brigitte bardot
Le "style Bardot", le glamour intemporel...
L'écrivain Henry-Jean Servat a composé une ode à "BB", sur son charme et ses tenues. Un ouvrage classé dans les "10 plus beaux livres" du New York Times.
Henry-Jean Servat, auteur de "Le style Bardot", ed. Flammarion
SAGA- Ils se sont aimés le temps d'un tournage : Brigitte Bardot et Jean-Louis Trintignant
Sous le nez du cinéaste Roger Vadim, qui tourne en 1956 Et Dieu créa la femme, son épouse Brigitte Bardot vit une passion torride avec le jeune premier de son film!
C’est Vadim qui avait organisé leur première rencontre. S’il faut l’en croire, peu engageante ! A peine Jean Louis Trintignant s’était-il éloigné de portée de voix, que BB s’était exclamée, boudeuse et dépitée « Il est tarte ! Je ne pourrai jamais faire croire que je suis amoureuse de ce type !» De son côté, Trintignant – il l’avouera plus tard – pensait tout bas «c’est vraiment une petite conne».
Mal barré pour un couple censé jouer des scènes d’amour brûlantes! Mais Vadim avait insisté. De la passion, voilà ce qu’il attendait de ses deux acteurs. Une sensualité torride, que ça crève l’écran! Ce qui s’appelle tenter le diable. Il allait être servi bien au-delà de ses espérances. Nous sommes à Saint-Tropez, en mai 1956, au début du tournage de Et Dieu créa la femme…
A l’époque, le port varois n’est pas encore la Mecque de la jet set, c’est juste un petit eden sauvage et paradisiaque, qui fleure bon le soleil du Sud, la brise de mer, la liberté. A l’image de Brigitte Bardot. La starlette de 22 ans – qui a déjà tourné dans 16 films – vient encore d’affoler le Festival de Cannes. Son mari, Roger Plemiannikoff – dit Vadim – a de grandes ambitions pour elle.
A 28 ans, descendant du prince Igor Nicolaewitch et de Gengis Khan, ce dandy juif ukrainien au style désinvolte veut faire de son premier film un hymne à la femme, sa femme. Il l’aime depuis sept ans, l’a épousée depuis quatre. Et il est bien placé pour savoir que cette jeune bourgeoise élevée au cœur du XVI ème, est une impulsive, à la liberté radieuse et sans tabou, et qui n’a pas le tempérament textile. Au cours de leur premier rendez-vous clandestin dans un meublé, elle s’est mise nue à la fenêtre pour crier la joie de son dépucelage aux passants.
« En révolte contre le milieu et la morale de ses parents, douée pour l’amour sans l’avoir appris, capable d’humour et d’un grand bon sens, elle avait tout du petit génie.» écrira t’il plus tard. Ado, Brigitte a tout tenté pour l’avoir. Allant jusqu'à braver le révolver brandi par Monsieur Bardot père contre le prétendant slave ( «ma fille, épouser un saltimbanque ? jamais !»), ou tentant de se suicider au gaz, la tête dans le four, quand on lui a interdit de le voir (sa sœur, Mijanou, l’a retrouvée dans le coma, in extremis).
Vadim est son premier homme, son Pygmalion, qui a guidé ses premiers pas dans des comédies légères et sucrées. Un Pygmalion qui, envoûté par la beauté magnétique de sa jeune femme, pressent en elle une bombe sexuelle prête à exploser. Là, sous le soleil de Saint Tropez, exactement. Où Brigitte est chez elle. Pour les deux mois de tournage, le couple s’est installé à l’hotel de l’Aïoli, chambre 3 ( maintenant 25 ), à quelques pas de la Miséricorde, la maison haute aux murs roses, résidence d’été des parents de l’actrice, où elle vient passer ses vacances.
L’ingénue a déjà commandé ses petites robes en Vichy rose chez Vachon sur le port, ses ballerines de danseuse à Rose Repetto, le modèle Cendrillon, qu’elle porte délacé pour qu’on entrevoit la naissance des orteils. C’est plus sexy. Vadim a eu l’idée du scénario en regardant Brigitte danser sauvagement dans une discothèque de Rome, la Casa del Orso, allumant tous les hommes à la ronde, ivre d’animalité. Elle sera donc Juliette Hardy, une jeune orpheline amoureuse de deux frères, et que courtise aussi un millionnaire de la Riviera, Eric Carradine, un homme élégant et cynique.
