Il était riche beau sportif et même un collectionneur doté d'un flair exceptionnel. Sotheby's vend à Londres une partie des oeuvres d'art de Gunther
Sachs.
Gunther Sachs (Andy Warhol)
Brigitte Bardot (Andy Warhol)
Brigitte Bardot (Andy Warhol)
Cette histoire ressemble à une chanson de Brigitte Bardot. Elle incarne un glamour très années 60. Et pour
cause. Son héros a épousé en troisième noce BB. Il s'appelait Gunther Sachs était riche, beau, sportif et ...collectionneur talentueux. La maison Sotheby's vend à Londres les 22
et 23 mai prochains une partie de sa collection estimée 24 millions d'euros.
Cet épicurien dont les dernières années, après la pratique de la photographie furent consacrées à l'astrologie
s'est suicidé l'an dernier à 78 ans alors qu'il se savait atteint de la maladie d'Alzheimer. Gunther Sachs est l'homme qui a interdit à Brigitte Bardot de chanter la très suggestive chanson « Je
t'aime moi non plus ». Ils venaient de se marier. C'était en 1966 et cette liaison durera quatre ans.
Sachs né en 1932 était l'héritier par son père de Fichtel & Sachs géant de l'équipement automobile et par sa mère
née Von Opel du fabricant de voitures. Il mène grand train. Il aime la vitesse -il pratique le bobsleigh à haut niveau -mais fréquente aussi une certaine bohême intellectuelle. Car derrière ce
portrait de play-boy charismatique se cache celui d'un amateur d'art capable de déceler le talent qui va s'inscrire dans l'histoire de l'art. Cette partie là de son histoire commence à la mort de
son père lorsqu'il vient habiter à Paris, avenue Foch. Il a 26 ans et pour décorer son appartement acquiert des Picasso ainsi que des tableaux surréalistes signés Victor Brauner et Max
Ernst.
Une toile de Victor Brauner (1903-1966) datée de 1939 et représentant un de ses étranges personnages féminins à l'allure
fantomatique et aux grands yeux est justement proposée à la vente avec une estimation de 110.000 euros. Jusque là ses choix ne sont pas très risqués...
Avec les « Nouveaux Réalistes »
Mais au cours d'une de ses sorties il rencontre le sculpteur César avec lequel il va devenir ami instantanément comme il
le racontera dans sa biographie. Le marchand André Schoeller l'amène chez Yves Klein, rue Campagne-Première. La suite c'est la rencontre de tout le cercle des Nouveaux Réalistes. Dans
l'exposition historique « Passions privées » organisée en 1995 par Suzanne Pagé au musée d'Art Moderne de la ville de Paris, consacrée aux collectionneurs installés en France, figurait Gunther
Sachs.
Il raconte dans le catalogue : « J'avais à l'époque, au début des années 60, de jeunes amis artistes appartenant au
milieu d'avant garde français que Pierre Restany devait appeler plus tard les Nouveaux Réalistes. Ces derniers comptaient dans leurs rangs César, Arman, Yves Klein, Farhi ou encore les Suisses
Tinguely et Spoerri. Je rencontrais régulièrement bon nombre d'entre eux à la Coupole et c'est ainsi qu'il m'arrivait d'acheter, de temps à autre, l'une de leurs dernières créations. Le
marchandage au cours du repas, faisait partie du plaisir. C'était la même chose au « Village » à New York, avec mes amis Warhol, Lichtenstein et Wesselman ». Sachs est le riche de la bande.
Cheyenne Westphale chargée de la vente chez Sotheby's raconte que c'est lui qui financera une cérémonie à la suite de la mort de Klein en 1962 . La vente du 22 mai contient justement une oeuvre
de Klein, ce qu'on appelle un « Feu » réalisé en 1961. A l'aide d'un énorme chalumeau sur un carton préparé à cet effet, Klein passait la flamme sur des formes auparavant tracées à l'eau. Ce «
Feu » là est estimée 365 000 euros.
De Warhol au street art
En 1972 le play-boy passionné d'art ouvre une galerie à Hambourg qu'il inaugure avec une exposition de 20 tableaux de
son ami Andy Warhol. L'opération commerciale est un fiasco. Sachs rachète la majorité des oeuvres.
C'est cette année là qu'il commande au pape du Pop son portrait devenu une icône de la séduction. Au total Warhol
exécutera huit portraits de Sachs. L'un d'eux est proposé aux enchères le 22 mai. Il est estimé 485.000 euros. Sachs commande aussi à Warhol le portrait de la femme de laquelle il est désormais
divorcé, Brigitte Bardot. Pour réaliser cette image devenue célèbre Warhol utilise en 1974 une photo de l'américain Richard Avedon. Sotheby's propose non seulement la photo d'Avedon estimée
48.500 euros mais aussi la toile de Warhol qui s'en inspire estimée, elle, à 3,6 millions d'euros.
En tout, pas moins de quatorze lots -peintures, lithographies, images - signés de Warhol et issus de la collection Sachs
sont proposés pendant les deux jours de ventes. Le collectionneur qui semblait être resté simple quant à son flair en matière d'art avait déclaré: « ayant fait estimer ma collection à la fin des
années quatre-vingt, je fus stupéfait de constater que la valeur de certaines de mes toiles avait été multipliée par mille en l'espace de trente ans. Je cessais alors de croire au sérieux des
prix pratiqués en matière d'oeuvre d'art, les relations entre l'argent et l'art me paressant tout à fait cycliques et irrationnelles ».
Dans les années 2000 le dernier amour artistique de Gunther Sachs sera pour le street art dont une sélection d'oeuvres
est aussi proposé aux enchères. Mais toute la collection de l'ancien play-boy n'est manifestement pas dispersée aux enchères. Le catalogue de l'exposition Passions privées, montrait, quelques
pièces très importantes comme une toile de Francis Bacon, une étude pour « Le Pape » de 1961 qui ne figure pas au catalogue de Sotheby's.
Vente les 22 et 23 mai à Londres ; www.sothebys.com .
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