se souvient comment il accepta à la dernière minute de supprimer la chanson du disque et d’en enfermer la bande dans un coffre chez Philips. Peu après, Gainsbourg allait dire au revoir à Brigitte chez elle alors en partance pour Almeria et le tournage de Shalako (un western avec Sean Connery). Elle bouclait ses valises, que Gainsbourg truffa de mots d’amour griffonnés sur des feuilles de musique. "Il voulait venir me retrouver en Espagne mais mon mari était là. Notre séparation, sans cris ni heurts, est devenue définitive." En guise d’adieu, "Gainsbarre" devait composer Initiales BB. "C’est l’hymne nostalgique qui glorifie pour toujours l’image de déesse adorée que j’avais, à ses yeux d’artiste d’exception."

* Journaliste, écrivain, commissaire de l’exposition Bardot, Espace Landowski, Boulogne-Billancourt (92). Jusqu’au 7 mars.

Source : http://www.lejdd.fr/Culture/Cinema/Actualite/Bardot-J-ai-aime-Serge-a-la-folie-165516/
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Doris 19/01/2010 10:57



Quel grand plaisir d'avoir vu l'émission l'homme qui aimait les femmes", Serge GAINSBOURG, le génie, l'homme que j'aimais beaucoup
aussi, et oui, plus tard on dira qu'il avait un STYLE, je l'adore, j'étais très nostalgique hier soir de revoir ces superbes chansons, c'est vrai, il était beau malgré sa laideur, il
avait du relief, pas comme ceux d' aujourd'hui. Quant à faire un film aujourd'hui, avec des acteurs imitant Serge et B.B., c'est absurde, rien ne pourra être aussi authentique(il
peut l'imiter, mais il ne sera jamais égal). Pas beaucoup de peronnalité ces personnages, ils ne savent pas faire autre chose.