Au dernier moment , Raoul Lévy, le producteur de Vadim, a eu l’idée de ce rôle confié à Curd Jurgens, déjà sacré star internationale, pour conquérir une co-production en Eastmancolor avec la Columbia. Dans le film, digne d’un roman de gare, la belle Juliette est éprise d’Antoine, l’aîné des frères, un tombeur cynique – joué par Christian Marquand – qui ne fait que coucher avec elle.
Mais c’est le cadet, Michel – interprété par Jean Louis Trintignant – qu’elle épouse par dépit, touchée par la sincérité de sa passion. Dans la vie…dans la vie, Cupidon va darder ses flèches autrement ! Déjà marié à la future comédienne Stéphane Audran, Jean Louis Trintignant, à vingt cinq ans, est alors un jeune premier en pleine ascension.
Mais il échappe aux standards habituels. Pas très grand, extrêmement timide et réservé – « bloqué en dedans» dit-il lui même – son charme émane surtout de l’intensité et de la profondeur de son jeu. Natif du Sud, il a dû travailler pour effacer son accent méridional, mais ne se sent pas encore sûr de lui, blessé parfois par «l’étiquette de paysan» que lui collent certains critiques du Figaro. Bref, il irradie le mystère, la retenue. Et soudain, sa gaucherie, un peu butée, émeut Brigitte. Mieux, la trouble. Dès la première semaine de tournage, dans la baie des Caroubiers, Vadim l’a bousculée, décoiffée, en partie dénudée, en lui recommandant de ne pas jouer, d’être elle-même, dans un total strip-tease physique et psychologique («j’accouchais d’une star» dira-t’il pompeusement ).
Alors, elle donne tout. Avec l’amoralité insolente d’une Juliette qui ne possède que son corps – mais quel corps ! – et compte bien s’en servir. « Cette fille là est faite pour perdre les hommes » se lamente Carradine. Habillée d’un rien, se déshabillant pour un rien, le cul miraculeux, la démarche chaloupée, enflammant tout sur son passage, les hommes, un bateau de pêche, la pellicule. Psalmodiant en robe fourreau rouge, le port solaire, «moi, j’m’en fous, j’m’en contrefous !», la voix lascive, en tournant autour du frère aîné pour attiser son désir et se faire culbuter sur un capot de bagnole.
Ouvrant le drap dont elle s’est entourée pour offrir ses seins provocants au cadet -Trintignant, donc – avec son phrasé nunuche, un brin aristo, à la douceur si traînante qu’elle invite à l’abandon dans les draps. L’enivrant enfin de baisers qu’elle ne simule pas. Une vraie déesse de l’amour ! Et qui succombe. « A force d’être naturelle dans mes scènes d’amour avec Jean Louis, racontera t’elle dans ses mémoires Initiales BB, je finis tout naturellement par l’aimer. J’éprouvais pour lui une passion dévorante. Effacé, profond, attentif, sérieux, calme, puissant, timide, il était si différend, tellement mieux que moi !» Il aurait fallu être un saint de bois pour résister ! Jean Louis Trintignant s’éprend si bien qu’il en devient possessif, ne supportant pas de la rendre la nuit aux caresses d’un autre.
Tandis que les amants poursuivent hors champ leurs ébats, Vadim, trompé sous ses yeux et ses caméras, en est réduit à se consoler le soir, avec Christian Marquand, à l’Esquinade, une discothèque où Françoise Sagan viendra fêter ses vingt et un ans, le jour de l’été. Auréolée du scandale de Bonjour Tristesse, elle offre au cinéaste le refuge – en tout bien tout honneur – de sa propre maison, un peu plus haut, rue des Pêcheurs. «Trintignant jouait les amants tyranniques, racontera Vadim. Il voulait une preuve d’amour, un sacrifice, et menaça de ne plus revoir Brigitte si elle ne me quittait pas immédiatement. J’avais peur du dernier jour, du dernier plan, de la dernière minute de tournage.
Peur de la perdre tout à fait. » Jalousies, cris et chuchotements, frictions… Le tournage se poursuivra sous haute tension. «J’ai connu des moments un peu pénibles avec Vadim, dira Trintignant, parce qu’on a eu une « passation » de femme, voilà…Et je lui en ai un peu voulu. Après, quand je l’ai mieux connu, je me suis rendu compte que c’était un type merveilleux. Mais il était malheureux. On était rivaux. En plus, c’était lui qui avait fait BB, c’était sa chose, et elle lui a échappé.» Cette tension passionnelle éclatera dans toute sa splendeur dans la scène du mambo torride que danse BB en final – une scène d’anthologie, qui traverse toutes les générations.
