Les services vétérinaires pointés du doigt
À l'instar des images divulguées dans les abattoirs du Vigan et d'Alès, on voit dans cette dernière vidéo des animaux reprendre conscience et se débattre violemment alors qu'ils sont suspendus par les pieds pour la saignée. Des employés commencent également la découpe sur les pattes et la tête des bêtes alors qu'elles sont encore vivantes. D'autres frappent les animaux ou les assomment à l'aide de crochets. Un agneau est même écartelé vivant , pris entre deux crochets en l'absence de l'opérateur. Des scènes de barbarie qui ont poussé L214 à porter plainte, ce mardi, devant le procureur de la République de Pau pour des faits de maltraitance, de sévices graves et d'actes de cruauté. Un référé expertise va également être déposé devant le tribunal administratif de Pau pour engager la responsabilité des services vétérinaires, que l'association juge également coupables de manquements. «Aucune surveillance par le service d'inspection vétérinaire n'apparaît sur les images de Mauléon-Licharre, alors que la réglementation impose un contrôle continu de l'abattage par les 1200 agents de la direction générale de l'alimentation», déplore la porte-parole.
«J'ai essayé d'améliorer les conditions d'abattage depuis des années, et là, on tourne le dos, et des employés frappent les bêtes»
L'abattoir de Mauléon-Licharre est pourtant une entreprise de taille moyenne. Il comprend trente-trois employés et se définit comme «tourné vers l'abattage de qualité». Chaque année, environ 3000 tonnes de viande y sont abattues. Les viandes qui y sont débitées, et qui proviennent pour 40% de la vallée de Soule, sont pour partie certifiées Label rouge et classées sous le régime européen des indications géographiques protégées (IGP). Parmi ses quelque 460 clients, on trouve des grands restaurants parisiens et des chefs étoilés comme Alain Ducasse. Interrogé par Le Monde, le directeur de l'abattoir, Gérard Clémente, se dit «effondré» après le visionnage de la vidéo. À la tête de cet établissement depuis quarante ans, il nie être au courant de ces pratiques: «Je suis très souvent dans mon abattoir, j'ai essayé d'améliorer les conditions d'abattage depuis des années, et là, on tourne le dos, et des employés frappent les bêtes. On est cuits». L'homme assure qu'il va limoger les salariés incriminés et dénonce le rythme soutenu de mise à mort des bêtes. «Il faut tuer 15.000 agneaux en quinze jours pour Pâques. Si on travaillait plus sereinement, ils ne commettraient pas ce type d'action».
«Je n'en ai jamais constaté un seul qui respecte les règles»
Pour Brigitte Gothière aussi, la question des cadences de travail se pose. «Notre système de consommation implique de tuer les bêtes à la chaîne, et cela se traduit par des abus», souligne-t-elle. Une nouvelle pétition a été lancée par L214 pour demander au premier ministre une «transparence effective des abattoirs par la mise en place d'outils qui permettent aux ONG et aux citoyens d'exercer un droit de regard». «Il s'agit ici de permettre aux citoyens de savoir ce qu'ils ont dans l'assiette et de s'insurger contre la maltraitance animale», poursuit la porte-parole de l'association. Et cette dernière d'annoncer de nouvelles vidéos: «Les gens parlent de plus en plus. Nous recevons beaucoup de signalements, et on se demande aujourd'hui si un seul abattoir respecte réellement les règles en France. Depuis la création de l'association, je n'en ai jamais constaté un seul».
Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a réaffirmé mardi «son indignation face à des pratiques intolérables», réclamant la suspension immédiate de l'activité de l'abattoir. Ainsi, il a demandé à tous les préfets de réaliser «dans un délai d'un mois des inspections spécifiques sur la protection animale dans l'ensemble des abattoirs de boucherie du territoire français». Il appelle ainsi «la suspension sans délai de l'agrément de ces établissements ainsi que l'établissement d'un procès-verbal» en cas de défaut constaté lors des inspections.
Le 22 mars, une commission d'enquête parlementaire sur les conditions d'abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français avait déjà été créée par l'Assemblée nationale. Composée de trente députés, elle devra rendre un rapport dans les six mois.