Interview RTL du 28 09 2009 : Exposition Brigitte Bardot...
Bruno Ricard
Brigitte Bardot, tout ou presque sur celle que Dieu créa, photographie, cinéma, fondation, action de protection animale, exposition, combat, etc.
Quand l’émission avec Brigitte Bardot a été diffusée, une avalanche de messages est arrivée sur le moniteur du studio. Un record ! BB est une immense star et les auditeurs l’ont retrouvée telle
qu’ils l’aiment : franche, généreuse, spontanée. Ils n’imaginaient sans doute pas qu’elle parlerait de musique avec autant de passion et de profondeur dans les sentiments.
Les stars ne meurent jamais et le mythe BB a encore de beaux jours devant lui.
La première fois que j’ai été en contact avec elle, c’était quand j’ai invité Nina Companeez dans Musique de Stars un vendredi matin. Je ne savais pas que notre Brigitte nationale était une
fidèle de l’émission. Elle a appelé le standard de la radio pour transmettre ses amitiés à celle qui avait réalisé le tout dernier film de sa carrière. J’ai été tourneboulé par ce message et
j’ai écrit le jour même une lettre à Brigitte Bardot en l’invitant à l’émission. Je lui ai proposé de venir à La Madrague et de la diffuser le 29 décembre (qui était encore libre) et qui
tombait, ajoutai-je dans ma lettre le jour de mon anniversaire. BB n’a pas répondu à mon invitation, mais le 29 décembre, j’ai reçu une lettre adorable dans laquelle elle me souhaitait un “bon
anniversaire” et où elle me parlait musique avec intelligence, chaleur et gaîté.
Je lui ai écrit chaque année en inscrivant juste sur l’enveloppe : Brigitte Bardot - Saint-Tropez. Je savais qu’elle les recevait. Quand Tristan Duval est venu à l’émission l’année dernière
pour parler d’Opéra en Plein Air, j’ai appris qu’il comptait organiser une grande exposition BB à Boulogne Billancourt (sic) pour ses 75 ans. Je lui ai dit que rien ne me ferait davantage
plaisir que de la recevoir. Il m’a promis de tout faire et il a tenu parole. Quelques jours avant, il m’a dit que Brigitte était d’accord, mais qu’elle était fatiguée. Me serait-il possible de
faire l’émission par téléphone ? J’ai accepté. Elle va t’appeler, m’a-t-il indiqué. J’étais à Pékin et j’avais peur de rater l’appel à cause du décalage horaire. Dimanche dernier, de retour à
Paris, je travaillais à mon ordinateur quand mon téléphone a sonné : “Vous êtes bien assis ? C’est Brigitte !” Je lui ai proposé de venir la voir à sa fondation (elle était à Paris pour trois
jours) et elle a accepté de me recevoir. La veille, le rendez-vous a été décalé. J’ai eu très peur que son état de santé ne provoque l’annulation de l’émission. Par superstition, je n’ai pas
voulu qu’on diffuse des annonces à l’antenne tant que je ne l’avais pas rencontrée. La rencontre tant attendue a eu lieu dans la salle de réunion de sa fondation, mercredi à 13 h, la veille du
jour de sa diffusion. Le temps d’installer mon matériel et de vérifier cinquante fois que le micro était en état de marche, elle est entrée dans la salle avec ses béquilles avec du soleil dans
les yeux et un sourire adorable. On s’est embrassés comme si nous étions de vieux amis. Son secrétaire, Franck, lui a apporté un cendrier et une verre de champagne. “On a besoin d’un remontant
!” J’en ai accepté un auquel j’ai à peine touché et nous avons commencé l’entretien. Elle était parfaite. Nous nous sommes embrassés à nouveau et je suis reparti ventre à terre à la radio pour
vérifier qu’aucun problème technique n’avait perturbé l’enregistrement. Nous avons travaillé tout l’après-midi avec Yann pour rendre la conversation plus fluide (il a fait des miracles, comme
d’habitude), puis Lucile, avec ses doigts de fée, s’est chargée du rajout des musiques. De la belle ouvrage ! Le jeudi soir, j’ai voulu écouter l’émission chez moi et, au risque de paraître
bêbête, j’ai eu à un moment les larmes aux yeux.
