filmographie
« Le Mépris » Méprises multiples
Godard met en scène le mythique couple Bardot-Piccoli à Capri, liant déclin du couple et déclin du cinéma. Un chef-d'œuvre à (re)voir mardi 29 juillet à 21.00 sur France 5.
« Tu les trouves jolies mes fesses ? [...] Et mes seins. Tu les aimes ? » Réplique culte pour film culte. Difficile, cependant, à l'heure de #MeeToo et de la prise de conscience de l'influence du « male gaze » au cinéma (pour « regard masculin », d'après le concept théorisé par la féministe américaine Laura Mulvey), de voir aujourd'hui cette scène sans y lire la chronique d'un certain machisme ordinaire.
Rappel des faits. Nous sommes en 1963, en plein choc des cultures : Brigitte Bardot, icône populaire absolue depuis le succès d’Et Dieu... créa la femme (Roger Vadim, 1956), donne la réplique à un acteur de théâtre à peine connu, Michel Piccoli, sous la direction du très cérébral chef de fil de la Nouvelle Vague, Jean-Luc Godard. Ce dernier, après les succès en demi-teinte des films qui ont suivi À bout de souffle (Les Carabiniers, Vivre sa vie), réalise là une œuvre à gros budget, coproduction franco-italo-américaine en CinemaScope adaptée d'un roman à succès d'Alberto Moravia dans les décors paradisiaques de la villa Malaparte de Capri.
C'est dans ce contexte que le producteur américain Joseph E. Levine, soucieux de mettre en avant les atouts (les atours ?) de la sex-symbol BB, exige, après pourtant la fin officielle du tournage, que soit ajoutée une scène de nu. Et voici donc comment, pour l'éternité, Brigitte Bardot, allongée nue sur son lit, nomme lascivement chaque partie de son corps comme si elle le/se vendait à la découpe. Femme objet offerte au désir masculin : chronique du machisme ordinaire, donc.
Mais aussi dénonciation même de ce sexisme d'atmosphère, tant la scène prend également à rebours tous les clichés érotisants de l'époque. Au fond, Brigitte Bardot n'est-elle pas précisément en train de réduire en morceaux le désir qu'elle est censée inspirer et auquel tous les personnages du film – et jusqu'au producteur – ne cessent de vouloir la réduire ?
Tout, dans ce film gigogne sur le couple, le cinéma, la création, apparaît ainsi à double tranchant. Tout, dans Le Mépris, est méprise.
Le cinéma, disait André Bazin, substitue à nos regards un monde qui s’accorde à nos désirs. Le Mépris est l’histoire de ce monde.
Ouverture du « Mépris »
Fidèle au livre homonyme d'Alberto Moravia, Le Mépris suit l’inexorable effondrement du couple que forme le personnage de Brigitte Bardot et celui de Michel Piccoli, auteur de théâtre en mal de reconnaissance engagé à Cinecittà pour une adaptation à gros budget de l'Odyssée (déjà une forme de mise en abyme, Piccoli pouvant être vu comme un alter ego de Godard lui-même, qui se peint en raté magnifique, se pliant aux exigences de ses producteurs, acceptant toutes les compromissions).
Au détour d'un événement en apparence anodin (pour lui), se cristallise (pour elle) le dégoût qu'il va finir par lui inspirer : il la pousse à monter à bord de la voiture de son riche et concupiscent producteur (incarné par l'acteur de western américain Jack Palance, tout en mâchoire carrée et virilité assumée). Ne l'a-t-il pas abandonnée aux bras d'un autre homme ? Ne l'a-t-il pas exhibée, offerte, comme un trophée ? Ou a-t-il simplement voulu optimiser le trajet retour ? Malentendu. Méprise, donc. Et mépris. La vengeance froide, humiliante, désespérée, de sa femme sera aussi cruelle qu'implacable.
