Sixties & révolutions...Exposition à Liège à la mi juin !

Publié le par Ricard Bruno

"J'avais 20 ans en 45 " se terminait dans l'ivresse de la Libération. Voilà « J'avais 20 ans en 60 », qui montre les germes de toutes les mutations auxquelles nous sommes confrontés aujourd'hui. Gigantesque expo dès la mi-juin à Liège.  

 

Les années fantasmes. Parce que ceux qui les ont vécues en parlent avec encore mille étoiles dans les yeux. Et que ceux qui les écoutent s'y verraient volontiers aujourd'hui. Les Golden Sixties. Ces autres années folles, pétulantes, entre la Seconde Guerre mondiale et la première crise pétrolière. Avec Jimi Hendrix, les Beatles, la mini-jupe, BB, la plage sous les pavés, John & Marilyn, Merckx et son premier Tour, James Bond, le boom de l'électroménager, les voitures rondelettes et de toutes les couleurs, Barbarella, la Lune conquise, yé-yé, mon corps ma liberté, Jules et Jim, Delon beau comme un soleil noir, Power flower, le rêve de Martin Luther King, La dolce vita...

C'est cette décennie d'or que René Schyns et Jacques Broun font revivre, dès le 14 juin, pour un an, gare des Guillemins, à Liège. Les concepteurs de « J'avais 20 ans en 45 », l'exposition qui avait fait courir des quatre coins d'Europe 750 000 visiteurs à Bruxelles, en 1995, tentent cette fois « J'avais 20 ans en 60 ». Sur une surface totale de 6 000 m2, proposant 1 500 photos et objets d'époque, en ayant reconstitué plusieurs lieux symboliques des années 1960 - le module lunaire de 1969 et son environnement, la brasserie Sénéquier et le port de Saint-Tropez, la pièce d'où Oswald a tiré sur JFK à Dallas (avec le visiteur qui « entre » dans la scène grâce à l'animation du studio bruxellois de pinxi), le couloir de l'hôtel de La Grande Vadrouille (avec la chambre, où l'Allemand ronfle et de Funès siffle), une rue de Paris lors de Mai 68 (avec la Coccinelle calcinée et les pavés descellés), la Factory d'Andy Warhol... -, en projetant des films de mille événements d'alors, en recréant Bardot sur sa Harley Davidson, avec ici un flipper, là une Mini Morris, entre Elvis et la télévision sur le buffet de la salle à manger, la pompe Fina et la robe métal de Paco Rabane, le baiser de Brejnev sur la bouche d'Honecker...

Une expo gigantesque, que le roi et la reine inaugureront le 14 juin. Budget : 6,5 millions d'euros. Objectif : 350 000 visiteurs. Public : « Les nostalgiques, avance René Schyns, le commissaire général, et ceux qui veulent découvrir cette période magique. Comme pour "J'avais 20 ans en 45" : il y avait des grands-parents, qui avaient vécu la guerre et leurs petits-enfants, qui se rendaient compte alors de ce que c'était. "J'avais 20 ans en 60" se propose à tout le monde, donc. Francophones et néerlandophones, Belges et étrangers. Parce que les Golden Sixties portaient les germes de toutes les mutations de la société telles qu'on les vit aujourd'hui, jour après jour. Et que ces mutations concernent n'importe quelle génération, n'importe quelle nationalité. »

Révolutions, révolutions

L'expo, c'est vrai, ne se veut pas « l'inventaire exhaustif et lassant des années 1960, insiste Jacques Broun, son concepteur. Elle illustre bien sûr cette ère d'effervescence, d'ébullition, de liberté, de plaisir. Mais elle montre surtout que ce fut la décennie de toutes les révolutions : révolutions politiques, révolution des m£urs, révolution économique, révolution culturelle, révolution technologique. Certaines ont fait accéder des peuples à la liberté, qu'ils l'aient ensuite exploitée avec bonheur ou non. Mais beaucoup, on parle là de combats politiques, n'ont toujours pas abouti».

C'est donc ça le fil rouge de l'exposition sur ces années dorées : les révolutions. Et le véhicule, ici, en est le mur : « C'est lui qui constitue l'unité graphique et scénographique », sourit Jacques Broun. On découvre donc sur des murs, de briques ou de béton, des slogans - Ich bin ein Berliner, Walen buiten !, Salut les copains, A travail égal salaire égal... -, des photos, des trous (ceux du mur de Berlin, à travers lesquels deux mondes se regardaient en catamini et en chiens de faïence), des affiches de film, des « Unes » de journaux, des portraits du Che, des guerres, des émeutes raciales, des attentats, des révoltes matées, des grèves interminables, des émancipations, du léger, du corsé, de l'heureux, de l'affreux.

On y entend du rock, de la pop, du folk, Elvis, Sheila, Brel, les Stones, Adamo, Joan Baez, Claude François, Bob Dylan, Jacques Dutronc... On y touche tous les objets de consommation de masse qui entrent dans la maison : le transistor, le mange-disque, le réfrigérateur, la machine à laver, le mixer. On s'y émerveille de leur design, tout en rondeurs, en audaces, en amphores, en formes festives. On assiste à la professionnalisation du sport, aux premiers pas du sponsoring, aux enjeux financiers de plus en plus importants, aux premiers cas de dopage, à la politisation du jeu... On revoit les films de la nouvelle vague, les westerns-spaghettis, les grandes comédies françaises, les Ben Hur, La Piscine, Le Guépard, Psychose, 2001 L'Odyssée de l'espace, West Side Story, Goldfinger...

On y perçoit aussi des essais de comparaison avec cette autre époque de révolutions et d'accélérations qu'est « la nôtre », l'actuelle. Pas sous forme de sentence, mais plutôt comme pour nous faire garder à l'esprit qu'au bout du grand bouleversement, tellement attendu, la délivrance n'est pas d'office au rendez-vous. En tout cas pas pour tous.

« Golden Sixties, j'avais 20 ans en 60 » constitue dès lors tout un voyage dans un monde d'ivresses. Qu'elles soient radieuses ou toutes de noir vêtues, elles nous font quitter les lieux comme ragaillardis. Avec quelque chose qui ressemble à une faim de défis à relever. Encore. 

 

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