J’espère que les auditeurs ont partagé ce moment d’exception avec nous.
Mon “histoire d’amour” avec Brigitte Bardot s’est terminée là, comme elle l’a dit elle-même, établissant un parallèle audacieux avec son histoire avec Serge Gainsbourg. Oui, Brigitte, mais,
dieu merci, les histoires d’amour ne se terminent jamais vraiment et pour ma part je n’oublierai jamais ce merveilleux moment passée avec celle qui pour moi incarne les valeurs de la France
éternelle. Celle du général de Gaulle, celle de Jeanne d’Arc, mais aussi d’Arletty, de Sarah Bernhardt, de Michel Simon, d’Edith Piaf, une France debout et généreuse, ouverte sur le monde et
sur les autres. C’est ce que l’on dira probablement dans vingt ans, dans cinquante ans, alors pourquoi ne pas commencer à le dire aujourd’hui.

Dans un entretien exclusif accordé à TV Magazine, Brigitte Bardot, à fleur de peau, nous livre les clefs d'un livre pour lequel elle a accepté d'ouvrir ses archives personnelles. La face cachée d'un mythe qui a fêté son soixante-quinzième anniversaire le 28 septembre.
Ce livre est un portrait signé par un autre. Permet-il d'aller plus loin dans la découverte de Brigitte Bardot ?
Effectivement, dans ce livre d'Emmanuel Bonini, il y a une part de ma vie privée profonde qui est dévoilée, car je n'aime pas parler de moi et des choses qui me sont secrètes. Et je pense que
l'on ne doit pas se mettre en avant avec les combats que l'on mène.
On a l'impression que vous vous êtes engagée dans la défense des animaux pour retrouver une forme de vérité qui avait disparu
durant votre existence de star...
Oui, j'avais besoin de quelque chose de plus authentique, de plus profond et de plus vrai. Le monde du cinéma, avec sa superficialité, ne me l'apportait pas, car tout est faux : les sentiments,
les décors, les histoires... En fin de compte, tout cela ne me plaisait pas trop et ne correspondait pas à ce que j'aurais aimé ressentir ou faire ressentir aux autres.
Quand vous en êtes-vous rendu compte ?
Durant le tournage de mon dernier film, L'Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise (1973), où je me suis trouvée grotesque. Sur le plateau, j'ai racheté une petite chèvre
qui était promise à un méchoui et j'ai abandonné le cinéma. C'était le même jour.
Michel Serrault, cité dans le livre, vous avait rendu un très bel hommage en affirmant que vous étiez une grande
comédienne...
Il était gentil, mais je ne pense pas avoir été une grande comédienne. Simplement, je ressentais profondément les émotions jusqu'au bout, tout ce qui se passait autour de moi, le meilleur comme
le pire. Pour cette raison, après le film La Vérité,d'Henri-Georges Clouzot, j'avais tenté de me suicider comme l'héroïne que j'avais incarnée, en m'ouvrant les veines et en absorbant des
médicaments. Miraculée, je suis restée très longtemps dans une clinique à Nice. Je m'étais investie dans ce personnage comme je le faisais d'ailleurs dans tous mes rôles. Ainsi, il m'arrivait
aussi de tomber vraiment amoureuse de mes partenaires.
Le livre suggère que la gloire a tué quelque chose en vous. Quoi au juste ?
« La gloire est le deuil éclatant du bonheur », a écrit Mme de Staël. Cette phrase est à la fois terrible et sublime, parce qu'elle est vraie.
Pourtant, vous avez dit que tout ce que vous avez réussi pour les animaux, vous le deviez précisément à cette gloire...