Autopsie des rapports hommes-femmes, anatomie de la lâcheté masculine, le film alterne scènes du tournage de l'Odyssée et crises conjugales, liant, dans un même mouvement mélancolique que sublime la musique de Georges Delerue, déclin du couple et déclin du cinéma – attention spoiler : à la fin du film, Godard se débarrasse tout à la fois du riche producteur et de la star populaire dans un accident de voiture tout en symbole.
La plus grande méprise autour du Mépris sera certainement la réaction du public, qui boudera ostensiblement le film en salles. Depuis, le temps a fait son office : le film, d'un classicisme capiteux, est, à juste titre, considéré comme un des plus grands chefs-d'œuvre du septième art.
Le Mépris

Michel Piccoli et Brigitte Bardot - « Le Mépris »
Paul Javal, scénariste, et sa jeune femme semblent former un couple uni. Un incident apparemment anodin avec un producteur va conduire la jeune femme à mépriser profondément son mari...
Film (99 min – 1963) – Réalisation Jean-Luc Godard – Scénario Jean-Luc Godard, d'après Le Mépris d'Alberto Moravia – Production Compagnia Cinematografica, Champion, Les Films Concordia, Rome Paris Films – Musique Georges Delerue – Photographie Raoul Coutard
Avec Brigitte Bardot, Michel Piccoli, Jack Palance, Fritz Lang, Giorgia Moll, Jean-Luc Godard...
Le Mépris, diffusé mardi 29 juillet à 21.00 sur France 5, est à (re)voir pendant sept jours sur france.tv
Dans l’œil des archives : quand Brigitte Bardot était en tournage à Sarlat
DANS LES ARCHIVES - LES SÉRIES D’ÉTÉ (2/37) En 1973, Brigitte Bardot était dans la capitale du Périgord noir pour le tournage de « L’Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise ». Ce sera son dernier film
Du 3 mai au 2 juillet 1973, Brigitte Bardot était en tournage à Sarlat pour le dernier de ses 48 films : « L’Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise », de Nina Companeez.
Planqués aux endroits stratégiques, les photographes locaux, convertis en paparazzi, pistaient la star, prêts à tout pour arracher quelques clichés. Charles Fuminier sera chanceux, placé sous le mâchicoulis du château de Fénelon, il surprend BB, au côté d’un beau troubadour à cithare. L’image deviendra une pièce maîtresse de sa collection de photos de plateau.
Brigitte Bardot a décidé de mettre fin à sa carrière durant le tournage pour se consacrer à la défense de la cause animale. Entre deux prises, l’actrice aimait caresser une chevrette. Quand elle a appris qu’elle allait finir en méchoui, elle a décidé de l’acheter, elle est arrivée le lendemain dans une voiture décapotable et elle est repartie avec l’animal baptisé « Colinette » en hommage à son dernier film.
«Viva Maria», Bardot et Moreau en vedette au Mexique sur TV5Monde+
https://www.tv5mondeplus.com/fr/cinema/comedie/viva-maria
Ce film de Louis Malle entièrement tourné entre Tepoztlan et Guanajuato en 1965 réunit les deux stars de l’époque, Brigitte Bardot et Jeanne Moreau. En accès libre sur la plate-forme.
L’intérêt des cinéastes français pour le Mexique ne date pas d’»Emilia Perez». Il y a 60 ans, Louis Malle réalisait sa première production à gros budget dans le Morelos et le Guanajuato. Un film d’action, avec Jeanne Moreau et Brigitte Bardot dans les deux rôles principaux. Et quels rôles. Fille d’un anarchiste irlandais, poseuse de bombes dès l’enfance avec son père, Maria (Brigitte Bardot) fuit les forces britanniques au San Miguel, pays imaginaire d’Amérique latine. Là, elle intègre la troupe d’un cirque ambulant, avec une meneuse de revue qui s’appelle Maria également (Jeanne Moreau). Les soubresauts de l’histoire rattrapent les deux femmes qui prennent la tête d’une révolution paysanne contre les grands propriétaires terriens et le clergé (toute ressemblance avec la Révolution mexicaine n’est pas forcément fortuite…).
