< Les Requins >
Une attention toute particulière est portée cette année aux requins puisque pas moins de huit espèces sont proposées pour une inscription à l’Annexe II. Les Palaos et les États-Unis proposent
d’inscrire le requin-marteau halicorne (Sphyrna lewini), le grand requin-marteau (Sphyrna mokarran), le requin-marteau lisse (Sphyrna zygaena), le requin gris (Carcharhinus plumbeus), le
requin sombre (Carcharhinus obscurus) et le requin océanique (Carcharhinus longimanus). Les Palaos et la Suède, au nom des États membres de la Communauté européenne, proposent d’inscrire le
requin-taupe commun (Lamna nasus) et l’aiguillat commun (Squalus acanthias).
Ces espèces sont menacées pour différentes raisons dont une commune à toutes: la sur pêche motivée par la valeur marchande des ailerons. De nombreux requins sont toujours victimes de cette
pêche d’une rare cruauté qui consiste à couper les ailerons et rejeter à la mer le requin encore vivant qui, ne pouvant se diriger, coule et finit par se noyer.
Le Parlement européen s’est positionné en faveur de toutes ces propositions, la France devrait logiquement soutenir les deux propositions co-présentées par la Suède au nom de l’UE.
Les propositions d'inscrire plusieurs espèces de requins en annexe
2 ont échouées.
VOTE - 23 mars 2010 par notre délégation sur place
Cette journée, placée sous le signe du requin, débute avec la présentation, par les Palaos et les Etats-Unis, d’une première proposition visant à inscrire à l’Annexe II le
requin-marteau Halicorne (Sphyma lewini), le grand requin-marteau (Sphyma mokarran) et le requin-marteau lisse (Sphyma zygaena).
La proposition initiale comprenait également l’inscription du requin gris et du requin sombre à l’Annexe II mais ces deux espèces ont été retirées de la proposition pour recentrer le débat
sur trois espèces de requin-marteau dont les ailerons sont plus difficilement identifiables. La proposition indique que les espèces Sphyran spp. ont décliné de 76 % entre 1992 et 2005.
D’après un inventaire mené à Hong Kong en 2006, les espèces Sphyrna spp. couvertes par cette proposition ont formé collectivement une part considérable du commerce des ailerons (environ 5,9
%). Entre 1,3 et 2,7 millions de S. zygaena ou de S. lewini alimentent chaque année le commerce des ailerons de requins.
Le requin-marteau Halicorne, en danger d’extinction, est de plus en plus ciblé pour ses ailerons très prisés et très précieux dans le commerce international des ailerons de requins du fait de
leur grande taille et de leur grand nombre d’épines (cartilage). Le comportement de rassemblement de cette espèce la rend particulièrement vulnérable à la surexploitation car des bancs
entiers peuvent être capturés au cours des rassemblements.
Lors de la présentation de sa proposition, la délégation des Palaos fait état de sa situation privilégiée qui a fait bénéficier à sa population d’importantes ressources marines durant une
longue période. Mais aujourd’hui, les habitants des îles se préoccupent de la raréfaction de ces ressources, d’où le revirement des Palaos au sein de la CITES (préalablement hostiles aux
mesures de préservation) auteur cette année de plusieurs propositions visant à protéger les requins dans un souci de transmission des ressources aux générations futures.
De très nombreux intervenants prennent la parole, le Japon exhorte une fois encore les délégations à rejeter la proposition, la Chine de son côté reconnait la situation préoccupante du
requin-marteau tout en faisant la démonstration (photos à l’appui) qu’il existe plus de 400 ailerons de même taille et de couleur similaire, rendant impossible l’identification des espèces
concernées. La Chine indique également que les commerçants classent les ailerons par taille et non par espèce et que les saisies portent sur des produits transformés, donc, plutôt que
soutenir la préservation de plusieurs espèces par mesure de précaution, la Chine s’oppose et invite les autres délégations à rejeter l’inscription de ces espèces à l’Annexe II.
De sont côté, l’Union européenne soutient la proposition en rappelant que l’objectif des prises portent sur le prélèvement des ailerons, le requin étant ensuite rejeté à la mer. De très
nombreuses délégations prennent la parole successivement, et le texte amendé (entrée en vigueur de l’inscription de ces espèces à l’Annexe II retardée de 24 mois) est mis au vote : 75 pays
soutiennent la proposition, 45 s’y opposent, 14 s’abstiennent, la majorité des deux tiers n’étant pas atteinte (de peu), la proposition est rejetée.
Après cet échec, les Etats-Unis et les Palaos présentent une autre proposition visant à inscrire à l’Annexe II le requin océanique (Carcharhinus longimanus), avec report de 24 mois de
l’entrée en vigueur de l’inscription.
