Chienne traînée par une voiture à Reims : l’automobiliste relaxé

Publié le par Ricard Bruno

Romy avait été confiée au refuge de Reims, où elle a pu se remettre de ses blessures.

Romy avait été confiée au refuge de Reims, où elle a pu se remettre de ses blessures.

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Mustapha n’en démord pas : c’est par accident, sans s’en rendre compte, qu’il a traîné sur plus de 500 mètres une jeune chienne accrochée par une laisse à la voiture qu’il conduisait au quartier Wilson à Reims, le 20 mars 2026 vers 3 h 30 du matin.

C’est un riverain qui avait donné l’alerte, horrifié de voir le véhicule filer dans la nuit avec le pauvre animal traîné derrière. « Il rebondissait, incapable de suivre tellement la voiture allait vite. J’ai voulu courir pour rattraper le véhicule mais ce n’était pas possible. C’était horrible », avait-il témoigné

 

Un chien acheté sans papier

La vidéosurveillance a partiellement confirmé la scène. On y voit un Volkswagen T-Cross quitter la place Mozart, coffre ouvert, et s’engager à vive allure rue Sutaine – en sens interdit – avec le chien traîné derrière.

Arrivé près d’une supérette de la rue de Courlancy, le conducteur sort, remet le chien dans le coffre puis revient place Mozart.

Une autre personne prend le volant et la police arrive alors que le T-Cross n’a pas encore redémarré.

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La chienne a été retrouvée « apeurée », en situation de « grande souffrance », de « multiples plaies » au postérieur, les « coussinets arrachés »

 

 

De nombreuses traces de sang sont visibles à côté de la voiture. Par la vitre, les agents découvrent l’animal « apeuré », en situation de « grande souffrance », de « multiples plaies » au postérieur, les « coussinets arrachés ».

C’est un malinois, une femelle d’environ six mois qui s’appelle Romy, que son propriétaire avait acheté sans aucun papier et qu’il avait confié une dizaine de jours plus tôt à la personne qui accompagnait Mustapha, un cousin également propriétaire du T-Cross et dont « le coffre ne fermait plus très bien depuis un accident », a-t-il expliqué.

Rien vu, rien entendu

Pour le témoin, il était impossible que le conducteur n’ait pas entendu la pauvre bête hurler de douleur. Jugé ce lundi soir par le tribunal de Reims pour « sévices graves ou acte de cruauté envers un animal domestique », le prévenu laissé libre sous contrôle judiciaire a pourtant redit qu’il n’avait jamais voulu faire de mal à Romy.

« J’étais allé chez le coiffeur [NDLR : un barber ouvert en pleine nuit]. Mon cousin a mis le chien dans le coffre. J’ai repris sa voiture direct. Je ne savais pas qu’il y avait le chien dans le coffre. J’ai pas vu que le coffre s’est ouvert. Je n’ai rien ressenti. Je n’ai rien entendu car j’avais mis la musique à fond. Je suis arrivé à l’épicerie. Je suis descendu. C’est là que j’ai vu que le coffre était ouvert et que j’ai vu le chien. Il avait plein de sang. Je l’ai remis dans le coffre. »

Coup de fil à la clinique

De retour place Mozart, et toujours d’après ses déclarations, Mustapha a alerté son cousin : « Viens voir le chien ! Est-ce qu’il va mourir ? Est-ce qu’il va mourir ? » J’ai téléphoné au vétérinaire de Pommery. La dame m’a demandé : « Il a quoi le chien ? » J’ai expliqué et j’ai dit que j’arrivais tout de suite. C’est là que la police est arrivée. »

Un appel à la clinique vétérinaire Pommery a bien été enregistré, d’une durée de 48 secondes, mais la personne qui assurait le standard n’en a gardé aucun souvenir. Selon la clinique, vu la brièveté de l’appel, il ne pouvait correspondre qu’à une mise en attente, l’une des avocates des parties civiles suspectant le prévenu d’avoir donné ce coup de téléphone pour tenter de faire croire qu’il s’était préoccupé du sort de l’animal quand il a vu les policiers arriver.

J’ai un cœur. Je ne peux pas avoir fait ça

L’automobiliste, relaxé

Convaincu du caractère intentionnel des souffrances infligées – pour punir le chien d’avoir mordu ? de s’être montré indiscipliné ? – , le parquet a requis huit mois de prison ferme mais le tribunal a donné crédit à la plaidoirie de l’avocat de la défense, Me Pascal Ammoura, qui a martelé l’hypothèse d’un accident malheureux, sans volonté de nuire : son client a été relaxé.

« J’ai un cœur. Je ne peux pas avoir fait ça », avait-il dit au moment de prendre la parole en dernier.

Pas d’appel du parquet

Du fait de sa relaxe, les sept associations qui s’étaient constituées parties civiles contre lui (L’Action protection animale, Les Amis des Bêtes, la Fondation Brigitte Bardot, LISA, Pet Rescue 76, Spaga et 30 Millions d’Amis) ont toutes été déboutées de leurs demandes de dommages-intérêts.

Contacté, le procureur de Reims François Schneider a fait savoir que son parquet n’allait pas faire appel de la relaxe : « l’essentiel » est que la chienne soit désormais en de bonnes mains, a-t-il ajouté.

Romy était âgée d’environ six mois au moment des faits.

Après avoir passé 24 heures dans une clinique vétérinaire, mise sous morphine pour soulager ses douleurs, la chienne âgée de six mois environ – mais impossible à établir de manière formelle dans la mesure où Romy n’était pas identifiée – a été confiée aux bons soins du refuge géré par l’association rémoise Les Amis des Bêtes.

Les bénévoles ont eu à cœur de faire en sorte que sa convalescence se passe le mieux possible. Quelques jours après, la présidente nous confiait sa stupeur quant à l’ampleur de ses blessures.« Elle avait les quatre coussinets à vif, même chose pour les coudes et les genoux qui présentaient également des plaies. Malgré ce qu’on lui a fait subir, elle n’avait rien de cassé : c’est une miraculée ».

Aucune rancœur envers les humains

La présidente évoquait les premiers jours, compliqués à gérer. « La chienne est restée prostrée au fond de son box, en état de choc. Elle était allongée, elle pleurait de douleur je pense et aussi d’anxiété. Dans le même temps, on était assez optimistes car on ne constatait pas de rancœur envers l’humain. Au contraire, elle était en recherche de contact, de câlins. »

« Quand elle était encore incapable de se lever, dès que quelqu’un entrait dans son box, elle remuait la queue, elle nous appelait du regard pour avoir des caresses », commentait la présidente de l’association, d’autant plus soulagée quand la chienne s’est remise à marcher. « On lui a mis des petites bottes pour la soulager et on a aussi disposé des couvertures sur le sol de son box pour que ce soit moins dur pour elle. »

Six semaines ont passé et Romy a quitté le refuge : elle a été cédée par son propriétaire, ce qui a permis son adoption. « Aujourd’hui, elle est en famille, elle est heureuse », souligne l’avocate de l’association.

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Publié dans ACTUALI

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