Filmées en extérieur, l’intensité des scènes de fusillades est renforcée par la beauté de la cordillère de Tepoztlan, des églises baroques et des édifices coloniaux. Avant même sa sortie en salle, le tournage a été un événement. Des journalistes français ont fait le voyage du Mexique pour traquer le moindre signe de rivalité entre Bardot et Moreau. Les deux actrices s’en défendent dans un reportage de «Cinq colonnes à la Une». Dans ce «making off» avant la l’heure, Louis Malle salue la qualité des techniciens et des acteurs mexicains…Rien d’étonnant, puisque le Mexique vivait depuis 1940 «l’âge d’or» de son cinéma national, avec les studios de Churrubusco.
Le film est en streaming gratuit sur la plate-forme de TV5 Monde+ qui propose une sorte de rétrospective Bardot avec huit films.
La Baule Inside "Brigitte Bardot" : Pour le commander
Plongez dans le 3e numéro de La Baule Inside, un concentré exceptionnel de 84 pages (contre 68 auparavant) dédié à celles et ceux qui font battre le cœur de la presqu’île ! Dans cette édition enrichie, découvrez l’univers Bardot comme jamais, avec des photos exclusives, des rencontres inédites et l’intervention des intimes de la star, une interview du skipper Benjamin Dutreux (dernier Vendée Globe), un retour en images sur le festival Les Voiles de l’Humour avec Jeanfi Janssens et Kevin Levy. Côté nouveautés, cap sur les lieux qui créent l’événement : le Ciro’s repensé, l’esprit estival du Bikini, et bien d’autres pépites à découvrir. Sans oublier la mise en lumière du studio photo Lacy Studio à Pornichet, avec Lola Winter en couverture, ainsi qu’un dossier spécial quartier Lajarrige, avec quatre commerçants emblématiques à l’honneur. De nombreux reportages et interviews exclusives complètent ce numéro collector, en vente dès maintenant et chez vous avant tout le monde, avec une livraison à domicile prévue aux alentours du 6 juin.
Le Métier de comédien, plein soleil sur Maurice Ronet
« Oh là là ! » C’est sur ces mots que Maurice Ronet (1927-1983) accueille le mari de sa maîtresse dans La Femme infidèle de Chabrol. La tentation n’est pas mince de reprendre l’exclamation pour saluer la réédition en un seul volume de deux livres introuvables sur l’acteur, des entretiens avec le journaliste Hervé Le Boterf (1977) et un hommage signé Jean-Pierre Montal, romancier doué, aux formules à la hussarde (2013).
Ronet est un cas à part. Dans le cinéma français, il détonne. À l’écran, Delon passait son temps à l’occire. Dans Le Feu follet, son rôle phare (tweed et whisky), pour lequel il avait perdu 10 kilos, il se chargeait lui-même de la tâche. Trop jeune pour avoir combattu pendant la Seconde Guerre, il endossait souvent l’uniforme dans ses films. Dans sa bibliothèque s’alignaient Poe, Céline, Schopenhauer. Il avait écrit un essai sur Kierkegaard, voulu être peintre.
On le croisa en fils à papa richissime dans Plein soleil, roulant en Maserati dans La Piscine, en débauché…
11ÈME FESTIVAL DU CINÉMA ET DE MUSIQUE DE FILM DE LA BAULE DU 25 AU 29 JUIN 2025 : GAGNEZ VOS PLACES !
La onzième édition du Festival du Cinéma et de Musique de Film de La Baule aura lieu du 25 au 29 juin 2025
Participez à notre tirage au sort ! on vous offre 5x2 pass pour le concert de lambert Wilson et 5x2 pass pour le festival !