Absolument. Cette célébrité exceptionnelle, formidable ne m'a pas comblée, mais elle fut un marchepied très important pour la suite de ma vie. Et, même en étant Brigitte Bardot, j'ai un mal de
chien à me faire entendre ou à faire évoluer les choses.
Pourquoi n'avez-vous pas été comblée ?
Je n'ai pas vraiment connu le bonheur. C'était la gloire. Remarquez, je ne l'ai toujours pas trouvé ce bonheur, et c'est très difficile avec ce que je fais. Mais, au moins, j'ai le sentiment
que ma vie sert à quelque chose. J'ai l'impression de ne pas être inutile et de jouer un rôle dans l'évolution des mentalités sur des sujets qui ne bougent pas depuis des siècles, car l'animal
est toujours considéré comme un objet de rentabilité. C'est mon combat.

Photo : © Gérard Schachmes
Combien de combats avez-vous remporté ?
Aucun. Excepté les phoques puisque cette année, après trente-trois ans, l'Union européenne interdit enfin l'importation des produits dérivés sur le territoire européen. Et ça, franchement, on
me le doit.
Donc, une seule victoire pour combien de luttes ?
Quand on aime, on ne compte pas.
N'avez-vous jamais été découragée ?
Je ne peux pas. Il est impossible de laisser tomber une priorité pour laquelle on s'est investi totalement. Viande de cheval, fourrure, chasse à courre, massacre des moutons de l'Aïd
El-Kébir... Il existe une loi en France qui impose l'étourdissement de tous les animaux avant la saignée. Il n'y a pas de raison pour que cette loi ne soit pas appliquée dans notre pays au nom
d'une religion. Je l'ai rappelé au président Sarkozy, qui me l'avait promis deux fois.
Je mène une guerre contre la déshumanisation de l'humanité. Par exemple, Borloo, ministre de l'Écologie, vient de donner l'ordre de tuer 550 000 cervidés en France sur deux ou trois ans.
Pourquoi un tel massacre ? Nous sommes loin de Bambi...
Mais que proposez-vous contre les problèmes de surpopulation ?
Ce choix est scandaleux. Il existe aussi un surnombre de personnes qui détruisent et polluent notre planète, mais, heureusement, nous les laissons vivre et nous les protégeons. Pourquoi ne pas
protéger de la même manière ces animaux que nous pourrions délocaliser ?
Concernant la perception de votre image par le public, y a-t-il un malentendu Brigitte Bardot ? Qui êtes-vous en réalité
?
Je suis directe, j'ai le courage d'être moi-même, et je n'ai pas peur de dire ce que je pense dans tous les domaines : les gens, la société, le monde actuel... J'ai cette force et je m'en sers.
J'ai été condamnée cinq ou six fois pour des propos racistes qui ne l'étaient pas, simplement parce que je dénonçais une façon d'abattre les animaux. Cela m'a coûté environ 200 000 E. J'avais
commencé ce combat toute jeune en 1962, dans Cinq colonnes à la une.
Et toujours sans résultat...
Aucun.
Alors, à qui la faute ?
Aux pouvoirs publics, qui sont incapables de faire changer les choses.
En choisissant cette vie, vous avez aussi choisi la difficulté, les critiques, les insultes parfois... Comment faites-vous pour
résister ?
C'est difficile. Je ne suis pas inconsciente. Au contraire, je suis très lucide, mais il m'arrive de craquer. Avant notre conversation, j'étais en larmes, car je pensais au massacre des moutons
pour l'Aïd du 27 novembre prochain. Cette souffrance est-elle nécessaire ?
Avec le temps, avez-vous l'impression de vous être endurcie ?
Non, au contraire, je suis de plus en plus vulnérable et sensible. Je suis souvent lasse, meurtrie, mais ma volonté de me battre et de vaincre est toujours plus forte.