Embrasée par son désir fou pour celui qu’elle appelle « Jean Lou », Bardot y swingue en justaucorps noir, jupe déboutonnée jusqu’à la taille, cuisses grandes ouvertes et pieds nus, attisant les musiciens cubains en se caressant, sur des rythmes latinos composés par Paul Misraki. Avant de se prendre deux paires de gifles cinglantes par son mari ( Trintignant ) qui vient d’apprendre ses coucheries avec son propre frère. Ah ! les vertiges de l’amour… Celui-là, pourtant, survivra encore près d’ un an au tournage. Rentrée à Paris, Brigitte quittera l’appartement où elle vivait avec Vadim pour acheter au 71, rue Paul Doumer un duplex avec terrasse, qui deviendra son nid d’amour avec Trintignant.
Mais dans la France prude et coincée de la IV ème République, le divorce défraie encore la chronique, la vie intime des deux amants s’étale dans les gazettes, un parfum de scandale flotte autour d’eux. A Noël, ils se réfugieront dans un cabanon sauvage, près de Cassis, pour y vivre une parenthèse idyllique, seuls au monde. Ce sera la dernière. «Je voudrais cultiver Bri-Bri » disait Trintignant. Il n’en aura pas le temps. Car la sortie du film Et Dieu créa la femme va les emporter dans une secousse tellurique. Brigitte croûle sous les propositions.
Pas de chance ! Le pauvre Trintignant appelé sous les drapeaux, se retrouve confiné à la morne vie des casernes, auprès de jeunes recrues gonflées de testostérone qui soudain phantasment sur son amoureuse. Aux Etats Unis – Vadim avait vu juste ! – ce sera l’hystérie. Très vite, le film dépasse au box office les Dix Commandements, les dollars pleuvent (4 millions), des évêques excommunient Bardot, les critiques la portent aux nues. En état de choc, la France, qui avait d’abord boudé le film, assiste à une fulgurante érection planétaire.
Le mythe BB (Bibi, disent les Américains) est né. Et avec lui, l’avénement de la liberté sexuelle de la femme. Loin de son Jean Lou, Brigitte enchaînera les films … et les amants ( dont Gilbert Bécaud ), jusqu’à ce qu’un jour, de guerre lasse, Trintignant la quitte, en se réfugiant chez les parents de Claude Berri, pour y soigner son chagrin. «J’ai aimé Jean Lou à la folie, écrira BB, je l’aimais comme je n’ai peut-être plus jamais aimé, mais je ne le savais pas, j’étais trop jeune».
Brigitte Bardot n’existe pas : Un essai intelligent de Marie Céhère sur un mythe français mal compris...
Brigitte Bardot est-elle un mythe ? L’essai enjoué, précis, brillant de notre consoeur Marie Céhère, Brigitte Bardot ou l’art de déplaire, pose la question dans cette France des années 10 où tout comme les fées, les sous-bois, les fantômes, les stations-service au bord des départementales, les dernières séances dans un cinéma d’Aubusson, les stars aussi ont disparu. Où le désenchantement pixélisé des réseaux sociaux joue avec l’éphémère définitif et l’amnésie permanente d’un présent perpétuel qui ne laisse guère de place à la nostalgie, ce dernier mode de connaissance des âmes sensibles telles que les définissait Stendhal. Or, Marie Céhère qui n’a pas trente ans, est d’abord une nostalgique mais pas pour jouir du plaisir d’être triste, ou pas seulement, mais pour tenter de comprendre ce qu’on a pu perdre en route, ce qui fait que nous avons cette impression de plus en plus prégnante que si ce n’était pas mieux avant, c’est pire maintenant.
Oui, Bardot est un mythe et pas des moindres. La preuve, nous dit Marie Céhère, elle n’existe pas : « Brigitte Bardot n’est pas réelle. Le cinéma, la publicité, la presse, la télévision, la rumeur populaire en ont fait un concept, une créature dont le nom et les initiales suffisent, comme une formule, à provoquer des réactions extrêmes. » Déjà, dans un petit livre écrit sur le vif, B.B 60, François Nourissier, nous rappelle Marie Céhère, avait écrit : « B.B incarne ce qu’aiment les Français ». En tout cas, les Français des années 50-60, trop heureux que Bardot l’impudique, la décoiffée, la Vouivre des plateaux de cinéma, Bardot au corps évident et solaire, bouscule malgré eux cette France encore tranquillement patriarcale, peu habituée à voir la part sauvage et mystérieuse du féminin s’exposer dans la radieuse impudeur de la jeunesse. Et cela, que le corps de Bardot apparaisse dans la célèbre scène de danse de Et dieu créa la femme de Vadim ou allongé, nu, sur le toit de la villa de Malaparte dans Le mépris de Godard. Marie Céhère a compris et le montre très bien que le scandale Bardot est un obscur désir inavoué de scandale de la part d’une société qui a envie d’être choquée mais ne le dirait pour rien au monde. « Brigitte Bardot, cette chose qui se promène toute nue ? » aurait demandé Gabin quand on lui annonça qu’elle serait sa partenaire dans En cas de malheur. Oui, c’est exactement ça, Bardot est cette chose qui se promène toute nue dans un monde encore très habillé comme l’avait vu Claude Autant-Lara qui la montre se dénudant dans le bureau solennel d’un Gabin en costume pour le convaincre d’assurer sa défense, ce qui donne un des contrastes les plus érotiques du cinéma de papa.