Le requin océanique est classé « en danger critique d’extension » (IUCN 2009) dans l’Atlantique Nord-Ouest et dans l’Atlantique Centre-Ouest sur la base de forts déclins observés. Alors que
l’espèce est surexploitée, principalement pour le commerce des ailerons, elle ne fait l’objet d’aucune gestion à travers son aire de répartition. Le requin océanique est considéré comme «
espèce préférée » pour la soupe des ailerons ; la valeur élevée des ailerons et la valeur peu importante de la chair a mené à une pratique de découpe des ailerons très répandue. Le groupe
consultatif d’experts de la FAO* a conclu que cette espèce remplit les
critères d’une inscription à l’Annexe II. A nouveau, le Japon intervient pour s’opposer fermement à cette proposition et demande un vote à bulletins secrets alors que la Lybie souhaitait un
vote par voix nominale afin de pouvoir identifier qui votait quoi… Le Japon étant soutenu par plus de dix pays, le vote à lieu à bulletins secrets. Résultat sans surprise après les débats de
la matinée, la proposition est rejetée car elle n’atteint pas la majorité des 2/3 (75 pays ont soutenu la proposition, 51 s’y sont opposés et 16 pays se sont abstenus).
* Food and Agriculture Organization – Organisation des Nations Unies en charge, notamment, de la gestion des pêches.
Autre proposition présentée par l’Union européenne et les Palaos, l’inscription à l’Annexe II de l’aiguillat commun (Squalus acanthias). La surexploitation par les
pêcheries, le commerce non réglementé et la gestion inappropriée des populations sont reconnus comme les menaces majeures à cette espèce ; l’espèce figure parmi les espèces de requins
les plus vulnérables à la surexploitation en raison de son comportement grégaire, de sa maturité sexuelle tardive, de sa faible capacité de reproduction… Sa chair est très consommée,
particulièrement en Europe où elle est utilisée pour les « fish and ships » (poissons frits) au Royaume-Uni et pour le « schillerlocken » en Allemagne. L’huile, les
ailerons et les peaux sont également largement commercialisées dans les marchés internationaux. En décembre 2009, le Conseil de l’Union européenne a adopté une baisse de 90 % du total
autorisé des captures d’aiguillat commun pour l’année 2010, tout en maintenant une autorisation de 10 % pour les prises incidentes. Toutefois, le groupe consultatif d’experts de la FAO
considère que l’espèce ne répond pas (encore ?) aux critères d’inscription à l’Annexe II, position reprise par tous les opposants, à commencer par le Japon. La proposition mise au vote
(à bulletins secrets à la demande du Maroc) est largement rejetée (67 pays contre la proposition, 60 pour et 11 abstentions).
Une seule espèce de requin est inscrite à l'annexe 2.
L’après-midi débute avec la proposition des Palaos et de la Suède, au nom de l’Union européenne, d’inscrire à l’Annexe II le requin-taupe commun (Lamna nasus). Les
évaluations des populations de l’Atlantique Nord et de l’Atlantique Sud, conduites en 2009, ont indiqué des déclins historiques jusqu’à moins de 30 % du niveau de référence et des taux de
déclins plus récents dépassant 50 %. Les pêcheries « non-durables », motivées par la valeur élevée de la chair et des ailerons, sont la menace principale. La chair est
commercialisée à des prix élevés au niveau international sous forme fraîche ou congelée, les ailerons sont précieux et courants dans le commerce international, les autres produits
commercialisés au niveau international comprennent le cuir et l’huile de foie ainsi que, probablement, le cartilage et d’autres parties. Si le principal marché de la viande du requin-taupe
reste l’Union européenne, le Conseil de l’UE a fixé, en décembre 2009, un quota zéro pour les captures de requin-taupe en 2010. Après les débats du matin, les différentes délégations
reprennent la parole pour redire plus ou moins la même chose. L’intervention du Canada est à souligner car sa délégation rappelle que lors de la précédente Conférence des Parties (2007), le
Canada s’était opposé à cette même proposition (alors présentée par l’Allemagne au nom de l’UE) jugeant que l’espèce ne répondait pas aux critères d’inscription à l’Annexe II. Aux vues des
nouvelles données communiquées, le Canada considère que l’espèce répond désormais à ces critères. La FAO intervient dans le même sens, démontrant ainsi que le principe de précaution n’est pas
suivi par les Parties à la CITES qui réagissent, trop souvent, lorsque l’espèce est déjà en danger d’extinction. Le vote se fait, une fois encore, à bulletins secrets et aboutit à l’adoption
de la proposition (86 pays soutiennent le texte, 42 s’y opposent et 8 s’abstiennent). Très bonne nouvelle donc !
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