Lettre ouverte de Brigitte Bardot au ministre de la culture, Monsieur Frédéric Mitterrand.
Notre présidente réagit au désolant spectacle de violence et de barbarie dans les arènes de Rodilhan le 8 octobre dernier.
Monsieur le Ministre,
Il y a quelques mois, vous inscriviez à l'inventaire du patrimoine immatériel français la corrida, considérée pourtant sur le territoire national comme étant un acte de cruauté puni de 2 ans
d’emprisonnement et 30 000 € d’amende. La scandaleuse exception « locale » trouvait ainsi, par votre faute, une reconnaissance nationale en élevant la torture au rang de culture !
Aujourd'hui, je tiens à vous alerter d'une agression terrible, extrêmement grave, indigne et d'une lâcheté effroyable. Les actes se sont déroulés près de Nîmes, samedi dernier, dans les arènes de
Rodilhan lors de la finale du concours « graines de toreros ».
Ce jour là, 6 veaux devaient être torturés à mort au cours d'une « becerrada », corrida pratiquée sur de jeunes veaux qui, ne comprenant rien de ce qui leur arrive et sous la douleur des
banderilles qui déchirent leur chair, hurlent et appellent leur mère.
Ce 8 octobre donc, près de cent opposants à la torture ont manifesté pacifiquement au cœur des arènes, dans un acte de résistance et de bravoure face à des gens animés par la haine, la perversité
et la décadence de ces jeux du cirque qui ne devraient plus être tolérés dans une société qui se prétend civilisée.
Ces opposants à la cruauté, dont j'admire le courage et la ténacité, avaient choisi de ne pas répondre aux provocations ni aux coups... Alors la haine des barbares s'est exprimée avec toute sa
férocité, sa violence à l'encontre des animaux bien sûr mais aussi des militants sans aucune défense et qui ont été roués de coups.
Pendant que certains se faisaient molester dans les gradins en tentant de déployer des banderoles, sur la piste, une cinquantaine de citoyens enchaînés, impuissants, recevaient tour-à-tour des
coups de poings, de pieds, des gifles, des crachats...
Monsieur le Ministre, regardez la vidéo que je joins à cette lettre, elle est édifiante ! On y voit notamment une jeune fille violentée par des types qui lui arrachent ses vêtements, jusqu'à son
soutien-gorge, d'autres recevoir des coups de pieds et de poings dans le visage, la violence est incroyable, inimaginable et pourtant elle redoublait sous les encouragements d'une foule qui se
croyait revenue au temps des romains en baissant le pousse pour encourager les tortionnaires et les appeler au meurtre... Tout cela s'est passé samedi, en France, à Rodilhan !
Voilà le vrai visage de ces barbares qui prennent plaisir à voir un animal se faire torturer à mort, ce même public, ces mêmes aficionados, ont pris plaisir samedi à voir de pacifiques opposants
se faire maltraiter, se faire battre alors qu'ils étaient enchaînés, tous ces citoyens ont été victimes de cet acharnement monstrueux sous le regard indifférent des élus locaux, de la police
municipale et de la gendarmerie, tous ces représentants de l'état ont laissé faire le pire et c'est intolérable !
Le porte-parole de ma Fondation, mon fidèle bras droit, était parmi les manifestants, enchaîné, roué de coups lui aussi, trainé sur la piste par les cheveux. Comme tous les autres il a été marqué
physiquement et moralement dans cette épreuve terrible, certains ont été plus gravement blessés, se sont retrouvés aux urgences et une vingtaine d'opposants ont été violentés au point de porter
plainte aujourd'hui contre ces bourreaux, ces terroristes qui n'ont aucune empathie, ni pour l'homme, ni pour l'animal.
Le plus horrible de tout est que malgré leur courage, malgré les risques incroyables qu'ils ont pris, ces militants n'ont pu sauver les 6 veaux qui ont été torturés à mort sous les yeux pervers
des malades qui prennent plaisir à voir souffrir des êtres sensibles.
Monsieur le Ministre, regardez cette vidéo, vous le devez à ces courageux citoyens !
Tout ceci ne relève pas du « patrimoine culturel » de notre pays, c’est la honte, la honte !
Vous devez impérativement retirer cette inscription indigne et m'aider à faire que la France sorte de la barbarie. Votre oncle a aboli la peine de mort en France, il y a 30 ans, il serait plus
que temps aujourd’hui d’abolir la torture animale !
Le 22 octobre, les « assises de la tauromachie » se tiendront à Bayonne, nous y serons nous aussi pour rappeler que la torture n’a pas sa place dans notre culture. Monsieur le Ministre, je vous
demande de me soutenir, c’est un appel que je vous lance car l’heure est grave, les terroristes ne sont pas ceux qui défendent les animaux mais bien ceux qui prennent plaisir à les torturer à
mort.
Je compte sur vous.
Brigitte Bardot
Présidente