«C'est une grande victoire, un vote symbolique qui préfigure ce qui va se passer en France dans quelques années», a Claire Starozinski, la présidente de l'Alliance anti-corrida après avoir appris que la
Catalogne allait interdire les corridas dès l'an prochain.
Une bonne nouvelle aussi pour les associations de protection d'animaux, comme la fondation Brigitte Bardot. «Un jour historique», a déclaré la SPA, qui «félicite» les parlementaires catalans.
Mais les clubs taurins français n'entendent pas se laisser faire.
En France, les corridas sont
autorisées uniquement «lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée». Impossible, par exemple, d'autoriser une corrida à Lyon ou à Lille. Cette loi de 1951 empêche toute expansion
de la tauromachie et vise à la réduire à terme. Les anti-corridas, eux, réclament leur interdiction pure et simple sur tout le territoire national et le vote, ce mardi, des Catalans leur apparaît
comme un argument de poids.
Brigitte Bardot
: «Une victoire de la dignité sur la cruauté»
Pour la présidente de l'Alliance anti-corrida, le résultat du vote catalan, acquis avec 68 voix en faveur de l'interdiction contre 55, «était écrit, comme est écrite la fin des corridas en
France et partout dans le monde». «C'était écrit parce que ce vote reflète la force du sentiment anti-corrida qui grandit de jour en jour», a développé Claire Starozinski, pour qui la corrida est
«le symbole de la barbarie donnée en spectacle. C'est le symbole d'une tradition désuète». Et «une tradition, lorsqu'elle est cruelle, doit être abolie», a-t-elle dit.
Elle fonde beaucoup d'espoir dans une proposition de loi pour interdire les corridas et les combats de coqs en France déposée par la députée UMP des Alpes-Maritimes, Muriel
Marland-Militello, et sa collègue PS, Geneviève Gaillard. Cosignée par 58 députés de tous bords, cette proposition aurait recueilli sur le site de l'association «66 000 signatures» de soutien.
L'actrice Brigitte Bardot qui milite depuis très longtemps avec sa fondation, s'est, elle aussi réjouie. «C'est une victoire de la dignité sur la cruauté. La corrida est d'un sadisme
incroyable, nous n'en sommes plus aux jeux du cirque et il faut mettre un terme immédiat à cette torture animale». «Après le succès légitime de cette initiative législative populaire, nous
recourrons à l'initiative citoyenne prévue par le traité de Lisbonne, car faire abolir la barbarie partout en Europe est un devoir moral», ajoute-t-elle.
Le monde taurin français se dit peu menacé
Pour autant, les pro-corridas français n'y voient pas une menace dans le sud-est. «C'est un problème politique, pas taurin», commente André Viard, président de l'Observatoire national des
cultures taurines, basé à Arles, dans les Bouches-du-Rhône. Il juge que c'est «un geste symbolique par lequel la Catalogne signifie à l'Espagne qu'elle n'en fait pas partie». Selon lui, cette
décision ne menace pas le modèle français «où la corrida est autorisée dans les quatre régions (PACA, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Aquitaine, ndlr) qui perpétuent cette
tradition».
Même discours rassurant dans le Sud-Ouest. «Nous ne nous sentons pas en danger», explique Jean-Jacques Baylac, président du club taurin de Vic-Fezensac (Gers), haut lieu de la tauromachie en
Midi-Pyrénées réputé pour sa feria de la Pentecôte. «Et puis on ne peut pas interdire une culture. La tauromachie ne se résume pas à la corrida, c'est aussi les fêtes de village et les courses de
taureau».
Certains pourtant ne cachent pas une légère angoisse : «C'est toujours inquiétant de voir le lieu dans lequel la culture tauromachique a émergé» se prononcer en faveur de son interdiction,
a renchéri Hervé Schiavetti, maire d'Arles et président de l'Union des villes taurines. «Les lobbies anti-corrida vont essayer d'enfourcher cette bicyclette» pour renforcer leurs campagnes»,
approuve l'ancien torero Simon Casas qui dirige à présent les rendez-vous tauromachiques ds arènes de Nîmes. Ils vont trouver face à eux un monde taurin qui va réagir de façon «salutaire» après
cette «agression» contre tradition. Pour lui, le monde taurin espagnol n'a pas su se défendre aussi bien qu'en France.
Source : http://www.leparisien.fr/societe/en-france-les-anti-corridas-crient-victoire-les-pro-sur-le-qui-vive-28-07-2010-1015045.php