Son « autre » Saint-Tropez
Si elle ne quitte quasiment plus le village, inutile de vouloir l'approcher. Ses seules furtives apparitions, sont au volant de son antédiluvienne 4L Break à bord de laquelle elle continue quotidiennement de faire des allers-retours entre ses deux propriétés. « Le Saint-Tropez d’aujourd’hui je ne le connais pas, car je n’y mets pas les pieds ! Dans les années 60, tous les artistes se fréquentaient, on jouait au poker, on se recevait à dîner, on trinquait à la terrasse de cafés où personne ne m’était inconnu..., bref on s’amusait beaucoup. A présent j’ai perdu mes repères, tout a changé et c’est bourré de touristes », a coutume de résumer BB. L'occasion de se remémorer que, contrairement à la légende, Brigitte n'a pas découvert le village en venant y tourner Et Dieu... créa la femme qui l'a élevée du jour au lendemain au rang de « star », à 21 ans. Ses parents y possédaient un pied à terre, rue de la Miséricorde, puis à la Pierre Plantée.
La Madrague pour 24 millions anciens
Enfant déjà, elle passait ses vacances en famille avec sa sœur Mijanou dans le petit village de pêcheurs jadis fréquenté par Colette. C'est d'ailleurs non loin de sa Treille Muscate, aux Canoubiers, qu'en 1958, entre deux prises d'un tournage de Vadim en Espagne, elle acheta pour 24 millions d'anciens francs, meubles compris, son « paradis tropical », La Madrague, bordé de cannisses, cactus, mimosas, figuiers. En son sein, une maison enfouie sous un bougainvillier violet, « avec la mer presque dans le salon », raconte-t-elle. Mais très vite, Brigitte déchantera. Alors qu'elle compte passer l'été dans son nouveau domaine, les incidents s'accumulent. Chauffe-eau en panne, pompe à eau grillée, électricité qui fait des étincelles, toilettes qui débordent... La maison trop longtemps inhabitée nécessite une sérieuse remise en état tout comme ses canalisations... Et le jardin se transforme en « Verdun aux pires moments de la guerre 14-18 », ironise-t-elle dans ses mémoires.
La tournée des cafés
Même si Brigitte par la suite menacera à plusieurs reprises de quitter un Saint- Tropez envahi de touristes et dans lequel elle ne se reconnaît, vendre La Madrague, voire il y a encore quelques années s'exiler en Russie, jamais elle ne mettra ses menaces à exécution. S'accommodant finalement des « petites imperfections » du village qu'elle a propulsé vers une notoriété mondiale. A chaque fois qu'elle évoque ses sorties enjouées à l'Esquinade de Roger et François, les apéros sur le port à l'Escale de Félix et Hélène Giraud, la bouillabaisse de Chez Camille, le petit déjeuner au Gorille au lever du jour, les tablées à la Pagnol chez Georges et Yvette Bain au Café des Arts..., ses yeux scintillent, louant ce temps de l'insouciance. Ou tout était si simple. Si authentique. Comme un paradis perdu où les idylles se nouaient puis se dénouaient au rythme des vagues passionnelles qui l'animaient.