La haine du féminin qui est si bien portée aujourd’hui, que ce soit par les fanatiques religieux ou les pornographes industriels qui sont, au bout du compte, les mêmes, rendrait-elle une nouvelle Bardot possible aujourd’hui ? C’est une autre des questions soulevées par Marie Céhère. On peut en douter, la nudité n’est plus subversive, elle a été neutralisée par la surexposition ou le refoulement, le gang-bang ou la burqa. Le dossier Bardot s’alourdit car, comme nous l’explique Marie Céhère, il y a un féminisme de Bardot mais un féminisme différentialiste, où la femme s’assume en tant que femme et pas nécessairement contre l’homme : « Brigitte Bardot ne s’est jamais lancée dans une compétition contre les hommes. Ses relations amoureuses, multiples, tumultueuses et publiques, ne revêtaient pas les caractères de la lutte des sexes. A l’instar du MLF qui manifestait dans les années 70 pour l’abolition des lois pénalisant l’avortement, elle revendiquait la possibilité d’exister en tant que femme et non d’être à égalité de pouvoir avec l’homme. » Bref, Bardot la réac, par un paradoxe dont Marie Céhère montre qu’il n’est qu’apparent, est en fait une révolutionnaire dont le mot clé, le sésame émancipateur est « l’autonomie ». Autonomie de son désir, de ses choix professionnels, de ses engouements politiques.
Dernier crime de Bardot, le plus impardonnable peut-être dans une société spectaculaire et panoptique mais qui est aussi la dernière contribution de la star à la construction inconsciente du mythe : sa disparition. Elle arrête brutalement sa carrière en 73, se réfugie sur la côte d’Azur. Ce n’est pas parce qu’elle est oubliée ou moins sollicitée par le cinéma. Simplement, elle ne veut plus être là, ou en tout cas plus là où on l’attend.
Elle aura ainsi conjugué « l’art de déplaire » jusqu’au bout, avec une élégance définitive qui est aussi celle de Marie Céhère dans ce livre vivement recommandable.
Brigitte Bardot, l’art de déplaire de Marie Céhère (Pierre-Guillaume de Roux)
Après un reportage sur le lobby de la viande dans les écoles, Brigitte Bardot écrit à la ministre de l'Education nationale
Un reportage diffusé au journal de 20 heures de France 2, mardi, montre comment "l'Interbev" vante les bienfaits de la viande aux écoliers. De quoi soulever la colère de BB.
Furax Brigitte Bardot!
Après la diffusion d'un reportage de L'oeil du 20 heures sur France 2, mardi, BB a sans doute avalé son dîner de travers.
"Parce que je le veau bien"
En cause, le lobbying effectué par Interbev, Interprofessionnel bétail en viande, dans les écoles. Cette structure puissante qui défend les intérêts de la viande, des commerçants de bestiaux aux charcutiers en passant par les éleveurs de chèvres, envoie des professionnels dans les classes pour vanter les bienfaits de la viande aux élèves.
L'Interbev a aussi distribué un kit dans 1.500 établissements scolaires un kit avec ces slogans: "Parce que je le veau bien" ou "Le boeuf c'est la teuf".
De quoi s'étrangler pour la présidente de la Fondation Brigitte Bardot qui a écrit, mercredi, à Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Education nationale.
"il revient aux enseignants d'enseigner"
"Le reportage (...) est absolument scandaleux et doit entraîner une réaction immédiate de vos services auprès des établissements scolaires qui ne sauraient accepter le prosélytisme des filières viandes auprès des élèves", lit-on dans ce courrier où sont rappelées "les alertes de l'Organisation mondiale de la Santé dont un récent rapport précise que la charcuterie est cancérogène et que la viande rouge l'est probablement tout autant".
Pour BB, "il revient aux enseignants d'enseigner, ce n'est pas le rôle ni la place de l'Interbev. Il est urgent également d'abroger le décret cantine qui impose des produits animaux à chaque repas... décret édicté non pas par des nutritionnistes, mais par des lobbyistes".
