Trente mois de prison ferme pour des viols sur des chèvres aux Pennes-Mirabeau

Publié le par Ricard Bruno

Un Afghan de 19 ans a comparu devant le tribunal d’Aix-en-Provence pour des atteintes sexuelles et sévices graves commis sur des animaux, entre février et avril, dans une ferme-refuge. Une chèvre était morte des suites de ses blessures.

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Trente mois de prison ferme pour des viols sur des chèvres aux Pennes-Mirabeau

Le 9 avril, quand la police interpellait un jeune homme en flagrant délit, dans une ferme-refuge pédagogique des Pennes-Mirabeau, cela faisait déjà des semaines que plusieurs animaux de cette structure subissaient des sévices graves et atteintes sexuelles.

Dès le 10 février, Cassandra Sortino, la gérante de "La Ferme d’un moment", allait découvrir à plusieurs reprises des chèvres portant des blessures et des plaies ouvertes : traces de sang, « vulve sanguinolente » pour plusieurs d’entre elles, pattes ligotées... Alors elle allait installer un système de vidéosurveillance, permettant par la suite de repérer « une silhouette dans les enclos des chèvres et des moutons », relate le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence.

Dans une ferme refuge des Pennes-Mirabeau, cinq chèvres et une agnelle victimes de sévices et atteintes sexuelles

Un vétérinaire avait conclu à des lésions compatibles avec un traumatisme de nature sexuelle. Six animaux (cinq chèvres et une agnelle de 6 mois) avaient subi des sévices ; une chèvre de 9 ans allait succomber le 16 avril des suites des sévices constatés.

Les faits retenus par la justice s’étalent du 10 février au 9 avril.

Plus de deux mois plus tard, ce 22 juin, Masoud, né en Afghanistan voilà 19 ans, comparaît pour s’expliquer sur les faits d’atteinte sexuelle, et de sévices graves ou acte de cruauté sur un animal domestique, apprivoisé ou captif, ayant entraîné la mort d’un animal. La peine encourue est de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. Il nie en bloc

Sévices et atteintes sexuelles commis sur des animaux : un jeune homme arrêté en flagrant délit par la police

« Je n’ai pas fait ça, je suis quelqu’un de normal », lâche le prévenu, au visage juvénile mangé par une barbe noire, et dont les déclarations en anglais sont relayées par une interprète. Pourquoi était-il venu dans cette ferme ? « Je me trouvais là tard dans la nuit, il n’y avait pas d’endroit pour dormir » puis « je n’ai pas trouvé de train à Vitrolles ». C’est la première fois qu’il venait là, ajoute-t-il. Les explications s’arrêteront là, dans ce dossier où le sordide le dispute sans doute à la misère et à la tristesse

Les policiers l’avaient trouvé, avec le pantalon baissé et des gants en latex, derrière une chèvre. Un ADN compatible avait été retrouvé sur une corde utilisée pour ligoter les bêtes et lors de prélèvements sur celles-ci. Son téléphone avait borné près de la ferme.

Pourtant, Masoud répète n’avoir pas commis ce qu’on lui reproche : « Ce n’est pas possible ». Il conteste tout acte sexuel avec des animaux, en Afghanistan ou en France. Plus tard, interrogé sur une éducation religieuse très stricte, il se déclare « plein de honte ». S'agissant des relations sexuelles, dans son pays d'origine, ce n'était « pas facile... »

Défense des animaux : des associations partie civile au procès d’un jeune homme jugé pour sévices sexuels

Ce jeune homme, dont la famille était décédée dans le bombardement de sa maison quand il avait 11 ans, dit-il, est arrivé en France en novembre 2025 ; il se trouvait jusqu’à son arrestation dans un centre de demandeurs d’asile à Marseille. Une expertise psychiatrique ne révèle ni abolition ni altération du discernement pour ce jeune homme, accessible à une sanction pénale.

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La gérante avait déposé plainte à quatre reprises auprès de la police. Et Cassandra Sortino n’avait pas ménagé ses efforts afin que fût identifié et arrêté un suspect, pour en finir avec les sévices infligés aux animaux. À l’audience, elle demande une provision pour les préjudices subis (moral, pour les animaux, frais vétérinaires, perte d’exploitation…). Surtout, « j’aurais aimé comprendre », soupire-t-elle.

avocats des parties civiles

Mes Pierre Reisser, Olivia Symniacos, Alexandre Aubrun et Patrice Grillon, avocats des parties civiles, dans le dossier de sévices sur animaux, examiné par le tribunal correctionnel d'Aix.

Souffrance animale, préjudice animalier et sévices graves devant le tribunal judiciaire d’Aix-en-Provence

Plusieurs associations de défense des animaux se constituent partie civile. Notamment la Fondation Brigitte Bardot qui, par la voix de Me Alexandre Aubrun, déplore des faits commis dans un refuge, « où on protège les animaux ». Puis soulève « la vulnérabilité des animaux qui ne peuvent dénoncer les sévices subis ». Pour la SPA Marseille Provence, Me Pierre Reisser rappelle combien ce dossier avait été médiatisé.

Intervenant pour l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoir, Me Olivia Symniacos prévient que « les animaux ne sont pas des exutoires à la colère et à la frustration ». Pour la Société nationale pour la Défense des animaux, Me Patrice Grillon salue la qualité des investigations pour retrouver le suspect : téléphonie, ADN… et suggère l’interdiction de détenir des animaux.

Le prévenu « viole ces animaux en série avec un mode opératoire », pour le parquet

Alors que le prévenu aurait déclaré devant l’expert : « On en fait toute une histoire alors que ce ne sont que des animaux », le parquet rappelle a contrario la capacité des animaux à éprouver la souffrance puis dévoile le mode opératoire : « Il vient de nuit, arrive par les collines, met en place des stratagèmes, attache les animaux, porte des gants comme lors de son interpellation qui mettra un terme à ses passages à l’acte ».

L’implication du prévenu étant établie pour l’accusation, et « le risque de récidive majeur », la procureure requiert 3 ans d’emprisonnement avec maintien en détention et, parmi les peines complémentaires, 10 ans d’interdiction du territoire.

Pour la défense, « le prévenu avait-il seulement conscience de la souffrance des animaux ? »

En défense, Me Mireille Godard va plaider la personnalité du jeune homme, avec cette « éducation liberticide » et ce « carcan de pensée » d’où découle une question qu’elle vient soumettre aux juges : « Avait-il conscience de la souffrance des animaux ? » De quoi mettre dans la balance l’existence de l’élément intentionnel sur la souffrance des animaux.

Reconnu coupable de faits requalifiés en sévices ayant entraîné la mort, le prévenu sera condamné à 30 mois d’emprisonnement et maintenu en détention, avec l’interdiction définitive du territoire français et, suivant le parquet, l’interdiction de détenir un animal et d’exercer une activité en lien avec les animaux. Il figure au fichier judiciaire national automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes. Sur l’action civile, plusieurs parties civiles ont été reçues dans leur constitution.

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