Pour cette nouvelle édition du Festival de Cinéma et de Musique de Film de La Baule, les organisateurs ont opté pour une affiche qui symbolise le lien entre le cinéma et la musique de film et la transmission entre les générations.
L'artiste Lambert Wilson sera l'invité d'honneur de cette édition 2025. À l’occasion des 130 ans de la naissance du cinéma, le Festival de La Baule a souhaité célébrer cette date anniversaire en proposant un concert en clôture autour des plus belles chansons du cinéma français : Lambert Wilson Chante.
Avec élégance et intensité, Lambert Wilson nous invitera à revivre le cinéma en musique, à travers ce récital totalement inédit en guise de voyage dans l’histoire du cinéma.
Brigitte Bardot sera mise à l'honneur avec l'exposition " Brigitte Bardot, une femme libre" à l'occasion de son 90e anniversaire.
Brigitte Bardot, icône éternelle, sera mise à l’honneur cette année au Festival de La Baule avec cette exposition exceptionnelle, Brigitte Bardot, une femme libre, à l’occasion de son 90e anniversaire.
Photographies rares, objets emblématiques, affiches mythiques et trésors intimes, issus de la collection personnelle de Bruno Ricard, raconteront la légende d’une femme libre, d’une star planétaire et d’un visage devenu symbole de la France, à la fois mannequin, actrice, chanteuse, militante des droits des animaux et écrivaine.
Des plateaux de cinéma aux plages de Saint-Tropez, cette exposition retracera le parcours et la vie hors du commun d’une star absolue dont la vie a été faite de passions.
À La Baule, station balnéaire elle aussi empreinte de lumière et de charme, cette rétrospective aura comme un parfum d’évidence.
Un hommage vibrant à une muse indomptable, à l’aube de l’été, comme un souffle de liberté.
@Jacques Héripret
Festival de Cannes : un documentaire consacré à Brigitte Bardot projeté gratuitement sur la Croisette
Le film, diffusé au Cinéma de la Plage, retrace la vie et la carrière de l'icône française. Intitulé "Bardot", il sortira au cinéma le 17 septembre prochain.
Événement ce lundi 19 mai au Festival de Cannes. Le cinéma de la plage projette en plein air un documentaire consacré à Brigitte Bardot. Sobrement intitulé Bardot, le film est réalisé par Alain Berliner et Nicolas Bary et retrace la vie, et la carrière de "BB", de son enfance à aujourd'hui en passant par les débuts et la vague mondiale du phénomène.
Ses adieux au cinéma en 1973, son engagement pour la cause animale et sa passion pour la chanson sont également racontés. Le portrait d'une femme libre, dans son attitude comme dans ses propos. Le documentaire n'élude aucune question, y compris les déclarations parfois extrêmes de Brigitte Bardot.
Le tout est agrémenté d'images souvent rares et de témoignages très riches, dont celui du militant écologiste Paul Watson qui était sur la Croisette ce lundi, et qui devrait être présent à la projection. De leur côté, les Cannois sont ravis de cette projection : "Bardot, c'est l'icône française des années 1970", rappelle un passant, tandis qu'un autre abonde : "C'était la star à l'époque. Je l'adore."
Les festivaliers se souviennent aussi d'elle "pour sa beauté" et son audace : "C'était une belle fille qui a osé se déshabiller sur le festival de Cannes et qui a toujours été magnifique." Le documentaire Bardot sera donc projeté gratuitement, lundi soir, à Cannes au cinéma de la Plage, avant de sortir au cinéma le 17 septembre prochain.
Brigitte Bardot : Documentaire inédit sélection officielle du festival de Cannes 2025 !
Documentaire totalement inédit auquel j'ai participé ainsi que Brigitte Bardot elle même interviewée chez elle à Saint-Tropez également Bernard d'Ormale son mari et, d'autres intervenants comme Claude Lelouch, Paul Watson, Naomi Campbell... ce documentaire est sélectionné au festival de Cannes 2025 !
Bruno Ricard
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