Selon le reportage de France 2, "l'Education nationale précise ne pas avoir validé ces animations, mais elle ne les empêche pas non plus".
Et Vadim créa Bardot
28 novembre 1956 : "Et Dieu créa la Femme", premier film du quasi inconnu Roger Vadim, est sur les écrans. La jeune actrice qui tient le premier rôle est sa femme, Brigitte Bardot.
La critique n'est pas tendre, à l'image d'un certain Paul Reboux qui écrit à propos de l'actrice qu'elle a "le physique d'une bonniche et la façon de parler des illettrés". Quant au public, il passe totalement à côté du film.
Mais le scandale couve. Il va éclater quelques semaines plus tard de l'autre côté de l'Atlantique et revenir en France comme un boomerang.
Aux Etats-Unis, les défenseurs de la morale et autres ligues de vertu oeuvrent pour faire interdire le film. L’archevêque de Lake Placid tente notamment d'acheter tous les billets du cinéma exploitant et va même jusqu’à promettre d’excommunier ceux qui iraient le voir. A Dallas, le chef de la police interdit les séances dans les salles réservées aux Noirs, car cela risquerait de les exciter et de provoquer des désordres...
La polémique américaine suscite la curiosité du public français et le film, dont la carrière avait démarré plutôt timidement en France, attire finalement les foules.
Le coup de génie de Vadim
Quelques années plus tard, le réalisateur expliquait avoir voulu "à travers Brigitte, restituer le climat d'une époque. Juliette est une fille de son temps, qui s'est affranchie de tout sentiment de culpabilité, de tout tabou imposé par la société, et dont la sexualité est entièrement libre. Dans la littérature et les films d'avant-guerre, on l'aurait assimilée à une prostituée. C'est dans ce film, une très jeune femme, généreuse, parfois désaxée, et finalement insaisissable, qui n'a d'autre excuse que sa générosité."
Avec le recul, il faut bien reconnaître que le scénario est assez banal et que la fin est assez conventionnelle mais, c'est la première fois qu'une femme exprime au cinéma son désir à l'égal d'un homme, et utilise son corps pour s'affirmer et conquérir la liberté. Et surtout, Bardot ne joue pas, elle est ! et elle devient l'emblème d'une petite révolution sexuelle... A tel point qu'en 1958, à l'exposition universelle de Bruxelles, le pavillon du Vatican, décoré sur le thème des sept péchés capitaux, illustre la luxure par une photo de Brigitte Bardot.
L'actrice devient avec ce film à la fois un mythe et un sex-symbol mondial, emblème de l'émancipation des femmes, symbole de la féminité, de la liberté sexuelle, d'une révolution des mœurs latente. Elle est aussi le modèle absolu de la femme libérée, auquel Simone de Beauvoir elle-même apporte sa caution :
Brigitte Bardot ne se soucie pas le moins du monde de l'opinion des autres [...] Elle suit ses penchants. Elle mange quand elle a faim et elle est amoureuse avec la même simplicité, sans cérémonie. Le désir et le plaisir sont pour elle plus convaincants que les préceptes et les conventions. [...] Elle fait ce qui lui plaît et c'est cela qui est troublant.
►Extrait de Brigitte Bardot and the Lolita Syndrome
Des milliers de femmes imiteront alors le style Bardot, copiant au moins ses ballerines, sa robe de Vichy rose et sa coiffure, si ce n'est son attitude face à la sexualité.
Naissance d'un mythe
L'autre star du film, c'est Saint-Tropez. Bardot connaît bien le village où elle venait en vacances avec sa famille. Vadim le découvre lors d'un repérage sur la côte en 1955. L'équipe du film s'installe donc au village, du 3 mai au 7 juillet 1956 et prend ses quartiers sur la plage de Pampelonne. Au bout de la plage, Patrice de Colmont possède un bout de terrain sur lequel il a construit un cabanon. Pendant les deux mois de tournage, il va s'improviser restaurateur. Le Club 55 est né. Les déjeuners se terminent par un dessert préparé par un pâtissier polonais appelé Micka, une tarte onctueuse à base de crème baptisée : la "Tarte tropézienne".
Anecdotes
Pour pouvoir imposer Bardot, alors quasi débutante, aux producteurs du film, Vadim dû accepter d'engager une "star internationale", en l’occurrence Curd Jurgens.
Vingt-et-un ans plus tard, Roger Vadim réalisa lui-même le remake américain avec Rebecca De Mornay et Frank Langella.













