La livre raconte aussi votre présence auprès d'adolescents atteints de maladies incurables. Vous n'en aviez pas
parlé...
C'était une histoire très personnelle. Deux jeunes filles placées dans des établissements spécialisés avaient formulé chacune un rêve. L'une souhaitait rencontrer Brigitte Bardot. Elle était
sous oxygène, je l'ai reçue à la Fondation, nous avons déjeuné ensemble, je l'ai invitée au Noël des animaux où elle a rencontré Alain Delon, Michel Drucker, Patrick Sébastien... Elle était merveilleuse et heureuse. C'est cela le vrai bonheur.
La seconde, je ne l'ai jamais rencontrée, mais nous avons échangé de nombreuses lettres et des cadeaux. Elle avait souhaité que ses cendres soient répandues au milieu de celles de mes chiens à
la Madrague. Nous l'avons fait avec le prêtre catholique de Saint-Tropez. Aujourd'hui, ses cendres y sont, avec sa photo.
Pour les causes que vous défendez, avez-vous l'impression que la télévision, très présente dans la vie des gens, agit suffisamment
?
Non. En revanche, pour les conneries, cela avance à vitesse grand V. Je n'en ai jamais vu autant. C'est effrayant.
Que regardez-vous ?
Surtout les films américains des chaînes thématiques sur TPS, quelques émissions d'Arte le soir et, le samedi, l'émission On n'est pas couché, pour la présence de Zemmour et Naulleau. Je les adore ces
deux-là.

Photo : © Gérard Schachmes
Les avez-vous rencontrés ?
Avant les vacances, ne sachant pas encore si Delon allait accepter, j'avais appelé Éric Zemmour pour lui demander de participer à Qui veut gagner des millions ? pour ma fondation. J'y suis
allée au culot. Il a été très sympa.
Marc-Olivier
Fogiel, dont le livre parle aussi, ne fait plus de télé pour l'instant. L'écoutez-vous sur Europe 1 ?
Vous êtes malade ? Je n'écoute qu'une seule radio : Radio classique. J'ai tourné la page Fogiel. Il n'est plus à la télé et il n'a que ce qu'il mérite. Durant
cette émission, qui s'était mal finie, les gens m'avaient soutenue à 300 %. Fogiel avait été d'une hypocrisie et d'une malhonnêteté redoutables. Heureusement, j'ai eu un peu plus tard des
émissions très jolies avec Michel Drucker et Mireille Dumas. Pour moi, Fogiel fait partie des gens morts et
enterrés.
Une réconciliation est-elle possible ?
Non. Il y en a quelques-uns comme ça qui m'ont fait des saloperies. Je n'y pense plus.
Quelle est l'urgence aujourd'hui ?
Dans la désespérance et la souffrance, il n'y a pas de priorité. Je ne baisserai jamais les bras ni ma culotte, à l'instar de certains politiques.
Finalement, la vie n'est pas facile...
Non, pas facile. Il faut s'investir. Je l'ai fait totalement. J'ai tout donné à ma fondation : mes maisons, mon pognon, mes affaires les plus précieuses, la Madrague...
Votre vie de mère aussi ?
Là, on n'en parle pas. C'est un sujet complètement interdit. Par respect pour Nicolas.
A quelques jours de l’inauguration de l’exposition consacrée à Brigitte Bardot, retour sur le style du mythe le plus glamour du cinéma français. Tissu imprimé vichy, ballerines, justaucorps, marinière, cuissardes ou béret, les vêtements et accessoires iconiques de la star se retrouvent plus que jamais dans les collections hivernales. Coiffeurs et maquilleurs ont même remis à la mode son regard charbonneux, son goût de l’eye-liner et sa coiffure au volume gonflé.
« Les années insouciance », du 29 septembre 2009 au 31 janvier 2010, espace Landowski, MA 30, 8, avenue André-Morizet, Boulogne-Billancourt.