Joann Sfar et l’homme à la tête de chou

Publié le par Ricard Bruno

Il nous parle de Rabelais, d’Aristote, de Karl Gustave Jung… Ses modèles de biopic sont « Van Gogh qui nous apprend plus de choses sur Maurice Pialat que sur Van Gogh », « Amadeus » de Milos Forman qui sait tout aussi faire le portrait du roi du porno, « Larry Flynt ». Rencontre avec un auteur niçois de BD emblématique, devenu réalisateur.

 

LPN : Comment s’est fait le passage de la BD au cinéma ?

Joann Sfar : Naturellement. Cela fait 6 à 7 ans que l’on me sollicite pour faire un film de mes BD. J’ai toujours refusé en attendant « le » sujet qui vaille le coup et « Gainsbourg » est arrivé.

LPN : Et avec les moyens…et la liberté ?

J. S. : C’est un budget raisonnable, la moitié de celui de « Lucky Luke ». Nous avons scrupuleusement respecté le budget et les délais à la Clint Eastwood. Sur le ton, on ne s’est rien interdit. Le drame de la France, c’est l’autocensure. Dans la BD, on est plus libre, plus insolent… Le héros français est ambigu et à la fin, il est encore pire qu’au début, à l’inverse de celui américain qui doit évoluer, être meilleur à la fin… Gainsbourg fout sa famille en l’air toutes les 5 min.

LPN : Qu’est-ce qui est vrai et faux dans votre film ? Qu’y a-t-il de vous dans Gainsbourg ?

J. S. : C’est difficile, il y a beaucoup d’allers retours. Une chose est sûre, les liens avec son père étaient plus distants au contraire des miens. Il a dit qu’avec son père, il a raté un copain à qui parler. La rencontre avec Brigitte Bardot chez ses parents, c’est vrai, tout comme la rencontre avec Brassens. Ce qui nous rapproche, sans doute la peur de l’abandon… Et un certain sens du ridicule, on est tous deux quelque peu pathétique.

LPN : Qu’avez-vous apporté à votre « Gainsbourg » ? L’avez-vous rencontré ? Pourquoi le double ?

J. S. : Non, on devait se voir trois mois avant sa mort. Si je l’avais vu, je lui aurais demandé un dessin, il ne s’est jamais remis à la peinture… Comme moi, au violon… Je ne voulais pas de voix off , d’où le personnage du double. J’ai utilisé tous les artifices de la fête foraine, des animaux, des enfants, des masques… Quel Niçois n’a pas été digéré par la gueule de carton-pâte d’un Pantagruel géant ? On entre par la bouche, on sort par le cul…

Le cinéma doit être un cirque… et une magie de l’image. On allait chercher Gainsbourg puis on le perd… Et puis, il y a des moments intemporels comme la scène de Gainsbourg et de Bardot au piano…

LPN : Quelle était votre hantise sur le tournage ?

J. S. : Le trop grand respect. Le Talmud nous enseigne que si tu aimes un texte, il ne faut pas le respecter. Je voulais jouer avec le sujet et avec les acteurs. Eric Elmosnino est un génie qui sait tout faire… Mes références en terme d’acteurs, Groucho Marx et Vittorio Gassman. Je voulais qu’ils se sentent bien sur le tournage. L’amour des scènes pour échapper à la dictature de l’histoire dédiée à Lucy Gordon qui s’est suicidée 15 jours avant la fin du tournage.

Source : http://www.lepetitnicois.fr/culture-loisirs-et-sport/art-d-azur/joann-sfar-et-l-homme-a-la-tete-de-chou,286.html

Publié dans le web en parle

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