Une Neuchâteloise témoigne du massacre des globicéphales noirs...

Publié le par Ricard Bruno

Une Neuchâteloise témoigne du massacre des globicéphales noirs
CIMETIÈRE DE DAUPHINS
CIMETIÈRE DE DAUPHINS «C'est le plus grand massacre de mammifères marins d'Europe», dénoncent les ONG qui étaient sur place, Sea Shepherd Conservation Society et la Fondation Brigitte Bardot. (PETER HAMMARSTEDT POUR SEA SHEPHERD)
Aux Iles Féroé, plus de 800 globicéphales ont été tués entre juin et septembre. Un massacre qui se déroule dans le silence assourdissant de la communauté internationale. Vice-présidente de l'ONG Sea Shepherd Suisse, la Neuchâteloise Rebecca Jeanson était sur place. Elle témoigne.

 

Une mer rouge de sang, des hommes qui s'acharnent sur les dauphins rabattus vers la plage, des cadavres égorgés et éventrés, des fœtus arrachés aux flancs des mères... Le spectacle est insoutenable. Depuis le mois de juin, plus de 800 dauphins calderon, ou globicéphales noirs, ont péri aux Iles Féroé sous le prétexte d'une chasse traditionnelle ancestrale. Dont 236 le 18 juillet, 86 le 5 août et 102 le 9 septembre. Vice-présidente de Sea Shepherd Suisse, la Neuchâteloise Rebecca Jeanson était quartier-maître sur le bateau loué par son ONG et par la Fondation Brigitte Bardot pour dénoncer le massacre.  

Rebecca Jeanson, quel était le but de votre mission aux Iles Féroé?

 L'opération «Stop the Grind» est la troisième campagne de Sea Shepherd, le «berger des mers». En 1984, lors de sa première campagne, Sea Shepherd a révélé au monde entier ce massacre, mais n'avait pu retourner sur les lieux depuis dix ans par manque de moyens. Notre mission consistait à enquêter sur la chasse au rabattage et à récolter des preuves réfutant l'argument de subsistance revendiqué par les habitants des Féroé. Pour obliger ceux-ci à respecter les lois de protection des mammifères marins.  

Quel est le prétexte avancé par les Iles Féroé pour justifier ces massacres?

Les Féringiens chassent le globicéphale noir depuis le Moyen Age à des fins alimentaires. Cette chasse s'appelle le «Grind», qui est aussi le nom du dauphin et de sa viande. Mais depuis le Moyen Age les choses ont changé: les Féroé, avec une population de 50 000 personnes, sont ouvertes sur le marché extérieur et reçoivent des subventions européennes. Leur survie ne dépend plus de la viande du globicéphale. D'ailleurs, celle-ci contient un fort taux de mercure, de PCB et d'autres métaux lourds.

Les Féroé, à mi-chemin entre l'Ecosse et l'Islande, dépendent du Danemark. Comment le gouvernement danois a-t-il réagi à votre action?

Le Danemark ne prend pas position sur la politique féringienne et ferme les yeux sur ce massacre, prétendant qu'il ne peut interférer. Pourtant, leur navire de guerre et leur hélicoptère nous ont suivis pendant plusieurs jours et nous avons été contrôlés sans ménagement par la police locale tandis que la marine danoise veillait... Le Danemark a pourtant signé en 1982 la Convention de Berne, qui dit que le globicéphale noir est strictement protégé!

Qu'avez-vous vécu sur le bateau?

C'était une campagne éprouvante, il fallait être prêt à s'interposer ou à se faire couler par les chasseurs à tout moment. Notre identité a d'ailleurs été découverte par les Féringiens lors de leurs contrôles et nous avons achevé la campagne avec les enseignes de nos ONG...

Comment arrive-t-on à supporter un spectacle comme celui des 86 dauphins tués le 5 août (lire ci-dessous)?

Nous n'avons pas assisté au «Grind» du 5 août, nous étions trop loin de la plage de Leynar où ils avaient été rabattus. Voir dériver les cadavres mutilés m'a cependant profondément marquée, je n'oublierai jamais cette vision. Mais je n'étais pas là pour m'apitoyer, nous avons su que ces dauphins nous donneraient des indices essentiels pour notre enquête, ils sont des pièces à conviction qui nous aideront à mettre un terme aux tueries. Ces images accroissent ma motivation et mon engagement. Je serais prête repartir maintenant s'il le fallait.

Que peut-on faire pour mettre un terme à cette «tradition»?

Il faut que chacun mette, à son niveau, la pression sur le Danemark, en écrivant aux politiques et aux députés européens. Le boycott des produits danois et féringiens peut aussi être un argument économique de poids. /FRK

 

Publié dans le web en parle

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